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L’UPAC frappe chez Infrastructure Québec

Des liens présumés entre SNC-Lavalin et l’ex-patron du CUSM sont examinés

19 septembre 2012 | Kathleen Lévesque | Justice
Malgré les différentes perquisitions menées par l’UPAC, sur le chantier du futur Centre universitaire de santé McGill, les travaux se poursuivaient mardi.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Malgré les différentes perquisitions menées par l’UPAC, sur le chantier du futur Centre universitaire de santé McGill, les travaux se poursuivaient mardi.
L’Unité permanente anticorruption (UPAC) a effectué mardi une première frappe au sein du gouvernement dans un dossier de corruption. L’organisme Infrastructure Québec a été visité par la police pour son rôle central dans l’octroi du contrat de construction du Centre universitaire de santé McGill à SNC-Lavalin.

Infrastructure Québec est responsable de tous les grands projets d’infrastructure des ministères et des organismes publics. C’est donc sous sa supervision qu’a été accordé, en juillet 2010, le contrat de 1,3 milliard de dollars au Groupe immobilier santé McGill (GISM) composé de SNC-Lavalin et de l’entreprise britannique Innisfree. Il s’agit d’un contrat de partenariat public-privé (PPP) pour la conception, le financement, la construction, l’entretien et le maintien - pour une durée de 34 ans - du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Ce mégahôpital est le pendant anglophone du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), également en construction.


Chez Infrastructure Québec, qui est le dépositaire de tous les documents de l’importante transaction, on confirme la perquisition menée par les policiers de l’escouade Marteau (intégrée à l’UPAC). « Nous avons offert toute notre collaboration », a affirmé la porte-parole de l’organisme gouvernemental, Carla Duval.


Quelques heures plus tôt, une autre perquisition avait eu lieu aux bureaux administratifs du CUSM concernant le même dossier. Une dizaine de policiers ont notamment rencontré des témoins.

 

56 millions de dollars


Selon les informations recueillies par Le Devoir, deux éléments sont au coeur de l’enquête : le versement par SNC-Lavalin de 56 millions de dollars en commissions irrégulières pour des projets non précisés, ainsi que les liens présumés entre SNC-Lavalin et Arthur Porter, l’ex-directeur général du CUSM. M. Porter serait soupçonné d’avoir préparé la voie à SNC-Lavalin pour le lucratif contrat de PPP.


La firme de génie-conseil était alors dirigée par Pierre Duhaime, qui a démissionné en mars dernier - avec une indemnité de départ de 5 millions en poche - après avoir contrevenu au code de déontologie de l’entreprise. Une enquête interne avait conclu que M. Duhaime avait permis le paiement de commissions totalisant 56 millions de dollars à des agents commerciaux. Ces derniers servaient d’intermédiaires entre SNC-Lavalin et des clients potentiels.


M. Duhaime s’est montré particulièrement critique lorsque le rapport de Jacques Duchesneau, de l’Unité anticollusion du ministère des Transports, rendu public en septembre 2011, a fait état de corruption. « Chez SNC-Lavalin, ça n’existe pas », avait alors affirmé M. Duhaime.


Mais voilà, les cas de corruption impliquant SNC-Lavalin se sont multipliés au cours des dernières années sur le plan international. De plus, le géant québécois de l’ingénierie entretenait de liens étroits avec le régime Kadhafi avant la révolution populaire du printemps 2011. C’est dans ce contexte de tourmente que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a procédé à une perquisition de trois jours au siège social de SNC-Lavalin, en avril dernier.


Mardi, la réaction de SNC-Lavalin a été brève. « Même si nous n’avons pas été contactés spécifiquement au sujet des événements d’aujourd’hui, ce dossier nous concerne et nous collaborerons pleinement dans le cadre de toute enquête menée par les autorités. Nous sommes fiers de ce projet et de la qualité avec laquelle il est mené par les centaines de professionnels qui y oeuvrent », a écrit au Devoir Leslie Quinton, la vice-présidente aux communications de l’entreprise.


Au CUSM, on s’est borné à dire que l’opération policière avait trait au processus d’octroi de contrat de PPP, renvoyant ainsi la balle chez Infrastructure Québec.


On se rappellera toutefois qu’Arthur Porter a quitté ses fonctions en décembre 2011 à la suite d’une controverse le concernant. Alors qu’il occupait le poste de directeur général du CUSM, M. Porter présidait le Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité, un organisme indépendant chargé de surveiller les services secrets canadiens (SCRS). Durant la même période, M. Porter avait fondé un centre de cancérologie aux Bahamas.


L’enquête de l’UPAC sur le CUSM en est au stade des balbutiements. Les perquisitions effectuées devraient apporter un certain éclairage grâce aux documents saisis. Aucune arrestation n’était prévue dans l’immédiat.

 
 
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