lundi 28 mai 2012 Dernière mise à jour 01h13
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Affaire Guy Turcotte - La sentence que je porterai toujours

Gaston Bourdages, simple citoyen, Saint-Valérien de Rimouski  16 juillet 2011  Justice
Beaucoup a été dit et écrit. J'ai suivi du mieux que j'ai pu. Et ce, dans mes qualités (j'ajoute moi-même un sic) d'avoir été, en 1989, auteur de mort humaine par violence. J'ai, à fort juste titre, justesse et justice, expérimenté prison, pénitenciers, institut psychiatrique, maisons de transition, traitements psychologiques et psychiatriques, réinsertion sociale et réhabilitation pour finalement en arriver à m'impliquer activement dans une démarche dite de «justice réparatrice», conscient à la fois qu'AUCUN geste à caractère réparateur, de quelque nature que ce soit, n'a su, ne sait et ne saura ramener «ma» victime à la vie. Ma propre mort, à elle-même, aurait les mêmes effets, totalement négatifs. Et ce, pour l'éternité. Il semble que l'éternité... c'est long.

Il m'est objectivement impossible de me prononcer sur l'à-propos du jugement rendu par onze de nos pairs. Un fait, par contre, m'est assuré: Guy Turcotte doit être et se doit d'être puni. À quelle hauteur? Je n'ai pas les compétences requises pour l'évaluer. Il s'y trouve une ou des questions de relativité.

À chacun son histoire

Je puis confirmer que mes expériences carcérales ont, entre autres bienfaits souhaités, directs et indirects, contribué à mes conscientisations des extrêmes gravités de mon geste, qualifié et reconnu comme étant un «homicide involontaire».

Vous comme moi, nous portons toutes et tous une unique histoire de vie. Nos placards contiennent, je le soupçonne, des squelettes aux couleurs et aux saveurs qui sont possiblement de mauvais goût.

Au moment de mon crime, mon placard était bel et bien «plein» et c'est là une de mes responsabilités. Celle de ne pas avoir fait le ménage. Dans un volume publié en 2001, j'écris — attention... vous aurez rendez-vous avec l'horreur — oui, j'y écris: «J'ai tué Lorraine par orgueil, par lâcheté et par vengeance.» Oui, et porteur aussi d'un passé de vie aux contenus non régularisés.

La mort de «l'autre» est explicable. La mort de «l'autre» a été, est et demeurera pour l'éternité un drame injustifiable. Drame devant lequel je me sens, pour les parties émotionnelles et rationnelles de ma personne, totalement impuissant. Quant à la partie spirituelle, jusqu'à ce jour — demain, je verrai — j'y ai trouvé, avec énormément d'aide, des voies de pacification, tout en étant conscient à la fois que des gens ont souffert, souffrent encore possiblement et souffriront jusqu'au jour où une paix leur sera possible.

C'est une de mes sentences, celle-ci non donnée par le tribunal à l'époque, que d'être conscient de ces souffrances directes et indirectes.... et j'en souffre.

Mes respects.

***

Gaston Bourdages, simple citoyen, Saint-Valérien de Rimouski
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • michel lebel - Inscrit
    16 juillet 2011 06 h 19
    L'Homme...
    Beau témoignage. L'Homme ne peut échapper sur terre à la souffrance. Il y réagit ou "fait avec" de différentes façons. C'est souvent, sinon toujours, une question de liberté, plutôt de libération: un long travail... Un auteur qui peut aider à comprendre l'Homme: Maurice Zundel: un passionné de l'Homme et un grand mystique.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jeannot Duchesne - Abonné
    16 juillet 2011 09 h 43
    Humanité!
    Que peut-on dire à la suite d'un tel témoignage? C'est un vécu qui vous appartient et par lequel vous êtes au rendez-vous de votre humanité.

    Je pense que par nos actes et nos jugements nous prenons trop souvent la place de Dieu pour condamner et exécuter nos sentences; nous nous plaçons au-dessus de l'humanité d'autrui peut importe notre statut social, nos responsabilités et nos autorités respectives. Que ce soit par orgueil, comme vous dites, ou à cause de la souffrance, aucune excuse n'est valable.

    C'est en prenant conscience de nos erreurs et en se responsabilisant qu'on retrouvera cette humanité perdue et la paix. Ce que nous ne pouvons pas réparer appartient à ce qui est au-dessus de notre humanité et personne n'y a accès.

    Sincèrement, je pense que vous êtes comme ce paralytique à qui Jésus a dit "Lève-toi, prends ton grabat et marche". Prends ton vécu, retrouves ton humanité et continues ta vie.

    Nous (je suis sûr que je ne suis pas seul) ne pouvons que vous accueillir fraternellement et vous souhaiter la paix que vous désirez et méritez surement.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Monsieur Pogo - Inscrit
    16 juillet 2011 11 h 15
    Dr Talbot
    Le jugement Turcotte a été rendu en fonction de la preuve présentée.

    De fait, de véritables fous se retrouvent au pénitencier à cause d’un manque de moyens financiers pour présenter une défense adéquate. Or, le pénitencier n’est pas un hôpital.

    Pour avoir tué ses enfants de la façon qu’il l’a fait, Turcotte est à l’évidence un malade mental, en conséquence de quoi il sera psychiatriquement encadré comme il se doit.

