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Sommet du G20 - Nous réclamons une enquête!

Collectif d'auteurs  8 juillet 2010  Justice
Les arrestations de masse qui ont eu lieu lors du G20 semblent s’inscrire dans une tendance vers la criminalisation de la dissidence au Canada.<br />
Photo : Agence Reuters Christinne Muschi
Les arrestations de masse qui ont eu lieu lors du G20 semblent s’inscrire dans une tendance vers la criminalisation de la dissidence au Canada.
Monsieur le Ministre de la Sécurité publique Vic Toews, Nous vous écrivons pour exprimer notre désarroi en réaction aux comptes-rendus qui ont été faits de la conduite du Groupe intégré de la sécurité du G8 et du G20 (ci-après le «GIS») pendant le sommet du G20 qui a récemment eu lieu à Toronto. Nous vous enjoignons de même à poser des gestes concrets afin d'assurer que les libertés civiles au Canada ne soient pas minées lors de manifestations politiques.

À titre de professeurs de droit et d'avocats, mais surtout en tant que citoyens, nous sommes extrêmement préoccupés par les rapports qui nous parviennent de violations massives des libertés civiles qui auraient été commises par des membres du GIS et nous vous exhortons à lancer une enquête indépendante sur les fouilles, saisies et arrestations effectuées dans le cadre des manifestations au sommet du G20, ainsi que sur les conditions de détention des personnes arrêtées.

Triste tendance


Malheureusement, les arrestations de masse qui ont eu lieu lors du G20 semblent s'inscrire dans une tendance vers la criminalisation de la dissidence au Canada. Les forces policières canadiennes ont de plus en plus recours aux arrestations de masse durant les manifestations politiques, ne relâchant les manifestants qu'ensuite, après la tenue de l'événement faisant l'objet de la contestation, et dans plusieurs cas, sans le moindre chef d'accusation.

Bien que la police ait la responsabilité d'arrêter les individus qui sont directement impliqués dans la destruction de biens (que ce soit dans le cadre d'une manifestation ou non), cela ne justifie aucunement les arrestations de masse. Cette tactique est non seulement une violation claire des libertés d'opinion, d'expression, d'association et de réunion, mais constitue également une forme de détention arbitraire qui viole le droit à la présomption d'innocence.

En 2005, ayant noté le recours de la police canadienne à de telles arrestations massives et le caractère arbitraire de celles-ci au sens du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le Comité des droits de l'homme de l'ONU a exhorté le Canada à s'assurer que le droit des personnes de participer pacifiquement à des manifestations sociales soit respecté et à s'assurer que seuls ceux et celles qui commettent des actes criminels soient arrêtés.

Plus de 900 arrestations ont été faites durant le sommet du G20; il semble qu'une majorité écrasante ait été relâchée sans chefs d'accusation. Ces faits tendent à démontrer que le Canada a fait fi de l'exhortation du Comité de l'ONU.

Motif raisonnable


En plus des arrestations de masse, des rapports d'observateurs indépendants, comme ceux de l'Association canadienne des libertés civiles, indiquent que des membres du GIS ont systématiquement fouillé et détenu des citoyens sans motif raisonnable. Si la preuve vidéo et les témoignages directs rapportés dans les médias traditionnels ou alternatifs sont représentatifs des tactiques du GIS, ces violations se chiffrent certainement dans les milliers.

Dans au moins certains des cas, des membres du GIS ont prétendu avoir expressément reçu, par le biais d'un règlement adopté en vertu de la Loi sur la protection des ouvrages publics de l'Ontario, le pouvoir de placer en détention et de fouiller des citoyens sans motif raisonnable. Comme vous le savez, le chef de police de Toronto, M. Bill Blair, a par la suite admis que les membres du GIS s'étaient trompés quant aux pouvoirs qui leur avaient été conférés par ce règlement.

Droits facultatifs?


De plus, les comptes-rendus des conditions dans le centre de détention improvisé de l'avenue Eastern sont extrêmement troublants. Des témoignages crédibles qui attestent du surpeuplement du centre, de l'approvisionnement insuffisant en nourriture et en eau fraîche, de menaces de mauvais traitements de la part de membres du GIS, dont des menaces de viol envers des détenues féminines, nous portent à croire que le droit à la sécurité de la personne des détenus a été violé.

Les détenus se sont aussi apparemment vu refuser le droit à un avocat ainsi que le droit d'être informés de la raison de leur détention. Les droits prévus à la Charte canadienne des droits et libertés ne sont pas facultatifs. Dans une société libre et démocratique, il est impératif que les libertés civiles soient respectées par la police, même lorsque cela leur complique la tâche.

Monsieur le Ministre, nous ne pouvons concilier les témoignages oculaires et les rapports provenant des médias sur les manifestations du G20 avec votre déclaration du 28 juin 2010, où vous affirmiez que le GIS a agi avec «professionnalisme» et où vous remerciez les membres du GIS pour leur «travail exceptionnel». Nous vous demandons donc d'ouvrir une enquête complète et indépendante sur les actes posés par le GIS durant le G20.

