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Lettres - Une violence qui échappe à tout

Dominic G. Turgeon - Montréal, le 5 juillet 2011  7 juillet 2011  Justice
Je fais partie des Québécois qui ont été surpris par le verdict au procès de Guy Turcotte, mais je ne crois pas que la décision des jurés soit le reflet d'un échec du système judiciaire. Le procès a respecté les règles en la matière et le jury a basé sa décision sur ce qu'il avait entendu. L'enjeu réside plutôt dans une sphère profonde de la psyché humaine.

Le verdict étant que seule une démence temporaire peut expliquer le geste de Guy Turcotte, on comprend qu'il est impossible à leurs yeux qu'un homme dit normal puisse planifier la mort de ses enfants. Admettre qu'un homme sain d'esprit, dont la vocation est de soigner par surcroît, souhaite la disparition de ceux qu'il a vus naître, qu'une telle violence fasse partie de la nature humaine est inadmissible dans une province qui tolère si mal la moindre confrontation.

Le risque de commettre un meurtre n'est pas un symptôme qui définit un trouble d'adaptation avec anxiété et humeur dépressive, comme en souffrait l'accusé au moment du drame et comme en souffrent des milliers de Québécois. Guy Turcotte avait été trahi par sa femme et l'un de ses amis et voyait son univers s'écrouler. Dans ces circonstances extrêmes, penser au suicide, souhaiter la mort de ceux qui nous font souffrir ou penser à tuer quelqu'un n'a rien de très étonnant. Passer à l'acte demeure inadmissible, peu importe l'intensité de la douleur.

Il y a quelque chose de rassurant à entretenir l'illusion que seuls les déséquilibrés portent en eux les germes d'une violence innommable, alors que les gens normaux sont à l'abri des pires excès. En contrepartie, les coupables sont à l'abri de la responsabilité de leurs actes.

***

Dominic G. Turgeon - Montréal, le 5 juillet 2011
 
 
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  • François Lafontaine - Inscrit
    7 juillet 2011 10 h 35
    La psychiatrie n'a pas le monopole de la vérité sur l'âme humaine.
    Un homme qui est bien en colère se joue à lui-même une tragédie bien frappante, vivement éclairée, où il se représente tous les torts de son ennemi, ses ruses, ses préparations, ses mépris, ses projets pour l'avenir ; tout est interprété selon la colère, et la colère en est augmentée (...) Voilà par quel mécanisme une colère finit souvent en tempête, et pour de faibles causes, grossies seulement par l'orage du cœur et des muscles. Il est pourtant clair que le moyen de calmer toute cette agitation n'est pas du tout de penser en historien et de faire la revue des insultes, des griefs et des revendications ; car tout cela est faussement éclairé, comme dans un délire. Ici encore il faut, par réflexion, deviner l'éloquence des passions et refuser d'y croire. Au lieu de dire : « Ce faux ami m'a toujours méprisé », dire : « dans cette agitation je vois mal, je juge mal ; je ne suis qu'un acteur tragique qui déclame pour lui-même. » Alors vous verrez le théâtre éteindre ses lumières faute de public ; et les brillants décors ne seront plus que des barbouillages. Sagesse réelle ; arme réelle contre la poésie de l'injustice. Hélas ! Nous som­mes conseillés et menés par des moralistes d'occasion qui ne savent que se mettre en délire et donner leur mal à d'autres.

    -Alain, Propos sur le bonheur, 1928.
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