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Les entrepreneurs freinent leurs ardeurs

Montréal, Laval et le MTQ constatent une baisse importante du coût des travaux. «L'escompte Marteau» pourrait toutefois être de courte durée, selon le milieu policier.

Kathleen Lévesque , Alec Castonguay   24 novembre 2010  Justice
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Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir

La mise en place de nouvelles règles d'octroi de contrats et la présence déstabilisante de l'opération Marteau ont forcé les joueurs-clés de l'industrie de la construction à freiner leur ardeur, ce qui a ouvert la porte à de nouveaux entrepreneurs et fait baisser les prix dans les municipalités, a appris Le Devoir.

Cet «escompte Marteau», comme on l'appelle dans les milieux policiers et municipaux, ne serait toutefois qu'un repli stratégique le temps que l'attention sur l'organisation des contrats publics se détourne. «Ils se gardent une petite gêne pour l'instant», a expliqué une source bien au fait de la situation. Une autre personne qui a requis l'anonymat a renchéri: «Pour calmer le jeu, le club des entrepreneurs nous a donné un escompte, un rabais qu'on peut associer à Marteau. Mais le même groupe de soumissionnaires commence à revenir.»

De fait, à Montréal, Laval et au ministère des Transports du Québec, on constate une baisse importante du coût des travaux au cours de la dernière année. La raison? Le marché s'est ouvert et de nouveaux entrepreneurs ont soumissionné pour obtenir des contrats d'infrastructure.

À Montréal, l'écart entre l'estimation interne des coûts réalisée par la Ville et le prix final des contrats est de 36 % inférieur en ce qui a trait aux travaux d'aqueduc et d'égout. Dans le cas des travaux de chaussée, la baisse est de 36 % également. Dans le domaine des parcs et pistes cyclables, c'est une baisse de 15 % du coût des travaux.

«On constate qu'il y a de nouveaux joueurs qui répondent aux appels d'offres. Certains viennent de l'extérieur de Montréal et n'ont jamais soumissionné à Montréal avant. Plus il y a d'entrepreneurs, plus les prix baissent», a expliqué au Devoir Alan DeSousa, le vice-président du comité exécutif de la Ville de Montréal.

Selon les recherches effectuées par Le Devoir dans les derniers jours, pas moins de 78,5 % des contrats octroyés par le comité exécutif de Montréal entre décembre 2009 et octobre 2010 l'ont été à des entreprises qui ne font pas partie des gros joueurs de la construction dans la région. Auparavant, c'était la proportion inverse.

À peine 23 des 107 nouveaux contrats sont allés aux 15 entrepreneurs qui ont eu la part du lion des contrats sur l'île entre 2005 et 2009. Parmi ces 15 entreprises généralement dominantes dans le marché, seulement le tiers a postulé ou décroché des contrats depuis décembre: Construction Louisbourg (5), Construction Soter (5), Construction DJL (4), Construction Catcan (4), Infrabec (3) et Construction Garnier (3). Toutes ces entreprises ont obtenu les contrats depuis juin dernier.

Même scénario dans le génie-conseil, alors que seulement cinq «réguliers» ont obtenu des contrats depuis un an, soit LVM (filiale de Dessau), Genivar à deux reprises, Cima+ et Groupe Séguin.

Nouveaux joueurs

Construction Doverco, de Saint-Eustache, est l'une des nouvelles entreprises à avoir tenté sa chance dans le marché montréalais. Cet été, elle a obtenu deux contrats d'une valeur totale de 465 000 $ pour réaliser des travaux facilitant l'accès à un centre communautaire et à un aréna.

«On n'a jamais eu Montréal comme client avant», confirme le président, Yves Savard. Pourquoi avoir soumissionné cette année? «Je ne sais pas. On a tenté notre chance sur ces contrats et on les a obtenus, c'est tout.» M. Savard affirme ne jamais avoir subi de pression auparavant pour ne pas travailler à Montréal. «C'est juste une question de choix», dit-il, ajoutant qu'il va probablement continuer de brasser des affaires à Montréal. N'empêche, ils sont plusieurs comme lui depuis un an à venir de Laval, Boisbriand, Varennes, Boucherville, et même d'aussi loin que Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

Alan DeSousa affirme que les mesures prises par Montréal portent leurs fruits. D'abord, la Ville a accordé moins de contrats cet hiver, ce qui a créé une pression sur les entreprises qui cherchaient du travail. Ensuite, la Ville a fractionné les gros contrats pour permettre à de petits entrepreneurs de se qualifier. Puis, Montréal a mis un bémol à l'utilisation des consortiums, ces regroupements d'entreprises qui répondent ensemble à un contrat, notamment dans le cas des firmes de génie-conseil. «Plus il y a de consortiums, moins il y a de joueurs dans l'appel d'offres», dit M. DeSousa.

