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Le passé des jeunes délinquants scruté à la loupe et consigné

Ottawa veut permettre aux juges de fouiller tous les délits, même mineurs, d'un jeune avant de décider de l'envoyer en prison ou non

Hélène Buzzetti   17 mars 2010  Justice
Le projet de loi sur les jeunes criminels déposé hier par les conservateurs va plus loin que la précédente version de 2007.
Photo : Agence Reuters David Moir
Le projet de loi sur les jeunes criminels déposé hier par les conservateurs va plus loin que la précédente version de 2007.
Ottawa — Le ministre fédéral de la Justice, Rob Nicholson, a déposé hier une nouvelle mouture de sa loi visant à punir les jeunes délinquants. Cette fois, Ottawa entend consigner toutes les erreurs de jeunesse d'un adolescent de manière à ce que son cheminement criminel soit bien étayé s'il atterrit un jour devant un juge. Il sera alors plus facile de l'envoyer en prison.

Étrangement, le projet de loi C-4, qui entend punir plus sévèrement les jeunes criminels, portera le nom de «Loi de Sébastien», à la mémoire de Sébastien Lacasse, pourchassé par 13 jeunes et assassiné en 2004 à Laval. Le meurtrier de la bande, alors âgé de 17 ans, a pourtant été jugé comme un adulte, écopant d'une peine de prison à perpétuité. Il est aussi resté derrière les barreaux trois ans en attendant sa sentence.

La famille de Sébastien Lacasse avait déploré le fait que le meurtrier est admissible à une libération conditionnelle après sept ans d'incarcération. La mère, Line Lacasse, était présente à l'annonce du ministre hier. «J'appuie vraiment cette loi, parce que c'est la société qui est en danger», a dit la dame, qui était si nerveuse qu'elle en a perdu le fil de sa pensée.

Le nouveau sénateur et défenseur des victimes Pierre-Hugues Boisvenu se réjouissait du projet de loi. «Ce n'est pas fait du tout dans une optique de vengeance, c'est fait dans une optique de justice sociale.» Le ministre Nicholson, quant à lui, a résumé son intention législative ainsi: «Trop souvent, les peines imposées ne sont pas celles auxquelles le public s'attendait.»


En prison plus vite

Le projet de loi déposé hier va plus loin que la précédente version de 2007. Il était alors question de faciliter l'emprisonnement des jeunes en attente de leur procès et d'instaurer la dissuasion et la dénonciation comme principes devant guider les juges lors de la détermination de la peine. Ces deux objectifs se retrouvent encore dans le projet de loi. C'est d'ailleurs ce qui fait tiquer les trois partis d'opposition à la Chambre des communes.

Cette fois, Ottawa veut en plus permettre aux juges de considérer tout le passé d'un jeune, et pas seulement son passé judiciaire, pour déterminer si une peine de prison est adéquate. À l'heure actuelle, lorsqu'un jeune est pincé pour une petite faute (vol à l'étalage mineur ou possession d'une faible quantité de drogue), il ne se rend pas devant un tribunal. Le policier lui donne un avertissement, qui est consigné. Si la faute est un peu plus grave, ou si le jeune a déjà reçu un avertissement, alors des sanctions extrajudiciaires peuvent être envisagées (travaux communautaires, amende, etc.).

La prison pourra désormais être considérée lors d'un premier passage devant un juge, même s'il ne s'agit pas d'un crime grave (par exemple, conduire une voiture à 130 kilomètres à l'heure en zone résidentielle), si le passé du jeune est émaillé de délits mineurs. «Un examen complet des antécédents du contrevenant peut révéler une escalade de son activité criminelle et indiquer qu'une peine sans détention ne serait plus efficace dans son cas particulier», dit le communiqué de presse. À cette fin, les policiers devront tenir un registre de tous les avertissements, «mises en garde», «renvois à d'autres organismes» ou mesures extrajudiciaires concernant un jeune.

L'avocate Marie-Pierre Poulin, de la section jeunesse de l'aide juridique de Longueuil, ne comprend pas cette décision. «On ne veut pas que les avertissements se retrouvent devant le tribunal parce que le jeune n'a pas eu l'occasion de s'en défendre.» De plus, les juges ont déjà accès aux sanctions extrajudiciaires imposées dans les deux dernières années. Pourquoi seulement deux ans? «On considère que l'ado a le temps de changer et de gagner en maturité, répond Me Poulin. Un jeune qui, par exemple, aurait commis un vol à l'étalage à 12 ans et qui serait pris à 15 ans avec du cannabis, peut-être qu'il y a encore matière à sanction extrajudiciaire seulement» plutôt que la prison. Les crimes avec violence et le trafic de drogue en milieu scolaire ne peuvent déjà pas faire l'objet d'une sanction extrajudiciaire.

