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Faut-il interner les pédophiles ?

Punir la dangerosité par anticipation s'avère un exercice périlleux, voire une chimère

Jean-Claude Hébert - Avocat  12 avril 2010  Justice
Au Canada, le tribunal peut déclarer un délinquant sexuel «dangereux» et lui imposer une peine de réclusion indéterminée. Encore faut-il que l’accusé ait préalablement commis une infraction source de graves sévices à autrui et que sa culpabilité soit reconnue.
Photo : Agence Reuters Alex Silva
Au Canada, le tribunal peut déclarer un délinquant sexuel «dangereux» et lui imposer une peine de réclusion indéterminée. Encore faut-il que l’accusé ait préalablement commis une infraction source de graves sévices à autrui et que sa culpabilité soit reconnue.
À la faveur d'un reportage télévisuel retentissant sur la dérive d'un pédophile avoué et fantasque, face à la stupeur de l'opinion publique, la tentation de l'enfermement illimité des personnes présumées dangereuses gagne du terrain.

En général, la justice médiatisée brosse un sombre tableau de la société où se mêlent crânes fracassés, femmes violentées et enfants agressés. Les délinquants sexuels n'ont pas bonne presse. La protection du public, croit-on, passe impérativement par une gestion de risques axée sur le principe de précaution.

Ainsi va la mouvance de «punitisme». À coups de faits divers répugnants, sous la pression d'un sursaut d'humeur, la tentation des solutions draconiennes gagne du terrain. Ce trait de société joue sur trois tableaux: l'indignation populaire, l'influence médiatique et la réaction politique. En général, les citoyens sont plutôt enclins à affaiblir les sauvegardes procédurales à l'égard des marginaux. Cette toile de fond inspire souvent les élus dans l'élaboration des politiques pénales.

La peine

Au Canada, le tribunal peut déclarer un délinquant sexuel «dangereux» et lui imposer une peine de réclusion indéterminée. Encore faut-il que l'accusé ait préalablement commis une infraction source de graves sévices à autrui et que sa culpabilité soit reconnue. De plus, le juge doit être convaincu que la conduite antérieure de l'inculpé dans le domaine sexuel témoigne de son incapacité à contrôler ses pulsions sexuelles. Enfin, ce sombre profil doit laisser présager une perpétration vraisemblable d'actes violents.

Selon un principe fondamental de justice, la peine infligée doit être proportionnelle à la gravité de l'infraction commise et à la culpabilité morale du contrevenant. Une personne responsable doit être jugée et punie pour ses actes (contraires à la loi), non pour son profil et ses fantasmes sexuels.

Cependant, d'allure punitive, une peine peut également être modulée selon l'exigence de protection du public. Autrement dit, l'intérêt collectif justifie l'infliction d'une peine débordant les limites du juste châtiment.

L'approche sanitaire

Il est acquis que la détention pour une période indéterminée répond à des fins tant punitives que préventives. Les deux fins rejoignent les buts légitimes de la sanction pénale. Dans un autre registre, l'État peut-il privilégier une approche administrative pour justifier l'enfermement préventif des délinquants sexuels?

Contrairement au processus de responsabilité pénale, toute forme de détention préventive de type sanitaire risque d'entraver arbitrairement le droit à la liberté. En effet, plus la norme de privation de liberté s'intéresse à la genèse des actes susceptibles d'engendrer un danger, plus l'exercice de la discrétion devient délicat.

Punir la dangerosité par anticipation s'avère un exercice périlleux, voire une chimère. En effet, la fiabilité des sciences liées au comportement humain reste aléatoire. Il est admis qu'une expertise peut donner lieu à des prévisions faussement positives.

Médiatisation

Bien sûr, lorsqu'un prédateur sexuel anéantit d'innocentes victimes, on doit entendre la souffrance et sentir la douleur des proches. Toutefois, l'émotion ne peut jamais décider du traitement des cas psychiatriques. Tant s'en faut.

Face à la médiatisation des agressions sexuelles, plusieurs sociétés démocratiques ont raffiné leur quincaillerie juridique. Afin de neutraliser les délinquants violents, plusieurs gouvernements ont instrumentalisé la justice civile. Forcément, les sauvegardes procédurales du droit pénal s'estompent.

