Lettres - L'affaire Guy Turcotte: l'aporie du système
Il n'est pas sage de réagir à chaud devant le verdict rendu à l'issue du procès de Guy Turcotte. Mais on ne peut négliger l'indignation qu'il soulève. Il semble bien que l'habileté de l'avocat Pierre Poupart a fini par convaincre les jurés de rejeter la thèse de la poursuite. La réaction du public à la suite de ce verdict montre au moins une aporie dans notre système de justice: l'incompréhension du public à l'égard de notre système judiciaire. On a besoin d'une plus grande transparence. On dit qu'il faut non seulement la justice, mais aussi l'apparence de justice. Alors, je me demande pourquoi l'État ne réserve pas des canaux de télévision aux tribunaux. Le procès n'est-il pas public? Alors, pourquoi en limiter l'accès aux seules personnes présentes au tribunal? Qui aurait voulu suivre le procès tout au long aurait pu le faire et mieux comprendre les mécanismes qui gouvernent son déroulement. Et peut-être alors l'indignation aurait été moins grande. Ou différente.
Je suis pantois devant la conclusion du jury. J'ai beau lire les commentaires avisés de beaucoup de chroniqueurs, je demeure très choqué et perplexe devant un tel verdict. Certains pensent qu'on devrait tourner la page maintenant. Même la mère des enfants ne veut plus en parler. Alors, plus personne ne peut en parler? L'autre vide qui me semble important de constater est la question de l'équilibre entre la règle et les circonstances dans ce genre d'affaire. La règle est accablante, les circonstances sont atténuantes. Ici, les circonstances ont eu gain de cause dans la balance. Cela m'amène à poser la question de la place de la responsabilité dans notre société. Depuis l'envahissement des «psys», il semble que la responsabilité est de plus en plus réduite à une portion congrue aujourd'hui. Les psys sont devenus les spécialistes des circonstances atténuantes, seuls les moralistes, ou les théologiens, et il en reste très peu, ont le fardeau de la règle accablante. On connaît la nouvelle morale du précepte «ne pas juger», dont on abuse, à mon sens, allègrement. Pourtant, que fait-on d'autre dans un procès? Une sensibilisation au système judiciaire et aux rapports entre celui-ci et le monde médical est aujourd'hui plus que nécessaire. Où commence la liberté et la responsabilité qui vient avec elle et où commence la maladie et l'inconscience?
***
Luc Lepage, enseignant au secondaire - Montréal, le 6 juillet
Je suis pantois devant la conclusion du jury. J'ai beau lire les commentaires avisés de beaucoup de chroniqueurs, je demeure très choqué et perplexe devant un tel verdict. Certains pensent qu'on devrait tourner la page maintenant. Même la mère des enfants ne veut plus en parler. Alors, plus personne ne peut en parler? L'autre vide qui me semble important de constater est la question de l'équilibre entre la règle et les circonstances dans ce genre d'affaire. La règle est accablante, les circonstances sont atténuantes. Ici, les circonstances ont eu gain de cause dans la balance. Cela m'amène à poser la question de la place de la responsabilité dans notre société. Depuis l'envahissement des «psys», il semble que la responsabilité est de plus en plus réduite à une portion congrue aujourd'hui. Les psys sont devenus les spécialistes des circonstances atténuantes, seuls les moralistes, ou les théologiens, et il en reste très peu, ont le fardeau de la règle accablante. On connaît la nouvelle morale du précepte «ne pas juger», dont on abuse, à mon sens, allègrement. Pourtant, que fait-on d'autre dans un procès? Une sensibilisation au système judiciaire et aux rapports entre celui-ci et le monde médical est aujourd'hui plus que nécessaire. Où commence la liberté et la responsabilité qui vient avec elle et où commence la maladie et l'inconscience?
***
Luc Lepage, enseignant au secondaire - Montréal, le 6 juillet
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