Par ailleurs, bien qu'il soit déjà possible de demander qu'un jeune d'au moins 14 ans ayant commis un crime grave (meurtre, agression sexuelle grave, etc.) soit jugé comme un adulte, Ottawa obligera les avocats de la Couronne à le réclamer. À défaut de le faire, ils devront s'en expliquer à la cour. Les provinces auront le droit d'établir l'âge de leur choix pour cette obligation: 16 ans au Québec, moins ailleurs.
 
 
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  • Serge Manzhos - Inscrit
    17 mars 2010 02 h 28
    Madame l'avocat se contredit avec son propre exemple
    Mme Poulin nous dit que la mesure proposée n'est pas la bonne parce qu'il faut 'que l'ado a le temps de changer et de gagner en maturité'. Dans son propre exemple, si après avoir volé à 12 ans, à 15 ans un jeune s'adonne encore au cannabis, n'est-ce pas une preuve que la sanction extrajudiciaire n'avait pas marché?
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  • Luc Baillargeon - Inscrit
    17 mars 2010 09 h 07
    C'est quoi l'objectif?
    Me semble que l'on doit viser à réhabiliter. La société a besoin de bons citoyens. Dans la démarche visant à produire de bons citoyens à partir d'individus au comportement délinquants, quel est le taux de réussite de la prison. Je n'ai pas vu de chiffres sur ce taux de réussite mais le gouvernement étant responsable, sans doute que la prison permet de créer de bons citoyens dans une très grande proportion puisque c'est le seul choix qui semble être retenu.
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  • Staccato - Inscrit
    17 mars 2010 10 h 00
    AVertissements et sanctions extrajudiciaires, où ça?
    Ce n'est pas la première fois que je lis à propos d'avertissements ou de sanctions extrajudiciaires pour les jeunes contrevenants mais dans les faits ça semble plus relever de la fiction que de la pratique.
    Je suis allé au tribunal de la jeunesse en février et j'ai été témoin d'accusations différentes portées devant le juge pour 1) possession de 0,3 gramme de cannabis; 2) vol d'une casquette et 3) pour une simple bagarre entre ados qui n'a pas eu de conséquences graves (des lunettes brisées). Les policiers et les procureurs de la couronne se gardent une certaine sécurité d'emploi...
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  • Rironie - Inscrit
    17 mars 2010 10 h 35
    Pour sortir du Moyen-âge
    Le plus néfaste, tant pour l’individu que pour la société, ce n’est pas lorsqu’un jeune entre en prison, mais plutôt lorsqu’il en ressort. Comment reprendre vie en société après une telle rupture? Voilà tout le problème. Trois ans de bagne, ça fait une belle tache dans un c.v., une tache qui l’obligera à vivre en marge de la société.

    En tant que société, ce qu’il faut viser, ce n’est pas d’envoyer le plus grand nombre de délinquants en prison, mais plutôt de tout mettre en œuvre pour se défaire de ce système moyenâgeux de punition. De toute façon, lorsqu’un individu commet un délit, la victime n’est rarement l’État, mais plutôt un autre individu, une entreprise, ou la société en générale. Il me semble qu’il serait plus productif de mettre au travail celui qui a commis la faute, et l’obliger à rembourser sa ‘dette’ dans la mesure de ses moyens.
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  • Roland Berger - Abonné
    17 mars 2010 10 h 37
    Et le pendant
    Si les jeunes contrevenants ayant commis des crimes graves doivent être jugés comme s'ils étaient des adultes, les adultes ayant des comportements ou des propos infantiles pourront-ils être considérés comme des enfants ? La visée de la justice ne devrait-elle pas être de réhabiliter les criminels ?

    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario
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  • Eric Allard - Abonné
    17 mars 2010 12 h 43
    La vengeance avant la réhabilitation
    Après avoir entendu l'entrevue avec M. Boisvenu à la radio de Radio-Canada, il est clair que les visées de cette loi ne sont pas réellement l'intimidation des autres contrevenants ni la justice, mais bien la vengeance, pour "que les familles des victimes puissent avoir le sentiment que la justice a été rendue".

    Pourtant, dans tout système de justice le moindrement civilisé, la vengeance devrait venir en tout dernier quand aux raisons d'écrire la loi, et quand vient le temps de l'appliquer.

    N'oublions pas que le système carcéral est l'école du crime par excellence, et que plus nous y enverrons les jeune de façon précoce, plus vite ils pourront être en contact avec les vrais professionnels du crime et apprendre à haïr la société et utiliser tous les moyens du bord pour s'y faire un cheminement criminel.

    Les lois en vigueur sont déjà assez souples pour laisser les juges envoyer les jeunes en prison lorsque c'est nécessaire. Pour le reste, les conservateurs laissent de côté toutes les études démontrant qu'ils choisissent le mauvais cheval de bataille pour faire passer leur idéologie guerrière et vengeresse.

