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    Légalisation des maisons de débauche - La prostitution n'est pas un choix, dénoncent d'ex-prostituées

    29 mars 2012 |Brian Myles | Justice
    Julie avait 16 ans lorsqu’elle est entrée dans une agence d’escortes avec des clients de trois fois son âge. <br />
    Photo: - Le Devoir Julie avait 16 ans lorsqu’elle est entrée dans une agence d’escortes avec des clients de trois fois son âge.
    La légalisation des maisons de débauche livre en pâture au crime organisé des femmes vulnérables, ont dénoncé hier trois ex-prostituées qui ont témoigné à cœur ouvert de leurs expériences respectives de violence et de privation de liberté dans l'industrie du sexe.

    Reprenant le credo des abolitionnistes, Julie, Marie et Maïté ont vivement dénoncé le jugement unanime rendu lundi par la Cour d'appel de l'Ontario, qui a invalidé les dispositions du Code criminel interdisant de tenir des maisons de débauche et de vivre des fruits de la prostitution (sauf s'il y a exploitation).

    La prostitution n'est pas un choix, c'est une forme dangereuse d'exploitation sexuelle dont les femmes ne ressortent pas indemnes. Elle laisse «des marques ineffaçables et des blessures profondes»: abus de substances, détresse mentale, suicide, syndrome du stress post-traumautique, etc. «Il n'y a pas un chat là-dedans qui aurait voulu que sa fille fasse ça», résume Marie.

    Marie avait 15 ans quand elle a fait ses premiers pas dans la prostitution de rue; son errance a duré 15 ans. Elle est horripilée par le discours d'acceptation et de banalisation de la prostitution, présentée comme «un métier» sinon un «choix individuel».

    «La moyenne d'âge d'entrée, c'est 14 ans, dit-elle. Ce sont les femmes vulnérables et en particulier les enfants qu'on va chercher dans la prostitution, et on ne met pas ça en question.»

    Comment parler de choix à cet âge, quand il n'existe aucune autre solution? Si la prostitution est un métier, il faudra bien l'enseigner à l'école, ironise Maïté.

    Julie avait 16 ans lorsqu'elle est entrée dans une agence d'escortes avec des clients de trois fois son âge. Sa proxénète a feint d'ignorer qu'elle était mineure. «Elle n'a rien dit. Elle voulait avoir de la belle marchandise fraîche pour ses clients», a-t-elle témoigné.

    Elle craint que la légalisation éventuelle des bordels rende invisible et plus accessible la prostitution juvénile, le créneau des mineures étant déjà fort prisé des clients. «Les hommes aiment les jeunes femmes mineures. C'est pour eux un moyen d'avoir plus de pouvoir sur la personne», dit-elle.

    La CLES

    Les trois femmes ont fait part de leurs expériences à l'invitation de la Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle (CLES), une partie intervenante dans le litige devant la Cour d'appel de l'Ontario. La CLES déplore le raisonnement du tribunal, qui a légalisé les bordels au nom du droit à la sécurité des femmes.

    La violence ne cessera pas en faisant des distinctions entre les proxénètes «gentils» et les «exploiteurs», affirme Diane Matte, porte-parole de la CLES. Il est illusoire de penser que le crime organisé et les proxénètes laisseront les femmes s'organiser entre elles à la suite de ce jugement. «Ils veulent de l'argent, toujours plus d'argent, et la Cour d'appel leur offre de l'argent sur un plateau», dit-elle.

    La CLES souhaite que le gouvernement Harper s'inspire de l'approche abolitionniste des Suédois. Depuis 1999, la Suède applique une politique asymétrique de décriminalisation pour les prostituées et de criminalisation pour les clients et les proxénètes.












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