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Récit d'une rescapée du Bronx

La policière Stéphanie Pilotte témoigne à l'enquête sur la mort de Villanueva

Brian Myles   31 octobre 2009  Justice
Dans l'esprit de la jeune policière Stéphanie Pilotte comme dans celui de tous ses collègues, Montréal-Nord, «c'est le Bronx».

C'est dans ce «quartier chaud» de la métropole, gangrené par des problèmes de pauvreté, d'errance, de vol à l'étalage et de gangs de rue que la patrouilleuse a passé les 17 premiers mois de sa carrière naissante avant d'être mêlée à la mort de Fredy Villanueva, le 8 août 2009.

Mme Pilotte a amorcé son témoignage sous haute surveillance, hier, à l'enquête du coroner André Perreault. Au moins quatre agents de surveillance étaient postés dans la salle d'audience, deux à la porte, et deux tout près de Jean-Loup Lapointe, le policier qui a abattu Fredy Villanueva. Le père, la mère, la jeune s¶ur et le frère du jeune disparu, aussi présents, sont demeurés stoïques. Il s'agit pour eux «d'un moment difficile», a dit leur avocat, Peter Georges-Louis. «C'est la première fois qu'ils voient le policier responsable de la mort de leur fils», a-t-il ajouté.

Visage angélique, ton posé. Mme Pilotte a décrit avec minutie la journée fatidique du 9 août 2008. Elle était en service depuis sept heures du matin lorsqu'elle a accepté d'effectuer des heures supplémentaires avec Jean-Loup Lapointe, un collègue qu'elle connaissait vaguement, mais avec qui elle n'avait jamais fait équipe auparavant. Quinze minutes avant que M. Lapointe atteigne mortellement Fredy Villanueva, le tandem a rencontré l'un des jeunes blessés lors de la fusillade, Jeffrey Sagor-Metellus. Il s'agissait pour eux d'un sujet d'intérêt en raison de son appartenance aux gangs.

Un peu après 19h, la voiture de patrouille du tandem s'est engagée dans le stationnement à l'arrière du parc Henri-Bourassa, boulevard Rolland. Mme Pilotte a aperçu un groupe deux à trois personnes près d'une voiture, et tout près d'eux, un deuxième groupe de 4 à 5 personnes, disposées en cercle et penchées vers l'avant. «Je vois au centre, il y a quelque chose au sol. Je ne peux pas dire c'est quoi. Un jeune homme lance quelque chose au sol. Ça m'a semblé être de l'argent, mais je ne peux pas dire précisément», a-t-elle dit hier.

Son partenaire a le regard plus perçant. Selon le souvenir de l'agent Pilotte, Jean-Loup Lapointe a dit: «Ah! Ils jouent aux dés» dès que la voiture de patrouille a tourné le coin de l'aréna Henri-Bourassa pour s'engager dans le stationnement. Les jeunes étaient au moins à une demi-longueur de patinoire de distance. Et puis, Mme Pilotte a enchaîné dans son témoignage: «les deux, on a constaté l'infraction.»

Dany Villanueva s'est alors détaché du groupe pour marcher en direction des policiers, d'un pas normal. Au moment des faits, les deux patrouilleurs ignoraient l'identité de Villanueva, un membre du gang des «rouges». «Jean-Loup m'a dit: "Je ne le connais pas lui. Je ne sais pas c'est qui"», a confirmé hier Mme Pilotte. C'est lors de l'arrestation de Dany Villanueva, le frère aîné de Fredy, que les choses ont mal tourné.

Dans son rapport, non déposé en preuve pour le moment, Jean-Loup Lapointe affirme qu'il a craint pour sa vie après avoir été pris à la gorge par un des jeunes, pendant qu'un autre dirigeait sa main vers son ceinturon. C'est ce qui ressort des témoignages et explications rendus publics à ce jour. Mme Pilotte en était rendue à aborder le c¶ur de la tragédie quand les audiences ont été ajournées jusqu'au 8 décembre. La jeune policière suit présentement des études universitaires; elle a deux examens à passer le 8 décembre. Le juge Perreault a donc permis qu'elle poursuive son témoignage le 9 décembre.

Témoins oubliés

En matinée, de nouvelles interrogations sur la conduite du Service de police de Montréal (SPVM) et de la Sûreté du Québec (SQ) lors de l'enquête criminelle sur la mort de Fredy Villanueva ont fait surface.

Le superviseur du poste 39, René Bellemare, n'était pas seul lorsqu'il est arrivé sur les lieux de la fusillade. Sa conjointe se trouvait en effet dans son véhicule de patrouille, mais il a attendu jusqu'au 1er septembre avant d'en faire part aux enquêteurs de la SQ. Ceux-ci ont donc dû interroger la dame, Marie-France Léger.

Elle se trouvait dans la voiture de service de son conjoint dans le cadre du programme «Cobra», qui permet à des civils d'accompagner des policiers en patrouille. Sa présence n'était donc pas anormale en soi. Le silence de René Bellemare sur la présence d'un témoin potentiel est cependant troublant, estime Alain Arsenault, l'avocat de Jeffrey Sagor-Metellus. «Je ne comprends pas pourquoi la SQ n'était pas au courant avant [le mois de septembre]. J'ai de la difficulté à comprendre qu'on ait caché ça. Il me semble qu'il n'y a pas de honte à avoir ce programme», a-t-il commenté en fin de journée.

