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Commission Charbonneau - Construction : l’abc de la mafia, selon une experte italienne

19 septembre 2012 | La Presse canadienne | Justice
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	Selon Valentina Tenti, l’industrie de la construction a été ciblée par la mafia parce qu’elle présente certaines vulnérabilités, notamment en matière d’encadrement législatif.</div>
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Selon Valentina Tenti, l’industrie de la construction a été ciblée par la mafia parce qu’elle présente certaines vulnérabilités, notamment en matière d’encadrement législatif.




Le dossier du Devoir
sur la Commission Charbonneau

Extorsion, intimidation, corruption, collusion, mais aussi paiement de pizzo. Voilà le portrait qu’a dressé, mardi, une experte du phénomène de la mafia italienne devant la commission Charbonneau.


Valentina Tenti, une chercheuse qui a un doctorat en criminologie, a expliqué l’a b c de la mafia, c’est-à-dire la façon dont l’organisation s’y est prise pour infiltrer le milieu de la construction, dans son pays d’origine. Selon Mme Tenti, qui a d’ailleurs déposé une étude d’une centaine de pages devant la commission, l’industrie de la construction a été ciblée par la mafia parce qu’elle présente certaines vulnérabilités, notamment en matière d’encadrement législatif.


Les occasions de collusion et de corruption y sont grandes, puisque plusieurs acteurs sont en jeu : entrepreneurs, professionnels, fonctionnaires, hommes et femmes politiques, a expliqué Mme Valentina. De plus, « les firmes se font concurrence dans un marché local et les barrières pour y entrer sont relativement basses », écrit-elle.


Elle ajoute que dans cette industrie, il est plus facile de conclure des ententes secrètes pour se partager les contrats.


Cette experte a parlé d’extorsion, d’intimidation et violence, de corruption, de collusion, mais aussi de paiement de pizzo, d’obligation d’acheter tant de matériaux de telle compagnie et au prix demandé, d’obligation d’embaucher tel individu, de fausse facturation, d’utilisation de matériaux de moindre qualité, d’ententes de cartels pour se partager les contrats, bref, de stratagèmes frauduleux divers.


Certaines entreprises sont carrément détenues par la mafia, alors que d’autres sont tenues de faire affaire avec ces entreprises exploitées par la mafia, a-t-elle rapporté.


En Italie, la mafia a contrôlé ce qu’elle a décrit comme « les trois piliers » de l’industrie de la construction, à savoir les matières premières, comme le béton, la main-d’oeuvre et le financement. Par le monopole du béton que la mafia a créé, par exemple, elle a réussi à contrôler les prix, les ventes, les commandes et les contrats, a relaté la chercheuse italienne, qui collabore au Centre international de criminologie comparée de l’Université de Montréal.


Mme Tenti a cité le défunt juge Giovanni Falcone, voué à la lutte contre la mafia en Italie, et qui a été assassiné en 1992. « Ils ont été capables d’entrer dans l’industrie par implication directe. Giovanni Falcone, quand il parlait de la Cosa nostra, a dit qu’à une certaine époque, la Cosa nostra contrôlait complètement l’industrie de la construction, soit avec des entreprises détenues par ses membres, soit par des entreprises sous le contrôle de la Cosa nostra », a-t-elle relaté.


Elle a énuméré différents stratagèmes frauduleux utilisés dans la construction : facturer 50 kilos de matériaux, mais n’en installer que 25 ; installer un matériau de moindre qualité dans les couches profondes mais une couche de qualité correspondant aux normes en surface, au cas où un ouvrage serait inspecté.


Mme Tenti a bien affirmé que la mafia à elle seule ne pouvait agir et avait besoin de « facilitateurs », tant au sein des autorités publiques qu’au sein des entreprises privées. Il y a entre les parties « échanges de services », a-t-elle rapporté, par exemple un « échange de votes » pour des contrats avec des représentants politiques.


Avant d’en venir à l’implication de la mafia dans l’industrie de la construction, en fin de journée, Mme Tenti a longuement expliqué comment fonctionnent trois des groupes traditionnels du crime organisé, à savoir la Cosa nostra (sicilienne), la Camorra (napolitaine) et la Ndrangheta (calabraise).


Prestation de serment, dix commandements, code d’honneur, rites d’affiliation, les hommes d’honneur et les « autres » hommes, le phénomène a été exposé dans le détail.


Pour illustrer l’importance acquise par la Cosa nostra dans le secteur public dans les années 1950 en Italie, elle a rapporté qu’à l’époque, une enquête avait démontré que sur 4000 permis de construction délivrés par les municipalités de la région de Palerme, 2500 l’avaient été à trois personnes. Et ces personnes n’avaient pas de compétences dans l’industrie, servant en fait de prête-nom.

 
 
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