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    Propos du sénateur Boisvenu - Pas de voie unique pour soutenir les victimes

    4 février 2012 |Simon Lapierre, professeur à l'École de service social de l'Université d'Ottawa | Justice
    Le discours des défenseurs des droits des victimes, tels Pierre-Yves Boisvenu, comporte des paradoxes. <br />
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le discours des défenseurs des droits des victimes, tels Pierre-Yves Boisvenu, comporte des paradoxes.
    Je travaille depuis plusieurs années auprès de femmes et d'enfants qui ont été victimes de violence. Si je suis clairement préoccupé par la sécurité et le bien-être des personnes victimes de violence, je ne m'identifie pas au discours de plusieurs militants et politiciens qui s'affichent publiquement comme des défenseurs des droits des victimes. Au contraire, ce discours m'inquiète sérieusement...

    Les personnes qui ont été victimes de violence sont dans une position «privilégiée» pour comprendre les manifestations et les conséquences de cette violence. Comme société, nous devrions les encourager à prendre la parole et nous devrions considérer leur point de vue dans l'élaboration de politiques et de programmes sociaux. Au cours des dernières décennies, plusieurs mesures ont été mises en place en réponse aux revendications de groupes représentant des victimes de violence; certaines de ces mesures s'inscrivaient dans une logique de contrôle social, tandis que d'autres visaient davantage le soutien aux individus et aux communautés. Lorsqu'il est question de violence, je crois que nous devons faire appel à une combinaison de mesures de contrôle et de mesure d'aide.

    Présenter des revendications au nom des victimes ne peut-être perçu que comme une entreprise louable, tout comme le fait de proposer des projets de loi au nom de celles-ci. Dans un tel contexte, il peut devenir extrêmement délicat de remettre en question de telles actions, surtout si elles sont initiées ou soutenues par les victimes elles-mêmes ou par des membres de leur famille.

    Lorsque ces actions comportent d'importants enjeux sociaux et politiques — avortement, peine de mort, traitement des délinquants, etc. —, nous avons la responsabilité de poser des questions. Il ne s'agit généralement pas d'être «pour» ou «contre» les victimes, mais plutôt de nous positionner par rapport à la vision qui sous-tend ces actions.

    Une vision étroite de la réalité

    Plusieurs militants et politiciens qui s'affichent publiquement comme des défenseurs des droits des victimes semblent miser essentiellement sur des mesures de contrôle des agresseurs pour assurer la sécurité des victimes. Leur discours s'inscrit dans un programme qui favorise la loi et l'ordre.

    Pourtant, le contrôle des agresseurs ne permet pas de réellement prévenir la violence. Si nous sommes sérieux dans notre volonté de lutter contre la violence, les acteurs sociaux et politiques devraient envisager une stratégie à plus long terme qui permettrait d'intervenir en amont des problèmes et de prévenir les situations de violence

    Une telle stratégie exige de ne pas voir la violence comme un problème uniquement individuel, mais plutôt comme un problème social, et de ne pas constamment opposer les intérêts des victimes et ceux des agresseurs. Loin de moi l'intention de minimiser la responsabilité des individus qui font le choix d'utiliser la violence, mais il faut reconnaître que la violence n'est pas uniquement le résultat de facteurs psychologiques ou biologiques. Si les causes sont difficiles à identifier, il est clair que la violence s'inscrit généralement dans un contexte où il y a des inégalités entre les individus et les groupes sociaux.

    Ainsi, le fait d'assurer une plus grande égalité au sein de la société et d'assurer à l'ensemble des individus des conditions de vie décentes, des ressources suffisantes pour répondre à leurs besoins et un accès à des services et des programmes sociaux peut certainement avoir un impact.

    Des paradoxes


    Il est intéressant de relever les paradoxes dans le discours et les actions de plusieurs militants et politiciens qui s'affichent comme des défenseurs des droits des victimes. En effet, ce sont souvent ces individus et ces groupes qui prônent un désengagement de l'État dans le domaine social. Ils sont en faveur d'un investissement dans les mesures de contrôle, mais ne s'opposent pas aux compressions dans des programmes sociaux qui visent pourtant une plus grande justice sociale et une plus grande égalité entres les hommes et les femmes, les riches et les pauvres, etc.

    La volonté d'abolir le registre des armes à feu est un autre exemple qui illustre les paradoxes dans le discours de ces individus et de ces groupes, surtout que plusieurs groupes représentant des femmes victimes de violence s'opposent publiquement à l'abolition de ce programme. Cet exemple met également en lumière le fait qu'il s'agit avant tout d'actions motivées par une vision sociale et politique particulière.

    Pour un mouvement progressiste


    Sur la base de situations individuelles, il y a généralement une opposition entre les droits de la victime et les droits des agresseurs. Cependant, lorsqu'il s'agit de faire des choix politiques et sociaux, nous devons adopter une vision plus large de la réalité et miser sur une stratégie de prévention à plus long terme. Nous devons nous demander dans quelle société nous vivons, mais surtout dans quelle société nous voulons vivre.

    Nous sommes tous des partisans de la sécurité et du bien-être des victimes de violence, mais il n'y a pas une seule voie à suivre — même si c'est souvent ce qu'on aimerait nous faire croire! Ne pourrions-nous pas donner davantage de visibilité à un mouvement pour les droits des victimes qui serait progressiste, qui travaillerait pour une plus grande justice sociale plutôt que dans un programme qui fait la promotion de la loi et l'ordre sans tenir compte de la réalité sociale plus large?

    ***

    Simon Lapierre, professeur à l'École de service social de l'Université d'Ottawa
     
     
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