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Affaire Norbourg - Le désenchantement

Marie-Andrée Chouinard   28 janvier 2010  Justice
Il eût fallu plus de 700 verdicts ralliant entièrement, en leur âme et conscience, 11 jurés pour que le procès des cinq coaccusés de l'affaire Norbourg connaisse un réel aboutissement. 700 décisions éclairées, portées sur la participation de cinq présumés complices du notoire Vincent Lacroix. Son crime fera histoire, non seulement en raison de l'infâme marche à suivre de son auteur, mais aussi jusque dans l'impuissance de l'appareil judiciaire à le dénouer.

Les quelque 9000 investisseurs victimes de cette feinte comptable ont été floués. Un poids s'ajoute à leur perte: ils sont désormais désillusionnés. Encouragée peut-être par le courroux populaire envers l'affaire Norbourg, puis prise de court par la culpabilité plaidée par Vincent Lacroix en réponse à l'accusation, la Couronne a ratissé trop large et a perdu son pari. Le jury, à qui on aurait dû servir une formule simplifiée, s'est perdu dans une mer d'accusations.

La filouterie de Lacroix était certes spectaculaire; mais l'était aussi l'abondance des inculpations, dont le nombre constituait un dangereux piège. Les jurés y ont tout droit basculé. Dépassés par l'ampleur et la complexité du dossier — 30 000 pages de documents à décortiquer, 65 témoignages à prendre en considération, 12 jours de délibérations vaines — ils n'ont trouvé aucun consensus. Ils n'ont pas échoué: en confessant leur impuissance devant le mandat qu'on leur confiait, ils exposent plutôt l'échec de cette entreprise judiciaire précise. Ces mégaprocès ont des allures de traquenards. Au bout du compte, tout le monde y perd.

La ministre de la Justice Kathleen Weil a réagi de manière plutôt tiède à ce fiasco. «La justice fonctionne très bien», a-t-elle dit, admettant que Norbourg était un dossier complexe. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales, à qui incombe la responsabilité de décider de la manière de reprendre cette affaire avortée, évoque un «incident qui n'est pas sans précédent». Il rappelle que cette impasse n'équivaut pas à un acquittement.

Elle commande toutefois une révision de procédé majeure. Les victimes de cette affaire, rappelons-le, sont les milliers d'investisseurs escroqués par Lacroix. Depuis le début de ce feuilleton ils assistent, impuissants, à une succession d'embûches qui rime avec désenchantement. De l'apathie de l'Autorité des marchés financiers, jusqu'à l'incapacité d'un système à retrouver les sommes envolées, ce dossier est miné. Le principal coupable est sous les verrous, soit. Mais le système fédéral autorise en théorie qu'il ne purge que le sixième de la peine pour son crime «non violent».

Le gouvernement Charest a récemment choisi de miser sur la prévention, en annonçant la création d'escouades spéciales destinées à mieux traquer les «criminels à cravate». Il a aussi résolu d'alourdir leurs sentences. Mais entre prévention et peine demeure un processus judiciaire pour l'instant chaotique et totalement mal adapté à l'embrouillamini de ces causes. Il faut s'y pencher.

***

machouinard@ledevoir.com
 
 
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  • cardinal
    Inscrit
    jeudi 28 janvier 2010 12h03
    Devrait-on réformer la justice?
    Pour reprendre un thème connu, faudrait-il non seulement revoir les fondements du système judiciaire, mais aussi les compétences de ceux qui l'administrent et qui se targuent d'être des "officiers de justice"?
    Au fil des années et des cartes, la justice a été investie de pouvoirs assez invraisemblables comme par exemple le pouvoir discrétionnaire qui permet à des juges dont le seul mérite est d'avoir contribué à un parti politique, de décider à leur guise de ce qui est correct, ou plus exactement de ce qui correspond à leur idéologie.
    Dans le cas Norbourg, un juge le moindrement qualifié ou compétent, voire honnête, aurait du renvoyer la couronne à ses devoirs avant même que le procès ne commence.
    La décision du jury est claire: pourquoi diable nous obliger à l'impensable!
    Espérons que la justice sera réformée, tant pour les Provinces que pour le fédéral, et avec moins de partisanerie que la réforme de l'éducation au Québec.
    Jean G. Lengellé
    Embrun Ontario

  • alain lavoie
    Inscrit
    jeudi 28 janvier 2010 14h40
    reforme
    Réformer la justice? Plutôt les juges et les avocats qui ont fait montre dans cette affaire d'un amateurisme à leur image boursouflée. Eux aussi ont flairé le magot.

  • berthe 2
    Abonnée
    vendredi 29 janvier 2010 10h58
    RÉFORME
    A monsieur Lavoie:

    Quel magot?
    Savez-vous combien gagne les avocats de la défense dans ce dossier?
    Je peux vous assurer qu'ils ne sont pas payer grassement.

    Quant aux juges, ils ne recoivent pas de prime pour ce dossier. Donc, la seule chose qui est boursouflée, c'est votre commentaire sans fondement.

    Louise Desautels

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