Pourquoi les habitués du marché obtiennent-ils plus de contrats depuis le mois de juin, avec une pointe à la fin du mois d'août? «On regarde ça attentivement, mais on ne sait pas, dit Alan DeSousa. On pense que c'est parce que les contrats accordés sont plus gros que cet hiver, alors ils ont plus d'intérêts et d'avantages.»

Une baisse à Laval

Même scénario de baisse des prix à Laval, qui n'a pourtant pas mis en place de mesures spéciales depuis un an, contrairement à Montréal. La facture des travaux de rénovation des égouts et des aqueducs a baissé de 22 % depuis décembre. Dans le domaine de la chaussée, c'est une chute de 26 %. Parcs et pistes cyclables: -20 %.

«On a sensiblement le même volume de contrats, mais on a beaucoup plus de soumissions à chaque appel d'offres, explique Dean Dussault, porte-parole de la Ville de Laval. On a des entreprises nouvelles qui viennent de l'extérieur, alors ça fait baisser les prix.»

Y a-t-il un effet temporaire en raison de l'opération Marteau? «Je ne peux pas répondre à ça. Je dois m'en tenir aux faits. Et ces faits disent que la raison de la baisse, c'est qu'il y a plus de concurrence», dit M. Dussault.

Dans le cas du ministère des Transports du Québec (MTQ), il y a aussi une chute des prix. En fin de semaine, La Presse révélait que les soumissions sont en moyenne de 16,4 % inférieures aux estimations internes des fonctionnaires. L'unité anticollusion a épluché des contrats d'une valeur de 1,7 milliard de dollars. L'économie pour le gouvernement serait de 311 millions de dollars. Au MTQ, on refuse de commenter ce qu'on nomme des «données stratégiques».

À Montréal et Laval, on s'est dit incapable de chiffrer les économies pour l'instant. «On va avoir une meilleure idée dans quelques mois», affirme Alan DeSousa.
 
 
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  • jean-claude Vincent - Abonné
    24 novembre 2010 07 h 59
    Il était temps!
    Ce que nous apprenons ce matin finalement c'est qu'on se fait voler depuis des années et que nos administrations politiques et publiques autant proviciales que municipales étaient complices du système en endossant une politique de laisser faire.

    Oui une enquête publique est nécessaire plus que jamais pour mettre en lumière toutes les ramifications d'un système qui nous coûte des milliards de dollars.

    Que nos politiciens à l'éthique douteuse arrêtent de demander sans cesse des hausses de taxes et qu'ils fassent le travail pour lequel ils sont élus soit assurer une saine gestion de l'argent qu'on leur confie déja.

    J'aimerais bien voir une sortie en bloc du Québec lucide ,ces saints parmi les saints pour qui toutes les solutions passent par une diminution du rôle de l'état et leurs solutions pour controler les hausses de coûts et la rapacité des entrepreneurs qui font affaire avec le gouvernement

    il est temps qu'ils nous en fasse part de leurs solutions, sinon on sera porté à croire par leur silence qu'ils n'en ont pas. Ce serait assez ironique pour des gens qui se présentent comme des administrateurs chevronnés qui veulent resserrer la gestion de l'état...
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  • Héracles - Abonné
    24 novembre 2010 08 h 00
    Bravo
    Vos deux derniers articles sont tout à fait pertinents. Je pense que le monde municipal est à scruter à fond. Qui sait. Peut-être, notre compte de taxes municipales devrait être 15 à 25 % moins élevé. Continuez votre enquête. Nous en apprenons tous les jours.
    Héracles
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  • Bernard Gervais - Abonné
    24 novembre 2010 09 h 04
    Des solutions pourtant évidentes
    Les milieu policier redoute donc une remontée du coût des travaux publics effectués par des entrepreneurs privés quand l'escouade Marteau aura terminé ses enquêtes.

