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Du patriarcat jusqu'au partenariat - Épouser la cause de «Lola»

Marie-Hélène Dubé - Avocate ayant représenté «Lola» (avec Me Anne-France Goldwater)  12 novembre 2010  Justice
La pension alimentaire permet de rééquilibrer la capacité économique des deux conjoints de faire face à l’avenir séparément, dans la mesure où leur relation conjugale a eu un impact financier.<br />
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir
La pension alimentaire permet de rééquilibrer la capacité économique des deux conjoints de faire face à l’avenir séparément, dans la mesure où leur relation conjugale a eu un impact financier.
Il y a une semaine, la Cour d'appel du Québec déclarait inconstitutionnelle l'absence d'obligation alimentaire entre conjoints de fait dans notre Code civil. Notre plus haut tribunal désapprouvait alors le préjugé défavorable du législateur québécois envers l'union de fait et son désir de préserver un statut supérieur au mariage.

En tant que champions mondiaux de l'union libre, tout portait à croire que les Québécois se réjouiraient de cette victoire pour l'égalité entre les conjoints avec ou sans papiers. Pourtant, les voix qui se font entendre le plus fort déplorent qu'on leur impose une solidarité conjugale, soi-disant surannée.

Recul du féminisme pour les uns ou, au contraire, féminisme à outrance pour les autres, le droit de demander une pension alimentaire pour conjoints est, pour tous ceux qui le décrient, l'objet de préjugés et d'incompréhension. Au nom de l'idéal de l'indépendance, des conjoints dont le seul crime consiste à compter l'un sur l'autre sont mis au pilori! Dans le Québec d'aujourd'hui, serait un citoyen méprisable celui qui se dévoue à sa famille plutôt que d'aller gagner sa croûte, entend-on.

Insulte aux femmes

Certains s'insurgent contre l'oppression de l'État qui donne aujourd'hui, par la voix de ses magistrats, le droit de réclamer une pension alimentaire aux conjoints sans papiers. Je me révolte contre l'idée que l'on veuille réprimer la liberté de ceux qui font passer le bien-être de leur famille avant l'avancement de leur carrière ou la préparation de leur retraite.

Les femmes ont acquis chèrement le droit d'étudier, puis de travailler à l'extérieur du foyer, et luttent encore pour l'équité salariale! Les Québécoises n'ont jamais été des fainéantes, aujourd'hui encore moins que jamais, alors que nous cumulons souvent emploi rémunéré et tâches domestiques. Le travail, nous connaissons! Nous sommes tellement vaillantes que plusieurs de nos conjoints se laissent inspirer par notre exemple et tentent eux aussi la conciliation travail-famille.

Pourquoi trembler à l'idée que le droit à une pension alimentaire pour les conjoints de fait va nous transformer en profiteuses? Quelle insulte faite aux femmes québécoises que de croire que c'est sous la férule de l'absence de droits qu'il faut les tenir pour en faire des citoyennes honorables!

Répercussions


Près de vingt ans passés à oeuvrer auprès de familles québécoises m'ont appris à les respecter dans leur diversité et à comprendre leurs besoins. Les femmes instruites et carriéristes qui ne savent plus où donner de la tête entre les exigences de leur métier et les besoins de leurs petits, les familles qui doivent faire des choix lors de la mutation d'un des conjoints, des conjoints de fait plus fortunés qui ne se protègent pas contre les abus, des conjointes de fait qui prennent des congés sans solde pour prendre soin des enfants de leur chum, pullulent. À la longue, tous ces choix qui parsèment la vie quotidienne ont des répercussions économiques.

La majorité des nouvelles familles sont formées par des conjoints de fait qui tissent des liens économiques pareils à ceux de la minorité qui se marie. L'intensité de l'union économique varie en fonction de la durée de la vie commune, de la présence ou non d'enfants au sein de la famille, et des aléas de la vie comme la maladie, ou le chômage. Tous ces facteurs sont considérés lors d'une demande de pension alimentaire et feront en sorte que seuls certains conjoints de fait obtiendront une pension. On ne peut cependant en limiter l'accès en faisant des distinctions arbitraires. Par exemple, tous les conjoints avec enfants n'ont pas droit à une pension pour eux-mêmes et certains conjoints sans enfants en ont un besoin légitime.

Le coffre à outils des familles québécoises actuelles doit inclure l'accès à une pension alimentaire pour conjoints et l'existence d'un patrimoine familial. La pension alimentaire permet de rééquilibrer la capacité économique des deux conjoints de faire face à l'avenir séparément, dans la mesure où leur relation conjugale a eu un impact financier. Elle est toutefois d'une utilité théorique lorsque l'écart entre les revenus des deux conjoints n'est pas très marqué. C'est le patrimoine familial qui s'avère alors d'un secours plus efficace, en favorisant l'égalité économique des conjoints par le partage de certains biens courants utilisés par la famille (résidence, meubles, automobiles, régimes de retraite) et acquis pendant la vie commune.

