Front commun des syndicats contre Diane Lemieux
La sortie de la FTQ-Construction et du Conseil provincial (International), qui exigent une intervention hâtive de la ministre du Travail, Lise Thériault, dans le conflit de travail à la CCQ, a des allures de déjà-vu pour Mme Lemieux. « Ça me rappelle la réaction de ces mêmes syndicats au projet de loi 33. Ils étaient férocement contre. Ils avaient fait appel au premier ministre pour qu’il rappelle à l’ordre la ministre du Travail, et ils avaient échoué. C’est un classique », a-t-elle dit.
Les centrales n’ont pas envoyé d’observateurs hier pour le dépouillement du vote sur le changement d’allégeance, afin de ne pas franchir un piquet de grève érigé par le Syndicat des employés professionnels et de bureau (SEPB-FTQ), en grève depuis quatre semaines. Le SEPB aurait pris sur le fait des travailleurs de remplacement, et il déposera de nouvelles plaintes pour violation des dispositions antibriseurs de grève du Code du travail à la Commission des relations du travail (CRT).
La CCQ a déjà été blâmée pour le recours à trois briseurs de grève, et 26 techniciens ont été remerciés pour éviter un litige similaire.
La CSN-Construction, qui siège au conseil de la CCQ, est préoccupée par l’usage de briseurs de grève et condamne ces pratiques. « Je ne sais pas où on s’en va avec ça », se désole son président, Aldo Miguel Paolinelli, qui invite toutes les parties « à ne pas jeter d’huile sur le feu ».
Selon Serge Cadieux, le président de l’exécutif national du SEPB au Québec, la CCQ est devenue « un nid à scabs » sous la direction de Mme Lemieux, qu’il perçoit comme « le principal obstacle » à une résolution du conflit. « La ministre est vite sur la gâchette pour sanctionner les syndicats de la construction lorsqu’il y a des « dérives ». Soit qu’elle rappelle Diane Lemieux à l’ordre, soit qu’elle la remplace, car le conflit est dû à [son] entêtement », a dit M. Cadieux.
« Il a le sens de la démesure. On pose tous les gestes pour se conformer à la loi », a rétorqué Diane Lemieux, qui bénéficie du soutien d’une majorité au conseil dans sa stratégie.
La partie patronale rencontrera le médiateur et conciliateur Jean-Pierre Gosselin, mardi prochain, afin de lui soumettre des pistes pour bonifier une hypothèse de règlement présentée le 3 juin. Le conseil avait jugé l’offre intéressante, mais insuffisante. Mme Lemieux n’y a pas donné suite parce qu’elle a été vexée par le dépôt d’une plainte pour négociation de mauvaise foi par le SEPB.
La sortie de la FTQ-Construction et de l’International, qui représentent sept travailleurs sur dix dans l’industrie, fait monter d’un cran la pression sur Mme Lemieux. « Ce conflit nous dérange au plus haut point », a dit le directeur général de la FTQ-Construction, Yves Ouellet, qui anticipe des retards dans l’émission des paies de vacances et une recrudescence du travail au noir sur les chantiers. « On règle les conflits par une négociation, pas en faisant la sourde oreille », estime-t-il.
La grève paralyse la délivrance des cartes de compétence des nouveaux diplômés. Ils sont tolérés sur les chantiers, mais les inspecteurs ont reçu la consigne de noter toutes les irrégularités afin de les traiter à la fin du conflit. « On pourra faire les vérifications a posteriori. Ceux qui travaillent dans l’illégalité vont se faire prendre, prévient Diane Lemieux. Mais on ne va quand même pas empêcher le monde de travailler parce qu’ils n’ont pas un bout de papier. »
Conseil du trésor
Diane Lemieux assure par ailleurs qu’elle respecte à la lettre le mandat de négociation fixé par le Conseil du trésor. Selon ce mandat, la négociation doit porter principalement sur le déficit du régime de retraite, avec l’objectif de ramener son coût à 18 % de la masse salariale.
Le Conseil du trésor n’a jamais eu en tête l’abolition de la sécurité d’emploi à la CCQ et des modifications à la structure de propriété du régime de retraite, deux demandes tardives de la partie patronale. « Diane Lemieux ne respecte pas les paramètres de la négociation, accuse Serge Cadieux. Comment la ministre Thériault peut-elle rester inactive ? Est-ce que c’est Diane Lemieux qui mène le Québec ? »
Le directeur général de l’International, Donald Fortin, a déploré « l’entêtement à ne pas négocier » de Mme Lemieux et « le silence complice » de la ministre Thériault. Par son mutisme, elle « envenime le climat de travail et détruit notre industrie », a-t-il dit.