***

Ont signé ce texte une quarantaine de professeurs de droit et avocats du Canada: Finn Makela, Sharryn J. Aiken, Sibel Ataogul, D. G. Bell, Pierre Bosset, Pierre Brun, Marie-France Bureau, Catherine Choquette, Michael Cohen, Steve Coughlan, Blair Crew, Hugo Cyr, Maneesha Deckha, Annick Desjardins, Julie Desrosiers, Mathieu Devinat, Richard Devlin, Schulich Bernard Duhaime, Brenda Gunn, Andrew L. Hitchcock, Freya Kodar, Jasminka Kalajdzic, Fannie Lafontaine, J. Chris Levy, Alexandra Law, Margaret McCallum, Jean-Frédérick Ménard, Nicole O'Byrne, Jacques Papy, Steven Penney, Patricia Peppin, Melanie Randall, Denise Réaume, Annie Rochette, Simon Roy, Giuseppe Sciortino, Elizabeth Sheehy, James Stribopoulos, Don Stuart, Marie-Eve Sylvestre, François Tanguay-Renaud, Robert Tétrault, Édith Vézina, Rosemary Cairns Way, Larry C. Wilson.
 
 
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  • Guillaume L'altermontréaliste
    Inscrit
    jeudi 8 juillet 2010 06h23
    vivement une enquête
    prouvons donc si la police a infiltré des casseurs pour justifier leur action

    Guillaume Blouin-Beaudoin

  • François Dugal
    Abonné
    jeudi 8 juillet 2010 08h40
    Une enquête?
    Si jamais il y a une enquête, elle sera «pactée», car les assaillants auront choisi leur juge (refrain bien connu).
    Quand on ne veut pas se faire tabasser par la police de Toronto, on reste à la maison. Nous avons un gouvernement de droite démocratiquement élu; c'est ça, le «plusse meilleur» pays du monde.

  • France Marcotte
    Abonnée
    jeudi 8 juillet 2010 11h35
    Une charte à deux tranchants
    Réjouissant de voir des avocats sortir en masse de leur bureau et venir crier leur indignation sur la place publique. C'est un poids qui ne peut que faire la différence. Un pouvoir de placer en détention et de fouiller des citoyens sans motif raisonnable obtenu par le biais d'un règlement adopté en vertu de la Loi sur la protection des ouvrages publics de l'Ontario... cela confirme-t'il qu'il y a dans ce pays des gens pour qui les choses sont plus importantes que les gens? Et la Charte canadienne des droits et libertés, si souvent invoquée pour défendre des droits individuels deviendait tout à coup laxiste pour défendre les libertés civiles?

  • Robert Ward
    Inscrit
    jeudi 8 juillet 2010 12h08
    Un bonne idée...
    Mais qui menerait cette enquête? La police? Tout le monde sait déjà les résultats de ça. Je voudrais une enquête indépendante et objective, mais je ne me fais pas d'illusions.

  • Marc Tremblay
    Inscrit
    jeudi 8 juillet 2010 12h32
    Une demande d'enquête
    Cette quarantaine de professeurs de droit et d'avocats auraient-ils tous tort ? D'ailleurs, le PM de l'Ontario ne veut plus de Sommet du G-vain dans sa capitale. On le comprend. Quant aux commentaires récurrents qui mettent toute la faute de de cet évènementsur les manifestants, je m'inscris en faux : manifester n'est pas un acte illégal. C'est plutôt un signe de la santé démocratique d'une société.

  • Eric Allard
    Abonné
    jeudi 8 juillet 2010 12h46
    Un décret?
    Est-ce qu'une personne pourrait nous expliquer depuis quand un gouvernement provincial a le droit d'émettre un décret pour suspendre les droits constitutionnels reconnus à tous les citoyens par la charte des droits et libertés?

    Si décret il y a bien eu, il faudrait voir à poursuivre le gouvernement Ontarien pour s'assurer qu'aucun autre gouvernement ne s'amuse à suspendre les droits des citoyens.

    Cette affaire est un très grand recul des droits au pays, et heureusement il y a des personnes associées au système juridique qui militent pour leur maintien.

    Merci pour cette lettre ouverte

  • Hermil LeBel
    Inscrit
    jeudi 8 juillet 2010 15h51
    Des droits fondamentaux ?
    Ces derniers jours, les médias dénoncent les pratiques particulières déployées par la police de Toronto pour endiguer le mouvement de protestation contre la mondialisation.

    Décidément, ce gouvernement administre les affaires publiques d’une manière bien cavalière. Bien sûr, vous pouvez toujours brandir cette fameuse charte qui en théorie du moins protège nos libertés individuelles mais dans la réalité, ces mots sont des coquilles vides de sens. Les événements récents à Toronto illustrent à quel point les forces de l'ordre peuvent violer ces engagements dès que l'occasion se présente, et ce en toute impunité.

    D'aucuns me répondront qu'en cas d'abus, il est toujours possible d’en saisir les tribunaux. Dans cette voie, il y a un os et il est de taille. Les juges qui siègent dans ces tribunaux sont issus de nominations partisanes. En ce sens, ils ne disposent pas de l’indépendance essentielle pour exercer un jugement éclairé. En définitive, ils ne représentent qu'une essence supplémentaire dans le parfum de duplicité qui plane au dessus de l'administration des choses de la cité.

    Depuis déjà plusieurs années, les pères de famille sont l'objet de mesures arbitraires, d'arrestation sans mandat, de détention arbitraire et de simulacre de procès sans que l'opinion publique ne s'en formalise. Maintenant que ces mesures répressives touchent à une frange marginalisée, les casseurs, les anarchistes et les incompris, voilà que les médias osent enfin rompre le silence au sujet de cette dérive institutionnelle.

    Au moins, les gestes de provocation accompagnés de la violation massive des droits fondamentaux des petits contestataires de la go-gauche auront permis d’amener cet important débat sur la place publique.

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