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    La mafia finançait-elle le parti de Tremblay?

    Onde de choc à l’hôtel de ville de Montréal après de nouvelles révélations de Lino Zambito

    2 octobre 2012 |Kathleen Lévesque | Justice
    Le maire Gérald Tremblay en compagnie de Richard Deschamps, vice-président du comité exécutif de la Ville de Montréal
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le maire Gérald Tremblay en compagnie de Richard Deschamps, vice-président du comité exécutif de la Ville de Montréal
    Au vu et au su de toute une industrie, un système de corruption et de collusion aurait permis à des entrepreneurs, à des fonctionnaires, à la mafia ainsi qu’au parti politique du maire Gérald Tremblay de s’enrichir à même l’immense machine à contrats qu’est la Ville de Montréal. Tout cela sous l’arbitrage du parrain de la mafia sicilienne, Vito Rizzuto, a déclaré lundi Lino Zambito devant la commission Charbonneau.

    Dans une consternante enfilade de révélations, l’ex-entrepreneur a poursuivi son témoignage, provoquant, comme la semaine dernière, une onde de choc à l’hôtel de ville de Montréal. Mais, cette fois, Gérald Tremblay ne s’est pas indigné. Même si son parti a été mis en cause, il a refusé de faire des commentaires alors que ses adversaires réclamaient en choeur sa démission.


    En matinée, M. Zambito a déclaré sous serment que le parti politique de Gérald Tremblay, Union Montréal, aurait profité de l’existence de la taxe de 2,5 % payée par les entrepreneurs à la mafia pour imposer la sienne. Union Montréal aurait ainsi empoché des sommes équivalant à 3 % de la valeur de tous les contrats octroyés par la Ville.


    « À partir de 2005 et 2006, il y a un montant de 3 % des contrats que je remettais à M. [Nicolo] Milioto. Ce montant-là allait au parti politique du maire Tremblay », a relaté Lino Zambito.


    Ce dernier a donné l’assurance que tous les entrepreneurs désireux de faire des affaires à Montréal étaient soumis à cette règle. Il a toutefois dit ignorer qui, chez Union Montréal, encaissait les liasses d’argent comptant.


    Cette façon de faire aurait débuté en 2005, soit en pleine année électorale à Montréal. À cette époque, comme maintenant, l’agent officiel était le comptable Marc Deschamps, surnommé M. Net. C’est lui qui doit s’assurer que les dépenses de Union Montréal sont faites dans le respect des lois et règlements.


    Quant aux revenus du parti, ils étaient sous la responsabilité de Bernard Trépanier, connu comme étant M. 3 %. C’est l’ancien maire de l’arrondissement de Ville-Marie, Benoit Labonté, qui avait désigné comme tel M. Trépanier. Celui-ci a été arrêté en mai dernier pour son rôle d’intermédiaire dans le scandale immobilier du Faubourg Contrecoeur mené par la firme Catania. Il aurait empoché de l’argent destiné à « un parti politique », s’étaient alors bornés à indiquer les policiers de l’escouade Marteau.


    Selon le témoignage de Lino Zambito, l’argent destiné à Union Montréal pour permettre la réélection du tandem Tremblay-Zampino transitait par l’entrepreneur Nicolo Milioto, de Construction Mirabeau. Or, M. Milioto a été vu 236 fois au quartier général de la mafia montréalaise, le club social Cosenza, entre 2002 et 2006. Un enquêteur de la commission Charbonneau a présenté la semaine dernière de nombreuses vidéos tournées à l’insu de la mafia dans le cadre de l’enquête Colisée, montrant M. Milioto remettant des piles et des piles d’argent à Rocco Sollecito, un lieutenant du clan Rizzuto. M. Sollecito aurait été le responsable du secteur de la construction au sein de la mafia montréalaise. C’est lui qui faisait le partage de l’argent.


    La ristourne de 3 % s’ajoutait au « pizzo » réclamé par la mafia, a reconnu M. Zambito devant la commission Charbonneau. Tout cet argent (5,5 %) permettait aux entrepreneurs un accès aux marchés publics de Montréal. Mais cela ne s’arrêtait pas là, a raconté l’entrepreneur déchu (Infrabec a fait faillite en 2011) aujourd’hui recyclé en restaurateur. Il a reconnu avoir corrompu des fonctionnaires. Mais l’idée d’agir ainsi ne venait pas de lui puisque le système était déjà bien implanté, a-t-il affirmé.