    Si on veut une société de plus en plus violente, on n'a qu'à laisser les conservateurs au pouvoir quelques années encore, et on va obtenir une société à l'américaine.
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  • Roland Berger - Abonné
    17 mars 2010 13 h 52
    Et ce devoir que tu n'as pas fait
    « Jeune homme, il y a quatre ans, alors que tu étais en 4e secondaire, à trois reprises tu as omis de remettre un devoir de mathématique à ton prof. Pas étonnant que tu aies versé dans la criminalité », pourra bientôt déclarer les juges en accord avec le délire punitif des conservateurs.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario
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  • Claude Archambault - Inscrit
    17 mars 2010 20 h 25
    que de commentaire enfantin
    Un jeune de 12 qui commet un petit crime, disons un vol à l'étalage banale. Si on ne fait rien que fera t il? Il en fera un autre il sait qu'il n'y aura aucune conséquence. Et il grandira et à 15 ans ses besoins seront plus grand, il aura fait du simple taxage, il se sera battu à quelque reprise pour démontrer qui est le boss. Non personne ne sera blessé sauf quelque égo et une ou deux paire de lunettes.

    Notre jeunes a maintenant 16 ans et une belle voiture le chatouille, les clef sont à l'intérieur, il le vol. Il est prudent et ne commet aucune infraction n'endommage pas le véhicule et se fait prendre. Pauvre petit il s'est perdu, il n'y a aucun dommage, donnons lui une chance il comprendra.

    Fort de son expérience et ayant un bon statut devant les autres jeunes qui le craigne ou l'admire notre jeun à 17 ans met la main sur un beau couteau lame de 12 pouce wow. Le taxage devient plus facile et plus payant. Jusqu'au jour ou un jeune résiste alors insulté que son autorité est mis en question il fonce un coup deux coup et l'autre s'affaisse. Il n'avait qu'à pas résister c'est bon pour lui, il se dira.

    Maintenant c'est devant le juge qu'il devra répondre, la majorité des gens ici les bienfaisant diront il faut le réhabilité,la prison ne fera de lui qu'un bandit.

    Mais il est un bandit le système a fait de lui un bandit quand à 12 ans le jeun a fait son premier vol à l'étalage on aurait du tout de suite intervenir très fort. Pas la prison mais lui montrer que lorsque l'on commet un crime, piquer c'est voler, il y a des conséquence sérieuse. Le jeune aurait pu être condamner à un certain nombre d'heure de travail à l'intérieur du commerce qu'il a volé disons 100 heures. Le nombre d'heure doit être perçu comme étant catastrophique pour le jeune de 12 ans. Il apprendra la valeur du travail et aussi le propriétaire du commerce tout en profitant de cette main d'œuvre gratuite participera à l'éducation et ;a responsabilisation du jeune. Je suis certain que ce jeune aurait changé. Mais les première sentence sont toujours trop bonbon. La prison n'est pas la solution à 12 ans ou moins pour des petit crime mais il doit y avoir de sérieuse conséquence.

    Et pour ce qui est de la justice pour les victime de crime grave meurtre ou infirmité permanente, je les comprend et approuve. Quand tu tue, ou détruit la vie d'un individu de façon délibéré et volontaire; tu perd ton droit à ta vie et ta liberté jusqu'à ce que tu meurs. Il ne sert à rien de dépenser un seul sous en réhabilitation car ce criminel ne sortira jamais de sa cellule soudé fermé. Est ce qu'un cercueil sort de terre et s'ouvre pour la victime? Pourquoi il en serait différent pour le tueur?
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  • Jean Rousseau - Inscrit
    18 mars 2010 14 h 59
    LA LOI DU TALION.
    L'union des partisans des anciens partis : Alliance Canadienne et Parti Progressif Conservateur, a donnée lieu à une régression de la pensée au niveau de la gouvernance. La strate plus traditionnaliste, aurait fait porter les préoccupations essentiellement sur la punition, en faisant fi de la recherche des causes de la délinquance chez les jeunes. Cette approche en la matière se trouve aussi inefficace que cette autre trop libérale, suivant laquelle, on mettrait en congé, après quelques mois, un jeune qui en aurait poignardé un autre. D’abord, il faut concevoir l’existence d’individus inaptes à vivre en société et peut importe le temps passé en détention. D’autres commettent de petits larcins parce qu’ils ne savent pas s’organiser en société. La prison constitue pour ces derniers un refuge, des contacts et même un contexte structurant. Les jeunes font souvent des délits afin de s’affirmer. Il faut leur enseigner les voies du bonheur, celles de l’harmonisation de leurs talents avec ceux d’autrui, afin qu’ils deviennent adultes.
    À première vue, l’aventure peut sembler bornée, mais si nous travaillons à placer de la conscience au pouvoir et à nous débarrasser de cette religiosité aliénante, bon nombre se plairaient dans cet univers de possibilités ainsi recouvré. Le chien en manque de liberté n’est-il pas aussi à craindre ?
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