    Pour que cela ne se reproduise pas, les solutions sont pourtant évidentes : non seulement faut-il créer une commission d'enquête afin de faire toute la lumière sur la corruption qui ronge le monde de la construction, mais aussi faire en sorte que les entreprises privées, qui obtiennent des contrats pour des travaux publics, soient constamment sous haute surveillance policière !
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    24 novembre 2010 10 h 30
    N'empêche que la table est mise pour les entrepreneurs.
    Les entrepreneurs vont faire une diète à table. Ce sont des gens intelligents. Il serait aussi très difficile de les empêcher de se remettre à bouffer tout ce qu'ils peuvent une fois que les choses se seront tassées. Faire des lois ne seraient même pas suffisants. Il faudrait d'abord et avant tout la bonne foi et que les entrepreneurs décident d'un commun accord d'être honnête tout le temps. Mais, je sais, je suis en train de faire un rêve éveillé.
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  • Bernard Terreault - Abonné
    24 novembre 2010 11 h 24
    Des solutions
    1) des punitions exemplaires, pas seulement des tapes sur les doigts pour las fautifs, politiciens, fonctionnaires ET AUSSI entrepreneurs et ingénieurs.
    2) Des services d'ingénierie sérieux dans les administrations, limitation de la sous-traitence.
    3) Réforme du fiancement des partis, adoption de la proposition Drainville-Girard-Marceau.
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  • Daniel Berube - Abonné
    24 novembre 2010 15 h 07
    On ne rêve plus en couleur... mais en 3D !
    Des solutions sûrs?... il faudra toujours en trouver, car la mafia, après quelques temps d'étude, trouvera un moyen de détourner les nouveaux règlements mis en place. Un système comportera toujours des failles, qui seront précieusement recherchées par les utilisateurs... Mais chose certaine, le financement des partis politiques doit être changé, et voir UNE chose étant a considérer: Non pas le nombre de pancartes de publicité politique sur les poteaux, ou toute chose demandant de l'argent; mais plutôt des idées neuves, un peu comme le P.Q. a apporter en 1976 avec René Lévesque. Mais, j'ai bien peur que nous ne pouvons compter que sur les nouvelles générations pour de tels changements... L'exemple le plus évident: nos gouvernement actuel courrent encore après ce qui était appellé au 20ème. siècle l'or noir... ces derniers ne réalisent pas que pour le 21ème siècle, c'est l'or bleu qui promet le plus, et nos gouvernements sont prêt a prendre le risque de détruire nos sous-sol, principal frabricant et protecteur de cet or bleu... Les jeunes! Eau secours !!!
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  • Jean-Laurent Auger - Abonné
    24 novembre 2010 15 h 44
    On a la trouille?
    Il y a des petites perles dans cet article. Vous remarquerez à quel point M. DaSousa sait patiner et manquer de précisions dans ses réponses. Toute l'étoffe d'un "bon" politicien, quoi! Quant à M. Dean Dusseault, il ne peut pas répondre aux questions. Je dois m'en tenir aux fait, dit-il. Moins subtil comme réponse mais...
    Pour couronner le tout, le MTQ refuse de commenter cet écart de prix pour la réalisation de ses travaux publics.
    Quelqu'un a-t-il peur quelque part?
    Soyez sans crainte, je suis prêt à parier que vous allez très bien vous en sortir si jamais il y avait des anomalies.
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  • M. Leduc - Inscrit
    24 novembre 2010 23 h 19
    Mafia
    Un vrai scénario d'un mauvais film de pègreux, ne nous réjouissons pas trop vite. Le temps que la poussière retombe et ça sera business as usual. Quand je pense que le parti au pouvoir à Québec, et les partis municipaux vont se gargariser de la soudaine honnêteté des firmes d'ingénieurs et contracteurs, bulshit ! Merci à vous les gens des médias qui ont grattez le bobo jusqu'à ce que le pus sorte. Vous avez droit à une prime sur les réductions de coût. ;-)
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