    « Aujourd’hui, avec le recul, quand on analyse ça, à tous les échelons des employés de la Ville […], il y avait des gens corrompus », a souligné M. Zambito.


    TPS pour « Taxe pour Surprenant »


    Ainsi, M. Zambito versait 1 % de la valeur des contrats qu’il décrochait dans sa spécialité (les égouts) à l’ingénieur municipal qui établissait les plans et devis des projets, Gilles Surprenant. M. Surprenant s’était affublé d’un surnom décrivant bien son rôle dans ce système de corruption, soit TPS pour « Taxe pour Surprenant ». Au total, M. Zambito aurait donné entre 100 000 $ et 200 000 $ à M. Surprenant.


    C’est également M. Surprenant qui faisait l’évaluation des investissements publics nécessaires pour la réalisation des infrastructures. À cet égard, il « s’est occupé à augmenter les budgets » au fil des ans afin d’assurer la rentabilité des projets pour les entrepreneurs, a affirmé Lino Zambito.


    Gilles Surprenant agissait en amont des projets et son collègue, l’ingénieur Luc Leclerc, lui aussi à la retraite, était responsable des chantiers. M. Leclerc était donc responsable des contingences liées à l’exécution d’un chantier ainsi qu’aux extras. De faux extras établis par M. Leclerc étaient réclamés à la Ville. Du coup, MM. Leclerc et Zambito se partageaient le magot : 25 % du montant pour M. Leclerc alors que l’entrepreneur conservait 75 %. Cette façon de faire aurait fait en sorte que M. Zambito a donné au fil du temps plus de 200 000 $ à Luc Leclerc.


    Ce dernier a sa résidence à Brossard, voisin de la maison de Paolo Catania, tête dirigeante de Construction F. Catania. Le procureur de la commission Charbonneau, Denis Gallant, a demandé à Lino Zambito s’il savait qu’une partie de la résidence de l’ingénieur aurait été payée par M. Catania.


    De son côté, M. Zambito a payé un voyage de golf au Mexique à MM. Surprenant et Leclerc dans un complexe hôtelier dont son père, Giuseppe, est actionnaire. Des photos ont été déposées en preuve lundi devant la commission. M. Zambito a affirmé avoir été fortement sollicité par les deux hommes pour ce séjour au soleil.


    Outre les deux ingénieurs, le stratagème de corruption impliquait d’autres fonctionnaires, dont François Thériault, qui réclamait 15 % sur de faux extras, le surveillant de chantier Michel Paquette, qui créait des extras de toutes pièces, ainsi qu’Yves Themens, qui transmettait à M. Zambito la liste confidentielle des entrepreneurs venus acheter les documents d’appels d’offres contre quelques parties de golf.


    Le système a prospéré jusqu’en 2009. « Quand le gouvernement a mis sur pied l’escouade Marteau, ç’a poussé beaucoup de fonctionnaires à prendre leur retraite », a commenté M. Zambito.

     

    Vito le médiateur


    Lino Zambito a également raconté que la mafia pouvait parfois jouer un rôle de médiateur afin de régler des litiges. Ce fut le cas, selon lui, dans le projet de construction du rond-point L’Acadie. Ce dossier était sous la direction du ministère des Transports. Infrabec souhaitait soumissionner tout comme Louisbourg Construction, une compagnie de Tony Accurso.


    M. Zambito a raconté avoir été « convoqué » dans un salon privé du restaurant de M. Accurso, l’Onyx, pour régler la situation. Or, Vito Rizzuto, parrain de la mafia sicilienne, dont la sortie de prison est prévue dans les prochains jours, était également présent. M. Zambito a affirmé n’avoir subi aucune pression dans sa « discussion très cordiale » avec M. Rizzuto. Il a toutefois lâché prise.


    En soirée, lundi, Tony Accurso, a nié les affirmations de Lino Zambito.


    La Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction, communément appelée la commission Charbonneau, du nom de la juge France Charbonneau qui la préside, poursuit ses travaux mardi. Lino Zambito sera encore à la barre des témoins.

    Le maire Gérald Tremblay en compagnie de Richard Deschamps, vice-président du comité exécutif de la Ville de Montréal De gauche à droite, Gilles Surprenant, Lino Zambito, Luc Leclerc et Tim Argento, lors d'un voyage au Mexique dans un complexe hôtelier dont le père de M. Zambito, Giuseppe, est actionnaire.












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