La Cour suprême des États-Unis (affaire Hendricks) a reconnu la légalité d'une loi civile de l'État du Kansas autorisant la détention préventive des délinquants sexuels violents même après que ceux-ci ont purgé leur peine. L'objectif de neutralisation d'une personne dangereuse a été jugé conforme à la constitution américaine.

Liberté des patients

À la réflexion, qu'il s'agisse d'un emprisonnement découlant d'une peine ou d'un internement sanitaire justifié par sa dangerosité, une personne détenue contre son gré n'en est pas moins privée de liberté.

Un malade ne peut pas être enfermé sans soins et balancé dans une prison ordinaire. Qui, du gouvernement fédéral ou des provinces (et territoires), supportera le fardeau des lois en matière de santé visant à permettre l'internement préventif des pédophiles et autres déviants dangereux? En plus de soulever des problèmes d'ordre juridique, un tel programme entraîne des investissements et des frais de fonctionnement.

Au final, sommes-nous prêts à sanctionner lourdement des crimes virtuels en confiant aux psychologues et aux psychiatres le soin de déterminer qui est malade, très malade ou incurable? N'ayant rien d'absolu, la science humaine permet-elle aux «psys» d'atteindre une vérité absolue leur permettant de disposer avec certitude de la liberté des patients?

***

Jean-Claude Hébert - Avocat
 
 
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  • Jean-Philippe Vaillancourt - Abonné
    12 avril 2010 07 h 09
    un article plein de bon sens.
    Effectivement, la psychiatrie a toujours été la seule branche de la médecine à faire partir du bras policier de l'état en maintenant comme principe premier de priver un individu de sa liberté s'il devait être estimé dangereux pour lui-même ou pour autrui. À partir de quels critères sont faites ces inférences? Surtout à partir de critères diagnostics hautement subjectifs qui découlent non pas de l'avancement de la science, mais d'une intervention politique de cette branche de la médecine.

    Dans un passé pas si lointain, recevoir un diagnostic d'homosexualité pouvait priver la personne de sa liberté sous le prétexte qu'il fallait soigner cet individu malade. Ce sont les pressions politiques du lobby homosexuel qui a permis d'exclure l'homosexualité de la bible diagnostique des maladies mentales et non les découvertes scientifiques.

    Laisser entre les mains de quelques individus le pouvoir de décider qui sera libre et qui ne le sera pas, basant leurs opinions à partir d'une compréhension particulièrement limitative de l'être humain, m'apparaît un jeu dangereux en ce qui a trait aux droits, libertés et RESPONSABILITÉS de l'être humain. Le dernier élément semble fréquemment omis et nos bons psychiatres sont toujours les premiers à justifier et excuser les comportements de quelques individus comme étant le fruit d'une maladie mentale hors de leur contrôle et pour laquelle seule une intervention médicale pourra les soulager. Avec ou contre son gré....
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  • Marie-France Legault - Inscrit
    12 avril 2010 21 h 45
    Homosexualité et pédophilie.
    L'homosexualité est une attirance viscérale pour le même sexe. Je connais un couple dont le mari a laissé sa femme et ses deux garçons, pour aller vivre avec un autre homme. Un curé lui avait dit: marie toi, ça va régler ton problème. Mais rien n'a été réglé. L'homosexualité se pratique entre DEUX ADULTES consentants.

    Tandis que la pédophilie c'est entre un adulte et un enfant. Et un enfant n'est jamais consentant à se faire tripoter, à se faire "pénétrer"...il est fragile, naïf et candide. Souvent l'adulte l'entraîne avec des subterfuges, des cadeaux, une attention qui fait souvent défaut chez les parents. Le pédophile SAIT ce qu'il fait...il est rusé comme un renard, fourbe, menteur, abuseur et il TUE l'âme des enfants. Des enfants devenus adultes sont déjà MORTS....et c'est grave...Alors que l'Église catholique assume ses erreurs et arrète de jouer à la "vierge offensée"...ça ne prend pas!
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