Par ailleurs, les enquêteurs de la SQ ont rencontré René Bellemare une deuxième fois, le 17 septembre 2008, pour valider l'information contenue dans le rapport de l'agent Lapointe, selon laquelle il avait été pris à gorge. Le sergent Bellemare a bien entendu cette information, mais il ne se souvient pas de qui, affirme-t-il dans cette déclaration.

René Bellemare est le premier policier à avoir parlé à Jean-Loup Lapointe dans les minutes suivant la tragédie. Dans son rapport d'événement, rédigé dans la soirée du 9 août, il attribue les paroles suivantes à l'agent Lapointe: «On a enquêté pour un règlement municipal, on s'est fait encercler, on a été au sol et ç'a tiré.»

Pourtant, les premiers enquêteurs dépêchés sur les lieux de la fusillade, dans la soirée du 9 août 2008, ont presque tous noté dans leurs calepins que les deux patrouilleurs avaient été «encerclés, jetés au sol et étranglés». Durant son contre-interrogatoire, l'enquêteur principal de la SQ, Bruno Duchesne, a fini par concéder que cette information ne pouvait venir que de Bellemare.

Enfin, l'enquêteur de la SQ responsable de la gestion de la scène de crime, Sylvain Landry, a justifié son travail, soit de prendre un instantané de la scène de crime telle qu'elle se présentait à lui lorsqu'il est arrivé sur les lieux, «en toute objectivité». Il n'a pas cherché à savoir l'emplacement et la distance entre les jeunes et les policiers lorsque les coups de feu ont été tirés.

L'avocat Alain Arsenault a formulé un commentaire sibyllin sur la conduite de la SQ et du SPVM dans toute cette enquête, à l'issue de laquelle aucune accusation n'a été portée contre Jean-Loup Lapointe. «On regarde ça, et on trouve ça un peu ordinaire. Mais j'attends. Je suis patient», a-t-il dit.
 
 
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  • Claude Kamps - Inscrit
    31 octobre 2009 00 h 26
    Faudrait que ces jeunes policiers
    qui on encore la goute de lait au nez aillent voir le vrais " bronx " avant de décider qu'un quartier un peu chaud en est un.
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  • Marie Lauzier - Inscrite
    31 octobre 2009 04 h 49
    Montréal n'a pas besoin de ce genre de policier
    Montréal n'a pas besoin de policiers qui se sentent menacés par la différence. Que ces policiers retournent d'où ils viennent: du fin fond de la province ou dans leur 450 blanc-propre et bien-pensant.

    Si voir un Latino ou un Noir les font freaker et bien... qu'ils retournent au pays des Tremblay.

    En passant, je marche souvent dans le Bronx. Le vrai, celui de NYC. Faut être bien provincial pour croire que c'est super-méga-dangereux. BASTA!
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  • Brun Bernard - Inscrit
    31 octobre 2009 08 h 38
    À Westmount...
    ...où je vis, j'ai tenté de poser une question simple à un policier en service, question posée en français, mais je fus jeté comme un malfaiteur. Sans doute que cette zone montréalaise est-elle un ghetto tel le Bronx? La police a souvent un comportement indigne de leur fonction et ça se voit tous les jours. La provocation n'est pas loin non plus de leur part puisqu'ils agissent comme des voyous. On n'a pas besoin d'aller à Montréal Nord où on ne sent aucune gène d'y aller. Pourquoi Montréal nord vous le nommez le Bronx? Connaissez-vous le Bronx?
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  • Jacques Leger - Abonné
    31 octobre 2009 11 h 35
    POURQUOI REPOUSSER SI LOIN LA FIN DU TÉMIGNAGE?
    C'EST À PREMIÈRE VUE CHOQUANT ET INVRAISEMBLABLE QUE LA POLICIÈRE CONCERNÉE N'AIT PU TERMINER SON TÉMOIGNAGE ET QUE CELUI-CI SOIT REPORTÉ AUSSI LOIN QUE LE 8 DÉCEMBRE? QUE SE CACHE-T-IL DERRIÈRE UNE SI ÉTRANGE SITUATION? N'Y A-T-IL PAS UN RISQUE DE MANIPULATION DU TÉMOIGNAGE POUR LA SUITE DES CHOSES?

