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    60 secondes pour survivre

    Le policier Lapointe dit avoir tué Fredy Villanueva pour sauver sa vie

    4 février 2010 |Brian Myles | Justice
    La Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP) a manifesté devant le palais de justice, sur l’heure du midi, pour dénoncer les privilèges dont bénéficierait l’agent Lapointe.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP) a manifesté devant le palais de justice, sur l’heure du midi, pour dénoncer les privilèges dont bénéficierait l’agent Lapointe.
    C'est parce qu'il a refusé de «mettre sa vie et celle de sa partenaire entre les mains du destin» que le policier Jean-Loup Lapointe a abattu Fredy Villanueva et blessé deux de ses amis, le 9 août 2008. Un an et demi après l'incident fatidique de Montréal-Nord, Jean-Loup Lapointe s'est finalement expliqué en long et en large hier à l'enquête du coroner André Perreault.

    L'atmosphère était à trancher au couteau. Une trentaine de personnes arboraient des chandails à l'effigie de Dany Villanueva dans la salle d'audience, un geste d'éclat qui a agacé l'avocat de Lapointe, Pierre Dupras. Il a dit craindre les gestes d'intimidation à l'égard de son client.

    La Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP) a manifesté devant le palais de justice, sur l'heure du midi, pour dénoncer les privilèges dont bénéficierait l'agent Lapointe (il est autorisé à porter une arme et sa sécurité est assurée par des gardes du corps). Les manifestants ont même qualifié Lapointe de «bourreau».

    Le juge Perreault a dû intervenir, à la reprise des travaux, afin de mettre un terme aux murmures et chuchotements désapprobateurs qui s'élevaient dans la salle au fur et à mesure que Lapointe avançait dans son récit des événements. Les parents et les deux soeurs de Fredy Villanueva et les principaux témoins de sa mort (Martha Villanueva, Jonathan Senatus, Anthony Clavasquin, Denis Meas et Jeffrey Sagor-Metellus) étaient tous présents.

    Sans oublier son frère Dany, principal protagoniste de cette tragédie avec Lapointe.

    Le petit dur, membre du gang des rouges, n'a pu retenir ses larmes lorsque l'agent Lapointe a décrit dans le menu détail le drame qui s'est joué en une minute derrière l'aréna Henri-Bourassa.

    Un policier perspicace

    Lapointe devine que les jeunes jouent aux dés lorsqu'il tourne le coin du stationnement. Son impression que le groupe enfreint le règlement municipal sur les jeux de hasard trouve sa confirmation lorsqu'il s'approche à moins de dix mètres du groupe, en compagnie de sa coéquipière, Stéphanie Pilotte.

    Au premier contact, Dany Villanueva conteste son interpellation et il manifeste des signes d'agressivité. «Il gesticule, il a les mains et les bras dans les airs. Il conteste, il dit: "Je n'ai rien fait", a témoigné Lapointe. Je perçois ça comme des gestes agressifs dirigés vers moi. Il crie, son visage est crispé, son regard est soutenu et il se dirige vers moi.»

    Le policier tente aussitôt de le contrôler en le saisissant par le bras. Cette technique permet parfois de calmer les suspects récalcitrants, a-t-il expliqué. Au contraire, Dany Villanueva se démène de plus belle. «L'escalade de violence est très rapide. À tout moment, il peut me frapper et sortir une arme», a indiqué Lapointe.

    Au même moment, Lapointe voit quatre jeunes s'avancer vers lui. «Je crois qu'ils contestent en disant: "Lâche-le"», a-t-il dit. Il est convaincu qu'il s'agit de quatre hommes. La preuve révélera qu'il s'agit plutôt de Fredy Villanueva, Denis Meas, Jeffrey Sagor-Metellus et Martha Villanueva (la cousine de Fredy et Dany).

    À la gorge

    Lapointe tente donc une manoeuvre de diversion en vue de passer les menottes à Dany Villanueva. Il lui fait un croc-en-jambe, et voilà qu'il se retrouve par terre, par-dessus le suspect. Villanueva a le dos cloué sur le bitume, son bras gauche est immobilisé par le patrouilleur. L'agent Pilotte se précipite sur ses jambes, tandis que Lapointe cherche à saisir son autre bras. Sans succès. Dany Villanueva assène des coups de pied et de genoux à Pilotte, projetée contre la voiture de patrouille, tandis qu'il frappe Lapointe à la mâchoire de son poing droit.

    Et les quatre jeunes continuent d'avancer. Par trois fois, Lapointe leur ordonne de reculer. «Les gens foncent toujours sur moi. Au même moment, je me fais frapper au visage et à la tête. Les gens sont vraiment rendus sur moi», a-t-il déclaré. Sa partenaire est toujours dans les jambes de Dany Villanueva. Il est trop tard pour qu'elle puisse s'interposer entre le groupe et lui.

    Fredy Villanueva le prend à la gorge d'une main et porte son autre main vers son ceinturon. Jeffrey Sagor-Metellus l'agrippe à la hauteur du thorax. À son avis, il lui est impossible d'utiliser les armes intermédiaires comme le poivre de Cayenne ou le bâton télescopique sans compromettre davantage sa sécurité et celle de sa partenaire.

    Craignant d'être désarmé, il fait feu à quatre reprises, tuant Fredy Villanueva de deux projectiles et blessant Meas à l'épaule et Sagor-Metellus au dos. «Si je me fais désarmer, je laisse ma vie et celle de ma partenaire entre les mains du destin», a-t-il expliqué.

    Version réfutée

    Stéphanie Pilotte a indiqué lors de son témoignage que Lapointe a d'abord tiré dans les masses devant lui, avant de faire un mouvement de 180 degrés pour tirer son dernier projectile. Le policier a réfuté cette version des faits, hier, en assurant qu'il a tiré droit devant lui seulement.

    Conduit à l'hôpital, Lapointe ne s'est plaint d'aucune blessure au cou ou au visage. Les photos prises le soir du drame démontrent qu'il a subi des éraflures au coude. Le policier était conscient qu'il devait être isolé, faire un rapport à son superviseur et ne pas parler de l'affaire à quiconque. «Je sais que je dois restreindre mes contacts avec d'autres», a-t-il dit. Malgré tout, il a raconté l'incident au vice-président de la Fraternité des policiers, Robert Boulé, en présence de Pilotte, durant leur séjour de quelques heures à l'hôpital.












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