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    Raison d’État contre états généraux

    18 mai 2012 |Christian Nadeau - Professeur au Département de philosophie à l’Université de Montréal | Justice
    Les policiers tentent de disperser des manifestants au cégep de Rosemont. « Les oppositions, les dissidences sont vitales pour notre démocratie, mais la raison du plus fort est toujours la pire, estime Christian Nadeau. La matraque ne doit jamais l’emporter sur l’esprit. »
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les policiers tentent de disperser des manifestants au cégep de Rosemont. « Les oppositions, les dissidences sont vitales pour notre démocratie, mais la raison du plus fort est toujours la pire, estime Christian Nadeau. La matraque ne doit jamais l’emporter sur l’esprit. »
    J'ai participé hier avec mes collègues à une déclaration commune de l’ensemble des syndicats de professeurs des universités québécoises. Nous avons réclamé au gouvernement de tenir des états généraux sur l’université québécoise en tenant compte de tous les acteurs pertinents. Il est inadmissible et irréaliste qu’un tel débat se fasse sans les professeurs. Nous avons demandé également au gouvernement de surseoir à la hausse des droits de scolarité en attendant les conclusions de ces mêmes états généraux.

    Je ne parle pas ici au nom de mes collègues, mais je crois qu’ils partageront sans difficulté mes sentiments et mon analyse. Je pense depuis le début de cette grève que ses causes sont politiques et que c’est sur le terrain politique que nous devons tenter de régler ce conflit. Or, le gouvernement a choisi de renoncer à la fois au droit et à la légitimité politique. En effet, une loi spéciale n’a rien d’une loi, car elle est profondément injuste. Elle est un décret, un geste autoritaire qui trahit l’esprit des lois.

     

    La raison d’État n’a pas raison


    Une justification possible de la loi spéciale est le caractère exceptionnel de la situation actuelle. Or, le rôle même de toute autorité démocratique est de refuser de réagir par des mesures extraordinaires à des circonstances extraordinaires. L’autorité d’un gouvernement ne se vérifie pas dans la gestion quotidienne des dossiers, mais dans sa capacité à maintenir l’ordre démocratique même dans les situations de crise, ce qui signifie que ces décisions doivent toujours exclure la logique à courte vue et la stratégie de la terre brûlée. La pire raison pour l’État est la raison d’État, où l’urgence commande des mesures exceptionnelles et improvisées et où la force brute l’emporte sur ce qui garantit la stabilité des institutions.


    Dans le climat actuel, il n’y a pas d’autres options possibles pour le gouvernement que celle de la discussion. Ni les injonctions ni les lois spéciales ne pourront permettre une résolution du conflit. Pire encore, elles mettront en danger des personnes, une situation inévitable si le gouvernement poursuit sa politique actuelle. La répression policière et le recours à une loi spéciale, tout aussi inefficaces qu’injustes, constituent une véritable trahison du sens réel de l’État. L’autorité de ce dernier ne peut jamais se vérifier par la force, sans quoi il perd toute légitimité. Bien au contraire, l’autorité morale et politique du gouvernement se vérifie précisément en situation de crise, si aiguë soit-elle.

     

    Paix sociale par la force ?


    À situation extraordinaire, il n’y a pas de solution exceptionnelle : le gouvernement doit réagir en ramenant les choses dans l’ordre de l’ordinaire, c’est-à-dire en créant les conditions propices à un retour de la paix publique, ce qui ne peut en aucun cas être obtenu par la force des armes. La pire chose aujourd’hui serait de faire valoir la doctrine de la raison d’État, car même Goliath doit craindre David. Aucune paix sociale ne peut être obtenue par la force. Les oppositions, les dissidences sont vitales pour notre démocratie, mais la raison du plus fort est toujours la pire. La matraque ne doit jamais l’emporter sur l’esprit.


    Les citoyens, quelles que soient leurs différences sociales, économiques et culturelles, sont égaux sur le plan politique. Tous les citoyens sont égaux en droits, lesquels se limitent les uns les autres. Mais ces droits limitent également ce que l’État peut exiger d’eux. Dès lors, les détenteurs du pouvoir ne peuvent utiliser celui-ci qu’en vue du bien commun, et non de l’intérêt propre ou par calcul politique.


    Débat public


    L’ensemble du milieu de l’éducation est paralysé en raison du refus obstiné de ce gouvernement de voir ce que tous appellent de leurs voeux. Tout est prêt pour mettre en place un véritable débat public. Il n’y a aucune autre solution que celle de surseoir à la hausse des frais.


    Le gouvernement alimente depuis trop longtemps un incendie qu’il ne pourra plus maîtriser, car il aura perdu la confiance de la population à l’égard de ses institutions. S’il parvient à imposer l’ordre par la voie policière, il perdra toute légitimité morale. Voilà pourquoi nous devons être présents auprès des étudiants. Voilà pourquoi il faut marcher avec eux le 22 mai prochain et les aider à nous aider. Voilà pourquoi il faut plaider encore et toujours en faveur du dialogue contre ceux qui voudraient nous faire taire.

    ***

    Christian Nadeau, Professeur au Département de philosophie à l’Université de Montréal

     
     
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