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    Affaire Villanueva - L'agente Pilotte n'a jamais craint pour sa vie

    Les deux policiers ont rapidement été dépassés par les événements

    10 décembre 2009 |Brian Myles | Justice
    Le sort tragique de Fredy Villanueva s'est joué dès les premières secondes de l'intervention des policiers Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte. Incapables de maîtriser son frère Dany et de communiquer leur position aux renforts, ils ont été dépassés par les événements. Mais contrairement à son équipier qui a fait feu, l'agente Pilotte n'a jamais craint pour sa vie.

    Des extraits de la radio de la police divulgués hier à l'enquête du coroner sur la mort du jeune Villanueva démontrent que la répartitrice du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) était inquiète du sort des policiers. Elle leur a demandé à sept reprises au moins de préciser leur position afin de leur envoyer les renforts demandés pour maîtriser Dany Villanueva.

    Quand le superviseur du poste de quartier 39, René Bellemare, est finalement arrivé sur les lieux, environ trois minutes après le début de l'intervention, Fredy Villanueva gisait déjà au sol, atteint au thorax d'une balle tirée par l'agent Lapointe.

    Stéphanie Pilotte a dit hier qu'elle a tout de suite indiqué à son superviseur que les coups de feu avaient été tirés par Jean-Loup Lapointe. Pourtant, René Bellemare affirme dans son rapport d'événement, rédigé le soir même de la tragédie, que la jeune Pilotte était incapable de répondre à ses questions tellement elle pleurait. Et son rapport n'identifie pas Lapointe comme le tireur.

    Les enquêteurs de la Sûreté du Québec (SQ) ont perdu de précieuses heures le soir du drame de Montréal-Nord, le 9 août 2008, à établir qui avait ouvert le feu. C'est seulement lorsque l'agente Pilotte a produit son rapport écrit, six jours après les faits, que la SQ a finalement considéré Lapointe comme un suspect.

    Inévitable tragédie

    Stéphanie Pilotte a par ailleurs confirmé hier qu'elle avait été incapable de maintenir une clé de bras sur Dany Villanueva et de l'empêcher de se débattre pendant que son équipier tentait de l'arrêter. Elle a rejoué l'intervention dans son esprit au cours des 17 derniers mois. Elle n'aurait pas pu agir autrement, estime-t-elle.

    «J'avais les capacités et la formation pour y arriver. Ce qui a joué contre nous, c'est le temps qui manquait, et ils étaient en nombre supérieur par rapport à nous. [...] C'est un événement vraiment unique», a-t-elle dit avant de fondre en larmes, pour clore son interrogatoire principal. Le procureur du coroner, François Daviault, ne lui a pas demandé si elle aurait pu utiliser le poivre de Cayenne contre Dany Villanueva ou son frère Fredy.

    Contrairement à Jean-Loup Lapointe, qui s'est dit envahi par la peur d'être désarmé et de mourir dans son rapport, Stéphanie Pilotte n'a pas senti que sa sécurité était menacée. Elle tentait d'immobiliser les jambes de Dany Villanueva au sol tandis que Lapointe se trouvait par-dessus le suspect. Tout en le serrant au cou de la main gauche, Lapointe a tiré de la droite, tuant Fredy Villanueva et blessant deux autres jeunes qui lui tournaient le dos, Jeffrey Sagor-Metellus et Denis Meas. «J'ai remarqué que le policier a tiré à l'aveuglette et qu'un passant aurait pu être touché aussi», a confié aux enquêteurs Jonathan Senatus, un ami de Fredy Villanueva.

    Selon les déclarations faites à la SQ par les principaux témoins, le jeune Villanueva est mort pour avoir voulu empêcher l'arrestation de son frère. «[Fredy] était frustré de ce qui se passait. Il voulait prendre la défense de son frère», a dit à la SQ Anthony Yerwood Clavasquin. «Il tassait les mains de monsieur pour qu'il lâche Danny», ajoute-t-il dans sa déclaration. En quelques secondes à peine, Lapointe a tiré sur le jeune Villanueva, qui se trouvait à un bras de distance de lui.

    Personne, pas même la policière Pilotte, n'a pu confirmer que Jean-Loup Lapointe avait été frappé à la figure comme il le prétend dans son rapport écrit.

    La plupart des témoins décrivent l'arrestation de Dany Villanueva comme un geste arbitraire, contre lequel ils ont protesté verbalement. «Fredy disait: lâche-le, lâche-le», confirme Martha Villanueva (une cousine). «On disait aux policiers: faites pas ça, il n'a rien fait de mal. On voulait qu'ils le laissent aller», renchérit Clavasquin.

    Toute cette histoire a commencé par une banale partie de dés dans le stationnement de l'aréna Henri-Bourassa, un geste proscrit par la réglementation municipale. Dès son arrivée sur les lieux, Jean-Loup Lapointe a demandé à Dany Villanueva de s'identifier. Celui-ci a protesté vivement, disant qu'il n'avait rien fait. Le ton a monté, Villanueva est devenu agressif dans ses paroles et son attitude, aux yeux des policiers. Les agents Lapointe et Pilotte l'ont aussitôt empoigné par les coudes et les poignets pour le plaquer contre la voiture. C'est à ce moment que Villanueva a commencé à se débattre.

    Enfin, Stéphanie Pilotte a expliqué qu'elle a rédigé une note manuscrite à l'hôpital Notre-Dame, le soir de la fusillade, à la suggestion de Robert Boulé. Vice-président de la Fraternité des policiers de Montréal (prévention et relations avec les membres), M. Boulé a rencontré les patrouilleurs dès les premières heures suivant l'incident. Stéphanie Pilotte a gardé le document en sa possession jusqu'au mois d'octobre dernier avant de le remettre à son avocat, Gérald Soulière, pour la préparation de son témoignage. Me Soulière a alors transmis ce document, dépourvu de toute date, au procureur du coroner dans les plus brefs délais.

    La policière jure qu'elle a écrit sa propre déclaration le 15 août 2008, sans consulter cette note et sans parler à Jean-Loup Lapointe ou à qui que ce soit. Son contre-interrogatoire débute aujourd'hui.  

    L'appel au 911 (audio)


       













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