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    Profilage - Rebâtir la confiance

    La stratégie du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) pour combattre la tendance «humaine» au profilage s'échafaude sur un terrifiant constat d'échec, celui d'un bris de confiance entre le policier mené par ses préjugés et le citoyen discriminé. Après des années de déni et d'immobilisme, reconnaître une telle faillite est un aveu percutant. Mais le virage, pour être efficace, aurait dû être encore plus prononcé.

    Il y a quelques années à peine, il eut été improbable d'entendre le maire de Montréal évoquer la lutte contre le «racisme» et la «xénophobie» sur l'île, comme Gérald Tremblay l'a fait mardi. Jamais, au grand jamais, le chef du SPVM n'aurait appelé de tous ses voeux la fin du profilage social et racial pratiqué par ses troupes. Tout cela était nié, réfuté, contesté.

    Après un règne de déni malsain, le Plan stratégique en matière de profilage racial et social du SPVM fait office de tournant historique, en cela qu'il reconnaît la gangrène ravageant ses membres. Pour soigner un si grand mal, il applique toutefois sur certaines plaies une banale pommade.

    Certes, le chef du SPVM, Marc Parent, porte le courage et la volonté de celui qui ose les remises en question et appelle à un changement de culture — dans un système peu connu pour son aptitude à la souplesse... On peut croire l'homme de bonne foi lorsqu'il dit rêver d'une pratique policière éthique, respectueuse des différences et observant les lois. En lisant cette stratégie, qui en cinquante pages ne fait somme toute que décliner le gros bon sens et le respect, on comprend l'ampleur des malaises à enrayer.

    Le plan regorge de mesures déclinées sur les thèmes de la formation et de la communication, mais d'immenses morceaux du terrain restent à découvert. Ainsi, le SPVM repousse encore l'idée d'une collecte de données, s'obstinant à refuser le «portrait» du profilage comme condition essentielle à une lutte efficace. Et ce, malgré les études, reportages, rapports et plaintes ayant dévoilé une portion du chaos régnant sur le terrain.

    Les «vérifications au hasard» dont sont victimes des citoyens apostrophés par des policiers sans autre motif que la couleur de la peau ne contribuent qu'à exacerber les tensions sociales, ce qu'un SPVM mené par le chef Parent concède sans mal. La couenne de préjugés auxquels il s'attaque en voulant «former» ses troupes à la réalité ethnoculturelle de Montréal est très épaisse. Les stéréotypes sont coriaces. Et le portrait du SPVM, dont moins de 11 % de ses 4600 policiers sont eux-mêmes issus de communautés ethniques, laisse croire que le défi du recrutement sera très imposant.

    Sur la promesse de sanctions imposées aux fautifs, nous exprimons un certain scepticisme, nourri par un autre vicieux règne, celui du protectionnisme de la police à l'endroit de la police. Entre un socle théorique interdisant le profilage et des policiers pris sur le fait, dénoncés par un supérieur ou le public, reconnus fautifs d'un manquement à la déontologie et accablés d'une sanction, on flaire la mission quasi impossible. Un premier bilan sera bien sûr avidement scruté.

    La tâche des policiers ayant à assurer la protection de la population sur un territoire aussi diversifié et complexe que Montréal n'est pas mince, on en conviendra sans le moindre mal. Mais en négligeant l'harmonie dans ses relations avec les citoyens, le SPVM a miné la confiance du public. Les moyens déployés afin de la rebâtir devraient être à la hauteur des dommages.













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