Ces outils, dont nous nous sommes dotés afin de soutenir les familles québécoises dans leur quête vers un juste équilibre, devraient être l'objet de notre fierté plutôt que de notre dérision.
 
 
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  • Line Légaré - Abonnée
    12 novembre 2010 06 h 33
    Tout à fait d'accord !!!
    Comme vous, j'ai été sidérée des propos tenus par certains. J'ai notamment eu l'impression que de nombreux hommes mettaient toutes les femmes dans "le même chapeau". D'autres manifestaient carrément leur haine envers les femmes, au point que cela me faisait froid dans le dos en les lisant...que de souffrances et d'amertume se cachent derrière des propos si méprisants. C'est dans ces moments qu'on réalise que la société n'évolue que très lentement et que l'écart entre les hommes et les femmes est encore très grand.

    J'aurais bien aimé que votre cause soit celle d'un homme au lieu d'une femme vivant cette situation. Je me demande comment certains hommes auraient réagi...possiblement dans leur esprit étroit et "macho", l'auraient-ils lapidé sur la place publique en disant qu'il manquait de fièreté masculine...

    Je vous félicite de votre travail qui permettra à certains et certaines d'être moins démunis(es) en cas de rupture de leur couple.
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  • François Dugal - Abonné
    12 novembre 2010 09 h 33
    Le titre
    Le titre de cet article est fichtrement bien trouvé.
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  • Helene Cartier - Inscrit
    12 novembre 2010 10 h 54
    Merci MH !
    Toute la semaine j'ai espéré répondre à toutes ces voix qui s'insurgent contre l'obligation alimentaire entre conjoints de faits. Où sont-elles ces conjointes qui pourraient répondre? Celles qui ont fait des compromis dans leur carrière, dans leurs besoins, de bonne foi et dans l'intérêt de la famille, on ne les entend pas. A tort, elles ont honte d'avoir crû que l'intérêt de la famille était prioritaire et d'avoir laissé la dépendance s'installer. Les médias les font passer pour des profiteuses, on leur attribue la régression du féminisme! Mais dans quelle société vivons-nous? Où est-elle la pauvreté? Les familles monoparentales, les femmes et les enfants! Il faut être aveugle pour ne pas voir l'injustice qui sévit du fait de cette discrimination arbitraire entre les conjoints mariés et les autres.
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  • maxime.gagne.8@gmail.com - Abonné
    12 novembre 2010 13 h 01
    La Cour d'appel n'a que forcé un débat qui a trop tardé
    Au départ, j'étais très défavorable au principe de la cause que défendait Me Goldwater. Ce n'était pas du tout en raison des faits exceptionnels de l'affaire "Éric c. Lola" et les montants qui étaient associés. Que Monsieur soit un multimilliardaire et Madame soit de 10-15 ans sa cadette, cela ne change rien au cadre juridique dans lequel le couple le plus anonymement célèbre vivait. Mais surtout, nous devons nous rappeler que de centaines de milliers de Québécois vivent eux aussi en union libre.

    Le raisonnement de la Cour fait sens: le mariage, de régime visant à définir une institution sacrée et fondamentale de notre société, est devenu un régime visant à aménager les droits et obligations des époux entre eux, afin de les protéger, de même que leur progéniture. Et là est justement le problème: les enfants. On sait que, mariage ou pas, maintenant, les enfants ont les même droits peu importe la nature de l'union d'ont ils sont issus. Or, l'absence de reconnaissance du législateur de l'union de fait, en plusieurs matières, avait une incidence importante sur eux.

    Ainsi, la pension alimentaire que le père verse à la mère (le contraire se peut aussi) pour l'éducation et l'entretien des enfants ne doit servir théoriquement qu'à leurs besoins. Mais dans la vraie vie, on sait très bien que la mère, lorsqu'elle achète un pot de beurre de peanut pour les enfants ne se privera pas de s'y servir.

    La pension alimentaire entre époux n'est pas automatique. Elle sera ordonnée que si l'époux créancier vivait dans une situation de dépendance financière vis-à-vis son ancien. La pension sert alors à aider cet époux à redevenir autonome financièrement, notamment lorsqu'il a été absent pendant de nombreuses années du marché du travail. Mais comme pour la pension pour enfant, la pension pour époux n'est pas ad vitam æternam.

