mardi 7 février 2012 Dernière mise à jour 00h42
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Victoire pour le logiciel libre

Le gouvernement du Québec pourra désormais se libérer de la mainmise des multinationales

Fabien Deglise   4 juin 2010  Justice
La Cour supérieure du Québec estime que la Régie des rentes du Québec (RRQ) a agi illégalement en 2008 en octroyant un contrat informatique sans appel d'offres à Microsoft pour la mise à jour de 800 postes de travail.

Dans la foulée, le tribunal souligne également l'incohérence du gouvernement qui, tout en reconnaissant les avantages économiques et structurels des logiciels à accès libre pour assurer la pérennité et la flexibilité de son parc informatique, peine à faire de la place à cette technologie dans son processus d'attribution de contrats, et ce, au profit de multinationales du logiciel propriétaires associés à de coûteux «droits exclusifs de licences». Les défenseurs des applications libres de droits applaudissent.

«C'est une très bonne décision pour nous, a indiqué hier au Devoir Cyrille Béraud, président de Savoir-Faire Linux, une entreprise qui fait la promotion du logiciel libre et qui a décidé de contester devant les tribunaux la validité du contrat accordé à Microsoft par la RRQ. Mais c'est aussi une grande victoire pour le gouvernement du Québec qui, avec ce jugement, a désormais un outil pour se libérer de la mainmise des multinationales sur son système d'information.»

Dans son jugement d'une quarantaine de pages rendue hier, le juge Denis Jacques estime en effet que la RRQ a manqué à son devoir en octroyant un contrat de 722 848 $ à la firme Compugen, distributeur de produits Microsoft, pour la mise à jour de ses postes de travail. Pour la Régie, un seul fournisseur, soit la multinationale américaine, pouvait répondre à ses besoins informatiques et, dans ce contexte, le Règlement sur les contrats d'approvisionnement, de construction et de services des ministères et des organismes publics, lui permettait donc d'octroyer ce contrat de plus de 25 000 $ sans mise en compétition.

Mauvaise lecture, dit la Cour supérieure qui juge que la Régie n'a finalement pas fait la preuve qu'aucun autre système ne pouvait servir ses intérêts numériques avant de signer le chèque. «Le Tribunal estime qu'un appel d'offres aurait permis de mettre en concurrence différents fournisseurs qui auraient pu proposer des solutions originales pour répondre aux besoins de la Régie», écrit le juge, qui a toutefois décidé de ne pas annuler l'attribution du contrat, mais fait entrer dans l'illégalité ce processus d'attribution pour l'avenir. «C'est un jugement qui va faire jurisprudence», a commenté M. Béraud, qui se bat depuis des années contre le monopole de Microsoft dans les équipements de l'administration publique.

Selon lui, les logiciels libres, dont le grand ambassadeur à travers le monde est le système d'exploitation libre d'accès baptisé Linux, pourraient induire des économies importantes pour les gouvernements. Ses applications, téléchargeables gratuitement, sont aussi utilisables sans le paiement de droits. Leur code informatique est également ouvert, ce qui permet à tous de les manipuler et de les façonner en fonction de besoins précis avec, à la clé, une plus grande indépendance par rapport à certains fournisseurs.

Mieux, ces «logiciels libres offrent un grand potentiel en matière de sécurité de l'information et de protection de la vie privée des citoyens», estime même le ministère des Services gouvernementaux dans un document présenté sur son site Web, comme le juge Denis Jacques le souligne dans son verdict.

Aux États-Unis, l'administration Obama a d'ailleurs décidé de faire à l'avenir plus de place à ce type de logiciels dans les ordinateurs du gouvernement. La France et le Brésil ont également exprimé dans les derniers mois leur intention de faire entrer davantage de logiciels libres dans les équipements informatiques gouvernementaux. «Ce sont des logiciels qui garantissent un accès équitable à la technologie en plus de contribuer à un développement durable des systèmes d'information, dit M. Béraud. Le logiciel libre, c'est finalement une question d'intérêt public, ce n'est pas juste une question technique.»

Contacté par Le Devoir, Herman Huot, porte-parole de la RRQ, a indiqué hier que la Régie allait «prendre connaissance du jugement et de ses conséquences sur [elle]» avant de se prêter au jeu du commentaire. L'organisme a 30 jours pour porter la cause en appel, une option «qui pourrait certainement être envisagée», a-t-il précisé.

Ce scénario serait toutefois absurde, selon M. Béraud, représenté entre autres dans cette affaire par le célèbre avocat Julius Grey: «Le gouvernement du Québec ne va quand même pas faire appel d'un jugement qui renforce désormais sa capacité à entrer dans le XXIe siècle et à se moderniser», a-t-il résumé.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • diong
    Abonné
    vendredi 4 juin 2010 00h02
    Pas intérêt à en appeler!
    En appeler? Ce gouvernement n'a certainement pas besoin d'une preuve supplémentaire de sa proximité avec la grosse industrie. À moins d'appels du pied impossibles à ignorer...

  • meme moi ici
    Inscrit
    vendredi 4 juin 2010 06h54
    on sait jamais
    "Ce scénario serait toutefois absurde, selon M. Béraud, représenté entre autres dans cette affaire par le célèbre avocat Julius Grey: «Le gouvernement du Québec ne va quand même pas faire appel d'un jugement qui renforce désormais sa capacité à entrer dans le XXIe siècle et à se moderniser», a-t-il résumé.''
    Avec charest comme premier ministre, on sait jamais, ce gouvernement est bien capable de faire appel, si jamais cela arrange quelques uns de ses tisamis...

