Libre opinion - Notre enfant-soldat à nous...
Nadja Pollaert et Guillaume Landry - Respectivement directrice générale et directeur des programmes du Bureau international des droits des enfants
4 février 2010
Justice
Au Canada, on considère qu'un enfant, même s'il est accusé d'avoir commis un crime, a le droit à un traitement particulier. La société et la législation considèrent qu'un adolescent est capable de changer, d'évoluer, de s'intégrer et de trouver sa place dans la communauté, à condition que les adultes le guident dans ce processus.
Malgré la mauvaise presse sur les jeunes et la délinquance, les chiffres réels en matière d'interventions auprès des jeunes en conflit avec la loi confirment cet alignement: il faut que l'adolescent soit tenu responsable de ses actes, mais grâce à une intervention adéquate et un soutien concret il est capable de se réorienter, de se construire une vie. Un procès criminel est aux antipodes d'une approche basée sur la justice réparatrice et de cette période d'apprentissage que sont les 18 premières années d'une vie.
Sur le plan international, de nombreux pays essaient de relever le défi que pose l'équilibre entre la punition et la réinsertion d'enfants et de jeunes qui ont activement participé aux conflits armés. Ces enfants peuvent avoir tué, mutilé et violé leurs compatriotes, souvent même les membres de leur propre famille. Des photos d'enfants portant des armes nous bouleversent et nous font souvent oublier qu'en tout temps, des enfants ont été instrumentalisés comme arme de guerre par les adultes.
Prenons l'exemple d'un enfant-soldat célèbre: Ishmael Beah. Après avoir écrit un livre sur son expérience qui relate entre autres les crimes qu'il a commis, ce jeune homme charismatique a reçu des prix et des témoignages de compassion de millions de personnes, dont des personnalités célèbres (ex. Bill Clinton).
Omar Khadr n'a pas eu cet accueil. Loin dans une prison étrangère, barbu et musulman de surcroît, la citoyenneté canadienne n'a pas pu le protéger de son sort. Depuis huit ans, il végète dans une prison illégale selon le droit international. Est-ce qu'il a été volontaire pour combattre? A-t-il demandé à ses parents quand il avait le tendre âge de 10 ans de l'amener en Afghanistan pour participer à la guerre sainte? Probablement pas.
Toutefois, considérant le parcours de son père et les convictions politiques de sa mère qui ont été largement exposés dans les médias au Canada anglais, on est en droit de se demander s'il n'y avait pas une forme d'abus de l'autorité parentale qui s'est manifestée par l'endoctrinement de cet enfant. Dans cette perspective, Omar Khadr devrait avoir droit à la protection par son pays au même titre que tous les enfants et les jeunes au Canada.
La Cour suprême a rendu un jugement qui reconnaît que de nombreux droits de ce citoyen canadien ont été violés. Le Canada a été aux premières loges de nombreux développements normatifs internationaux en organisant la Conférence de Winnipeg sur les enfants dans les conflits armés en 2000 et en adoptant les Principes de Paris en 2007 sur la réinsertion des enfants touchés par les conflits armés. De plus le Canada a crée le Groupe des amis des enfants touchés par un conflit armé à New York pour convoquer les autres États membres des Nations unies afin de faire avancer les droits de ces enfants. Et ce ne sont là que quelques exemples.
Le Canada a ratifié la Convention relative aux droits de l'enfant et fut le premier pays à ratifier le Protocole facultatif sur l'implication des enfants dans les conflits armés. À l'époque, c'était pour signifier aux autres pays que le Canada faisait de cette question une priorité. À l'international, une foule de normes et de lois ont en commun le principe élémentaire selon lequel toute personne de moins de 18 ans ne doit jamais être considérée comme portant la plus grande responsabilité dans les crimes de guerre. Aussi, elles soulignent haut et fort que la priorité pour ces enfants est de se préparer au retour à la vie civile.
