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    Charest approuve le travail policier

    Le premier ministre ne voit pas de profilage politique dans les arrestations préventives effectuées au Grand Prix

    Des policiers passant les menottes à un homme arrêté aux abords du circuit Gilles-Villeneuve dimanche, jour du Grand Prix du Canada.
    Photo: Agence Reuters Christinne Muschi Des policiers passant les menottes à un homme arrêté aux abords du circuit Gilles-Villeneuve dimanche, jour du Grand Prix du Canada.
    Au lendemain du Grand Prix de Formule 1, qui a été assombri par l’arrestation préventive de 34 personnes, le premier ministre du Québec, Jean Charest, a balayé les accusations de profilage politique portées à l’encontre du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

    « À la lumière des événements, il faut quand même le faire, là ! », a lancé M. Charest hier après-midi en marge de la Conférence de Montréal après avoir rappelé que des sacs à dos chargés de « pierres », d’un « cocktail Molotov » ou d’« appareils pyrotechniques » avaient été découverts sur quelques personnes interpellées.


    « Je pense à la CLASSE, qui a fait une menace très directe sur le Grand Prix. Et les événements que j’ai vus en fin de semaine, c’est des manifestations, de la violence et des touristes qui ont été rudoyés », a-t-il poursuivi. Aux yeux du chef du gouvernement, les policiers « ont bien fait leur travail » dans les circonstances.


    En revanche, il ne fait aucun doute, selon la Coalition large pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), que les policiers ont effectué du profilage politique visant les personnes arborant un carré rouge en plus d’avoir procédé à des fouilles illégales.


    Le discours du gouvernement Charest à l’égard du carré rouge - associé à la « violence » et à l’« intimidation » - incite à coup sûr les policiers à être plus méfiants à l’endroit des jeunes l’arborant, a souligné le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois. « Il est difficile de ne pas voir là un lien clairement politique entre un gouvernement qui stigmatise les gens qui s’opposent à une de ses politiques, qui les traite comme des criminels, et les forces policières qui appliquent cette logique-là et arrêtent les gens dans la rue arbitrairement. »


    La CLASSE réclame l’ouverture d’une enquête par la Commission des droits de la personne sur la manière dont le SPVM a mené ses opérations en marge du conflit étudiant, non seulement durant le week-end du Grand Prix, mais depuis le coup d’envoi de la grève étudiante.


    Gabriel Nadeau-Dubois ne nie pas que des individus ont été épinglés en possession de sacs à dos remplis notamment de pierres, mais soutient que les policiers auraient dû utiliser d’autres moyens pour mettre le grappin dessus. « Ce n’est pas une raison pour cibler tous les gens de moins de vingt ans et tous les gens qui ont un carré rouge et les fouiller », a-t-il dénoncé.

     

    Motifs raisonnables


    Les accusations de profilage politique portées contre les policiers sont dépourvues de fondement, selon le directeur du SPVM, Marc Parent. « Ces arrestations ont été effectuées uniquement sur la base des motifs raisonnables. […] Il n’y avait pas de fouille ni d’interpellation systémique sur les gens qui arboraient le carré rouge », a-t-il assuré hier, réfutant les allégations de profilage véhiculées par les associations étudiantes.


    Au total, 34 personnes ont été interceptées, détenues pour la durée de la course et relâchées à la station de métro Jean-Drapeau. Un seul homme a été accusé en vertu des règlements municipaux pour port d’un couteau.


    Le contentieux du SPVM est « à l’aise » avec l’approche. Les arrestations préventives paraissaient justifiées pour les avocats de la Ville compte tenu du risque de menace élevé exprimé publiquement.


    « Illégales » et « arbitraires »


    Les arrestations préventives sont « illégales » et « arbitraires », lorsqu’aucun acte criminel n’a été commis ou qu’une violation de la paix n’est pas imminente, fait remarquer Marie-Ève Sylvestre, professeure à la Section de droit civil de l’Université d’Ottawa. « Elles sont susceptibles de porter directement atteinte aux droits fondamentaux protégés par nos Chartes des droits et libertés, notamment lorsqu’elles sont combinées à des pratiques de profilage politique, de pénaliser la dissidence politique et de dissuader les manifestations pacifiques. » Le pouvoir d’arrestation préventive pour assurer la sécurité du public existe en vertu de la common law, mais celui-ci est extrêmement limité puisque la violation appréhendée doit être imminente, fondée et le risque qu’elle se matérialise doit être réel et substantiel, indique Mme Sylvestre en évoquant un arrêt de principe de la Cour d’appel de l’Ontario.


    Deux grandes menaces pesaient contre le Grand Prix : un effort concerté pour congestionner les lignes de métro par une occupation de masse dans les voitures, et une volonté de perturber « carrément le Grand Prix lui-même », a martelé le directeur du SPVM hier.


    Les policiers ont saisi plusieurs objets incompatibles avec la passion du sport automobile : des déguisements (cagoules, lunettes de ski), des sacs remplis de pierres ou de briques, une arme artisanale et des répliques d’une mitraillette AK-47 et d’un lance-roquettes. « Les [objets] saisis démontrent qu’il y avait une orchestration pour mettre en péril la tenue de l’événement et le sentiment de sécurité », a dit Marc Parent.


    La police est soulagée d’être intervenue afin d’éviter ces perturbations. Pourtant, aucune des 34 personnes arrêtées de manière préventive, en vertu de l’article 31 du Code criminel, n’avait de billet pour accéder au site et s’approcher des bolides.


    Cinquante autres personnes ont été empêchées de prendre le métro pour se rendre à l’île Sainte-Hélène. Elles auraient refusé de se soumettre à l’inspection de leurs sacs, selon le SPVM.


    Des témoins rapportent sur les médias sociaux et au Devoir qu’ils ont été ciblés injustement parce qu’ils arboraient le carré rouge. Marc Parent assure qu’il n’en est rien. Sur les 50 personnes refoulées au métro, la moitié ne portaient pas le carré rouge, a-t-il soutenu.


    M. Parent a pris ses distances des affirmations de la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, qui réduit désormais le carré rouge à un symbole de « violence » et « d’intimidation ». « Je n’associe pas le carré rouge à la violence ou à des comportements inacceptables. Ça n’a absolument rien à voir », a-t-il dit. L’approche du SPVM n’a pas changé en 120 jours de conflit, fait valoir M. Parent. « Nous respectons le droit de manifester tant et aussi longtemps qu’aucun acte criminel n’est effectué et qu’il n’y a pas de menace à la sécurité des gens. »


    Par ailleurs, des vérifications sont en cours auprès des policiers responsables de l’interpellation de deux journalistes du Devoir. Venus incognito sur le site du Grand Prix avec des carrés rouges, samedi, ils ont été refoulés au métro Berri-UQAM. Les policiers ont justifié la fouille de leurs effets personnels par le fait qu’ils arboraient « un signe révolutionnaire ». Ils ont aussi affirmé que le parc Jean-Drapeau était transformé en « un lieu privé ouvert au public » pour le Grand Prix. « Les organisateurs ne veulent pas de vous ici », ont-ils ajouté. Selon Marc Parent, aucune intervention ne justifie l’utilisation d’un tel langage par les policiers. « Au départ, c’est le genre de propos qu’on n’entérine pas, a-t-il dit. On a une politique, en termes de profilage racial ou politique. Il n’est pas question qu’on accepte ce genre d’intervention basée sur des biais ou des préjugés. »













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