  • Jacques Morissette
    Abonné
    vendredi 4 juin 2010 06h57
    C'est un jugement de bon augure.
    Ce jugement dit que dorénavant... Si le RRQ contestait ce jugement, je dirais que le RRQ a des aptitudes masochistes envers lui-même. À moins qu'on finirait encore par apprendre qu'il y a magouille avec Microsoft sous le couvert. C'est cependant une chose dont je douterais vraiment.

  • Sanzalure
    Inscrit
    vendredi 4 juin 2010 08h50
    C'est surtout bon pour les programmeurs
    Des milliers d'excellents programmeurs vont non seulement avoir plus de travail mais vont enfin pouvoir faire bénéficier la société de leurs talents que les entreprises comme Microsoft s'évertuent à étouffer depuis des décennies. Et plusieurs programmeurs incompétents dépassés par la technologie et qui s'accrochent grâce aux contrats d'exclusivité vont enfin laisser la place aux bonnes personnes pour faire le travail.

    Serge Grenier

  • Claude Kamps
    Inscrit
    vendredi 4 juin 2010 10h10
    Les as de l'informatique adorent «linux»
    Les as de l'informatique adorent «linux» qui leurs permets de faire des nouvelles applications ou des sous programmes qu'eux seules savent déboguer.

    Windows a l'avantage et l'inconvénient d'être en fait supporté par Microsoft, ce qui enlève des heures supplémentaires et surtout du contrôle des sous programmes que les as ne peuvent pas faire...

    Pour conclure Windows a l'énorme avantage de pouvoir fonctionner sous divers gérants de réseaux qui sont formés pour lui et interchangeables.

    Linux peut fonctionner avec moins de soutiens informatique si l'«as» qui l'a mi en route reste en place et ne part pas pour une autre fonction mieux rémunérée, autrement il faut bien du savoir faire du suivant pour faire fonctionner les particularités spécifiques à cette installation là.

    En conclusion, je n'ai jamais recommander une installation qui ne soit pas à la base Windows, tant que ce seront des logiciels ouverts qui seront les concurrents.

    Un logiciel ouvert est très bon pour la recherche ou l'amusement des informaticiens, mais vu sa capacité d'en faire des versions «unique» il est très dangereux pour une industrie qui doit avoir un système stable et que plus que 2 ou 3 informaticiens peuvent faire fonctionner....

    Et je ne parle pas des usagés qui réclame déjà quand on change la couleur du clavier...

  • Etienne Goyer
    Inscrit
    vendredi 4 juin 2010 10h12
    Bienvenue au 21ème siècle
    Je suis un professionnel de l'informatique. Je travail pour une petite entreprise mutlinationale spécialisée dans les logiciels libres. Mes clients sont au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, aux États-Unis, et ailleurs. Au Québec: zéro. Nitch. Nada.

    Tout les géants de la nouvelle économie, les Google et Facebook de ce monde, ont bâti leurs plateformes technologique sur les logiciels libres. Un partie significative de l'infrastructure de l'Internet repose sur les logiciels libres. Un nombre croissant de produit et de services commerciaux sont bâtis, en tout ou en partie, sur des logiciels libres. Le logiciel libre, c'est une réalité technologique de notre époque. Avec l'Internet, une des grandes réussite technique de ma génération.

    Pendant ce temps, dans les officines gouvernementales, on s'interroge: est-ce que les logiciels libres sont suffisament robuste pour mon agence ou mon ministère? Qui s'en porte garant? À qui peut-on s'adresser pour des services techniques? Les décideurs de notre secteur public insécurisent en se regardant le nombril, tandis que le reste du monde adopte les logiciels libres à la vitesse grand V.

    Ce jugement est nécessaire. C'est le début de la révolution tranquille des technologies aux Québec. À bas l'immobilisme, bienvenue au 21ème siècle!

  • Claude Coulombe
    Abonné
    vendredi 4 juin 2010 10h51
    Vive le Québec libre!
    Ce jugement représente une grande victoire pour le logiciel libre au Québec.

    C'est également une occasion de donner un nouvelle impulsion à l'industrie québécoise du logiciel en créant des emplois ici et en développant un savoir-faire en dehors des grands monopoles.

  • Jacques Morissette
    Abonné
    vendredi 4 juin 2010 11h25
    Je suis d'accord avec monsieur Coulombe.
    Bien que n'ayant pas les mêmes ambitions que monsieur Coulombe, je suis sagement d'accord avec lui. Le Québec, pour beaucoup de choses, devrait cesser de suivre les géants à la trace.

  • Sanzalure
    Inscrit
    lundi 7 juin 2010 00h30
    Logiciel vs système d'exploitation
    @ Claude Kamps

    On peut développer du logiciel «open source» pour Linux, Windows, Macintosh ou n'importe quel autre système d'exploitation. Dans le cas de Linux, le système d'exploitation aussi est «open source», mais dans les autres cas, les logiciels ne sont pas moins «open source» s'ils sont exécutés sous Windows.

    D'autre part, il y a le problème de l'incompétence du personnel et des gestionnaires des moyenne et grandes entreprises québécoise. La question est: «Est-ce qu'ils rendent le service pour lesquels ils sont payés?»

    Si les employés et les gestionnaires des entreprises que vous conseillez sont captifs de Microsoft parce qu'ils ont peur de s'aventurer hors de Word et Excel, peut-être que leur entreprise est due pour disparaître de toute façon. Le plus tôt sera le mieux à mon avis.

    Serge Grenier

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
9 réactions
5 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012