Le Canada, jadis champion des droits des enfants dans les conflits armés, laisse le seul enfant qui reste à Guantánamo, un citoyen canadien, devenir adulte parmi des présumés terroristes et espère que huit années à leurs côtés seront garantes de son avenir.
*****
Nadja Pollaert et Guillaume Landry - Respectivement directrice générale et directeur des programmes du Bureau international des droits des enfants
Malgré la mauvaise presse sur les jeunes et la délinquance, les chiffres réels en matière d'interventions auprès des jeunes en conflit avec la loi confirment cet alignement: il faut que l'adolescent soit tenu responsable de ses actes, mais grâce à une intervention adéquate et un soutien concret il est capable de se réorienter, de se construire une vie. Un procès criminel est aux antipodes d'une approche basée sur la justice réparatrice et de cette période d'apprentissage que sont les 18 premières années d'une vie.
Sur le plan international, de nombreux pays essaient de relever le défi que pose l'équilibre entre la punition et la réinsertion d'enfants et de jeunes qui ont activement participé aux conflits armés. Ces enfants peuvent avoir tué, mutilé et violé leurs compatriotes, souvent même les membres de leur propre famille. Des photos d'enfants portant des armes nous bouleversent et nous font souvent oublier qu'en tout temps, des enfants ont été instrumentalisés comme arme de guerre par les adultes.
Prenons l'exemple d'un enfant-soldat célèbre: Ishmael Beah. Après avoir écrit un livre sur son expérience qui relate entre autres les crimes qu'il a commis, ce jeune homme charismatique a reçu des prix et des témoignages de compassion de millions de personnes, dont des personnalités célèbres (ex. Bill Clinton).
Omar Khadr n'a pas eu cet accueil. Loin dans une prison étrangère, barbu et musulman de surcroît, la citoyenneté canadienne n'a pas pu le protéger de son sort. Depuis huit ans, il végète dans une prison illégale selon le droit international. Est-ce qu'il a été volontaire pour combattre? A-t-il demandé à ses parents quand il avait le tendre âge de 10 ans de l'amener en Afghanistan pour participer à la guerre sainte? Probablement pas.
Toutefois, considérant le parcours de son père et les convictions politiques de sa mère qui ont été largement exposés dans les médias au Canada anglais, on est en droit de se demander s'il n'y avait pas une forme d'abus de l'autorité parentale qui s'est manifestée par l'endoctrinement de cet enfant. Dans cette perspective, Omar Khadr devrait avoir droit à la protection par son pays au même titre que tous les enfants et les jeunes au Canada.
La Cour suprême a rendu un jugement qui reconnaît que de nombreux droits de ce citoyen canadien ont été violés. Le Canada a été aux premières loges de nombreux développements normatifs internationaux en organisant la Conférence de Winnipeg sur les enfants dans les conflits armés en 2000 et en adoptant les Principes de Paris en 2007 sur la réinsertion des enfants touchés par les conflits armés. De plus le Canada a crée le Groupe des amis des enfants touchés par un conflit armé à New York pour convoquer les autres États membres des Nations unies afin de faire avancer les droits de ces enfants. Et ce ne sont là que quelques exemples.
Le Canada a ratifié la Convention relative aux droits de l'enfant et fut le premier pays à ratifier le Protocole facultatif sur l'implication des enfants dans les conflits armés. À l'époque, c'était pour signifier aux autres pays que le Canada faisait de cette question une priorité. À l'international, une foule de normes et de lois ont en commun le principe élémentaire selon lequel toute personne de moins de 18 ans ne doit jamais être considérée comme portant la plus grande responsabilité dans les crimes de guerre. Aussi, elles soulignent haut et fort que la priorité pour ces enfants est de se préparer au retour à la vie civile.
Le Canada, jadis champion des droits des enfants dans les conflits armés, laisse le seul enfant qui reste à Guantánamo, un citoyen canadien, devenir adulte parmi des présumés terroristes et espère que huit années à leurs côtés seront garantes de son avenir.
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Nadja Pollaert et Guillaume Landry - Respectivement directrice générale et directeur des programmes du Bureau international des droits des enfants
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