    De toute façon, le Dr Talbot*, a une longue pratique avec les justiciables. Il a évalué Turcotte pour le compte de la couronne. E psychiatre n’est pas réputé d’avoir une opinion professionnelle complaisante… Et pourtant, lui-même a statué sur la maladie mentale de Turcotte.


    *Psychiatre à l'unité d'expertises de l'Institut Philippe-Pinel depuis...1969.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Hélène Morin - Abonnée
    16 juillet 2011 11 h 52
    Merci
    Ouf, très honnête. Une leçon de justice.
    Merci monsieur, votre parole fait du bien.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Helpaul - Inscrit
    16 juillet 2011 12 h 09
    Quel témoignage que celui de M.Bourdages!
    Voici quelqu'un qui, loin de fuir devant ses responsabilités, les assume totalement et, par lå, mérite toute notre admiration.
    Et c'est ce qui m'irrite dans l'absence de sentence de Guy Turcotte, non qu'il ne soit pas puni mais qu'on le déresponsabilise totalement, établissant du coup un dangereux précédent pour tous les frustrés de ce monde...
    Mais ce qui m'irrite plus encore c'est cette culpabilisation de l'ex-conjointe que l'on voit poindre chez les défenseurs du meurtrier comme s'il lui incombait å elle de faire "soigner" son cardiologue de mari.
    Merci M.Bourdages
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • asclepios - Inscrit
    16 juillet 2011 13 h 42
    Merci Monsieur Bourdages
    J'ai énormément d'admiration pour les bénévoles qui accompagnent les détenus dans leurs démarches de justice réparatrice. Votre témoignage est apprécié.

    François Genest
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Helpaul - Inscrit
    16 juillet 2011 15 h 50
    Vous avez tout mon respect....
    et je salue votre franchise. Vous décrivez bien les circonstances et analysez les conséquences comme bien peu de commentateurs l'ont fait. C'est bien ce qui choque dans ce jugement: la déresponsabilisation bien plus que l'absence de punition. Et le pire c'est qu'une partie de l'opinion publique responsabilise plutot l'ex-conjointe...
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Suzanne Chabot - Inscrite
    16 juillet 2011 16 h 05
    Pourquoi l'éternité?

    Il y a quelque chose qui m'échappe dans ce témoignage. Pourquoi M. Bourdage parle de l'éternité?

    Il me semble y voir là un découragement, une impossibilité du pardon. Est-ce le cas? M. Bourdage pense que son crime ne sera jamais pardonné et qu'il portera pour l'éternité les stigmates de son geste?

    Et bien, j'ai une bonne nouvelle pour vous, M. Bourdage, Dieu, celui qui a créé votre victime, Celui qui est le premier et le seul à être concerné par votre geste, pardonne abondamment à ceux qui reviennent à Lui repentant. Dieu, le Plus miséricordieux des miséricordieux pardonne, et vous n'avez besoin du pardon de personne d'autre, car il n'y a que Lui qui possédait le droit sur la vie et la mort de votre victime...

    Alors, ayez de l'espoir, car il est clair que vous êtes sincèrement repentant M. Bourdages. Vous regrettez votre geste et vous avez la ferme intention de ne pas recommencer.

    Je prie Dieu qu'Il vous guide et qu'Il vous fasse voir Sa miséricorde et qu'il calme votre coeur par la douceur et la lumière de la foi véritable et authentique. Amine.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Yvon Bureau - Abonné
    16 juillet 2011 16 h 08
    Merci, Gaston
    Si écrire, c'est mourir un peu, souvent écrire fait vivre beaucoup. Chez plusieurs.

    Merci, Gaston.

    Quant à l'éternité. il se peut qu'elle ne soit pas longue, surtout si elle n'existe pas !!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Monsieur Pogo - Inscrit
    17 juillet 2011 10 h 48
    @Helpaul
    << (...) Ce qui choque dans ce jugement : la déresponsabilisation bien plus que l'absence de punition...>>

    À mon avis, <<responsabiliser>> un malade mental, c’est comme s’entêter à faire voler un pingouin… Il est supposé de voler : il a des ailes…

    Quant à la contrainte de devoir errer pendant plusieurs années dans les couloirs d’un hôpital psychiatrique sous les effets d’antipsychotiques, je n’y vois pas aucune absence de punition, bien au contraire.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Helpaul - Inscrit
    17 juillet 2011 21 h 48
    @Pogo
    Vous allez tres loin en parlant de maladie mentale...
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Helpaul - Inscrit
    18 juillet 2011 09 h 26
    Pogo-suite
    On a parlé d'égarement passager si j'ai bien compris... et il ne devrait pas rester longtemps å Pinel.
    Vous confondez "troubles de la personnalité" et maladie mentale. Vous croyez vraiment qu'on peut avoir une maladie mentale et pratiquer la médecine? Pourtant l'ordre n'a pas exclu son retour ce qui prouve bien qu'on ne parle pas ici de maladie mentale.
    Le crime fut si horrible qu'on préfere y voir l'oeuvre d'un fou pour nous distancer, régler la question de "l'humain".
    Mais l'Histoire regorge d'exemples "d'humains" qui commettent des horreurs tout en étant sains d'esprit.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
12 réactions
6 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012