    Reconnaître que l'union de fait implique des obligations alimentaires, c'est aussi protéger la famill
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  • J. Hardy - Inscrit
    12 novembre 2010 13 h 35
    Ingérence de l'état
    Bravo pour votre victoire face à la cause "Lola".

    Cependant, je ne crois pas qu'il s'agisse d'une victoire pour l'égalité des femmes.

    Le ou la conjointe avec le plus grand salaire des deux doit de toute manière verser une pension pour les enfants pour leur permettre de conserver le même niveau de vie dans les deux familles. De cette manière, l'un des parents ne pourrait apparaître plus intéressant que l'autre simplement basé sur le porte-feuille. Faisons donc fie des enfants, qui sont déjà couverts.

    Pour ce qui est du couple qui ne désire pas se marier, il existe le "contrat de vie commune". Vous venez d'en saboter l'usage.Non, nous ne pourrons plus décider de ce qu'il advient de notre futur, ce sera l'État qui tranchera pour nous.

    Il y a des femmes avec une fierté et une carrière. Selon ma compréhension, c'est devenu la norme plus que l'exception, la super-woman. Est-ce une marque de fierté que de se servir du gouvernement pour bêtement trancher la poire à notre place?

    Où allons-nous nous arrêter? Est-ce que les hommes, avec leur méchant salaire, devront verser une pension même si le couple n'a pas eu d'enfants? Je le répète, nul besoin de victimiser les mères, elles reçoivent déjà un montant pour les enfants.

    À garde partagée à la semaine, avec la pension pour les enfants, les modalités convenues lors du contrat de vie commune, qu'est-ce qu'il peut bien manquer? Ah oui, ce besoin insatisfait de toujours en avoir plus.

    Il y a une raison pourquoi l'on ne se marie plus. Non, je ne serai pas ton mari et tu ne sera pas ma femme. Personne ne possédera l'autre, comme un objet. Personne ne changera de nom de famille et du même coup renier son identité.

    C'est ça la beauté d'être autonome, l'individu ne disparaît pas. L'homme est encore vu comme un persécuteur et la femme comme une victime.
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  • Peter Kavanagh - Inscrit
    12 novembre 2010 20 h 42
    Vivre seul
    cela devient la meilleur solution, sans attache, ne rien devoir a personne et personne ne nous doit rien.......rencontre d'un soir sans lendemain.....quand les juges se permettent d'aller dans la vie privé des gens. Ils y avait 3 choix ( mariés, en couple ou seul) il en reste 2......
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  • Julie-Alexandra Langue Dube - Inscrite
    14 novembre 2010 23 h 41
    Débat?


    Tout d'abord je vous félicite pour votre accomplissement. Je suis perplexe devant ce débat. Le conjoint de fait séparé peut demander ou pas une pension alimentaire pour elle/lui. Si cette possible loi est une entrave à leur liberté personnelle ou valeurs, ils s'en abstiendront. Pour d'autres, elle offre un éventail plus grand de libertés, de secours et de protection. Alors pourquoi tant d'aversion? Est-ce là la nouvelle société québécoise?
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  • JJ DAY - Inscrit
    15 novembre 2010 10 h 59
    Tant de Palabres
    Fort agréable texte et tout à fait d’accord avec votre approche Maître Dubé. Ce débat cependant demeure assez incompréhensible sachant que :
    1) Les ministères canadiens et québécois du revenu ne font pas de distinction entre conjoints de fait et personnes mariées lors de la préparation des déclarations d’impôt;
    2) Nombreux couples, d’ailleurs, en profitent pour partager des déductions fiscales quand ils peuvent en tirer des bénéfices.
    Or aucune protestation de la part de la société québécoise à ces deux sujets.

    Ce dossier concerne à la fois femmes et hommes car la précarité professionnelle ne discrimine personne. Aussi, il reflète les choix de la société québécoise depuis la Révolution Tranquille en amenant des corrections là où il en fallait. Cela étant dit, même avec un taux de mariage bien plus élevé, ce débat se serait tout de même produit sachant que des dérapages à la séparation de couple se produisent bien trop souvent.

    Et pour ceux-là qui se plaignent de l’ingérence des tribunaux, rappelez-vous que l’abrogation des lois ségrégationnistes aux États-Unis en 1954, les fameux « Jim Crow Laws », n’a pas été l’initiative des législateurs.

    Et enfin, il ne resterara que la question du patrimoine à adresser.

    Bonne chance!
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  • paTRHO - Inscrite
    6 mars 2011 03 h 48
    pension?
    Quand une avocate enlève tous ses biens à son mari.Que lui reste-t-il pour payer une pension à ses enfants nés hors mariage?
    L'honnêteté de cette cause devrait commencer par l'honnêteté de celles qui la défendent.
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