    JACQUES LÉGER, MONTRÉAL
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  • Pierre Tremblay - Inscrit
    31 octobre 2009 11 h 40
    JE COMMENCE À AVOIR BEAUCOUP DE MISÈRE...
    Avec les explications des policiers. Et dire que j'ai écrit tant de papier contre Villanueva. Je ne les aime pas plus. Mais pour une fois, je vois la façon dont est faite une enquête policière lorsqu'il y a mort d'homme, et on peut parler de moi. Les policiers enquêteurs ne rencontrent jamais le ou les policiers qui ont tirer. Ils peuvent avoir seulement accès à leur rapport. Ils ne peuvent pas poser de questions. Donc le policiers qui a tirer, a tous les temps, avec des avocats , de paufiner sa version. PAS CROYABLE



    Et que dire de la complicité des des procureurs de la couronne. Leur mandants est de demander des explications additionnels quand ... Mais NON, ils font comme si les policiers enquêteurs avaient rencontrer le policier qui a tirer. On appelle cela de la COLLUSION. Notre démocratie est très en danger à ce niveau.
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  • 93Licar - Abonnée
    31 octobre 2009 12 h 53
    L'ignorance fait peur
    Qui peut objectivement ne pas se sentir quelque peu troublé et légèrement craintif à lire que la policière impliquée dans la mort d'un jeune homme se croyait en plein Bronx quand elle a patrouillé près d'un parc à Montréal-Nord, au Québec? Est-ce dire, que pour elle, chaque jeune qui circule dans ce quartier est un bandit potentiel? Croit-elle vraiment que plus de deux jeunes dans un parc ça fait un gang de rue? Ça fait peur.

    Il y a quelques années je travaillais au cabinet d'un ministre au bureau de Montréal; mes collègues de Sherbrooke et de Québec avaient l'impression de venir à New-York quand elles devaient venir à Montréal: vitres montées, portières verrouillées, mains moites à l'arrivée, ouf, elles étaient saines et sauves jusqu'à la prochaine fois...

    Les gens des régions reprochent souvent à leurs concitoyens de Montréal d'ignorer leur réalité, peut-être auraient-ils également intérêt à savoir qui nous sommes, toutes couleurs et origines confondues!

    L'ignorance, la pire plaie de l'humanité!
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  • Monique Thibault - Inscrite
    31 octobre 2009 13 h 04
    Réponse à madame Lauzier
    Madame, vous rendez-vous compte que votre réaction tient elle-même du clivage?... Il y a des racistes partout: en ville comme dans le 450 et le 418 ou autres. «Retourne-toi-en dans ton pays - région - banlieue», c'est le même rejet. C'est insultant pour les gens de banlieue qui, tout comme moi, s'opposent aux abus de pouvoir des forces policières.
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  • Marie Lauzier - Inscrite
    31 octobre 2009 19 h 32
    Réponse à madame Monique Thibault
    Ma réponse est insultante pour les dit policiers et non pas pour les gens des régions eux-mêmes. Qu'ils exercent leur métier de policier là où ils ne se sentent pas menacés donc, en région.

    Ici, nous avons besoin de gens qui sont comme des poissons dans l'eau à travers la diversité.
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  • Dominic Claveau - Inscrit
    1 novembre 2009 12 h 24
    L'abus de pouvoir a plusieurs visages...
    Bien naïfs certains commentaires ici. En première position, Madame Lauzier qui ne semble pas réaliser que si elle peut circuler librement à NYC aujourd'hui, c'est bien parce qu'il y a eu beaucoup de répression policière qui a été fait dans cette ville depuis les années 70. Les « indésirables » sont repoussés jusqu'au N.J. et les policiers de la grosse pomme ne sont pas des travailleurs sociaux, comme ont dirait que les gens voudrait que les policiers soit ici... Un policier, que ce soit à NY, Mtl ou Saigon est un être humain à qui la Société à donné un potentiel de pouvoir sur d'autre être humains, et il serait bien naïf de penser qu'aucun va en abuser... Certains policiers abusent souvent de leur pouvoir et tous, sans exception va en abuser au moins une fois au cour de leur carrière. Comme n'importe quelle être humains d'ailleurs... comme des petits bandits de gangs de rue de Montréal-Nord, ville où j'ai vécue durant les 17 premières années de ma vie alors je sais au moins un peu de quoi je parle... Des menaces complètements gratuites pour des regards, j'en ai eu. C'était il y a longtemps et j'ai comme l'impression que ça ne s'est pas amélioré dans cette ville n'est-ce pas? Anecdote : le vendredi 6 nov. 2008 - juste à fin de semaine du drame Vilanueva- dans le métro Mont-Royal je me fais bousculer comme ça, sans raison! Je me venge et le bouscule à mon tour et il me regarde droit dans les yeux : « tu veux mourir ? ». Pas plus tard que cette été, je dépose mon bac de recyclage devant chez moi (Plateau), je croise le regard d'un type : « je te demanderais de ne pas me regarder! Je vais t'éclater la tête », etc. Devinez de quel faciès avaient ces chers petits concitoyens? Et oui! Comme les Villanueva! Toujours ces Latinos, Noirs, qui ne se tasse pas sur les trottoirs quand on les croise, regards de menace... Mais c'est quoi cette attitude de merde? Si on veut agir comme les « gangsta rap » comme on voit au USA et bien il faut qu'ils s'attendent à avoir les policiers qui vont avec : qui tirent et qui posent les questions ensuite...
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  • Dominic Claveau - Inscrit
    1 novembre 2009 12 h 29
    À Mme Gervais
    J'ai comme l'impression que vous ne connaissé pas Montréal-Nord... du moins vous n'y avez pas vécu c'est certain...
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  • Michel Trahan - Inscrit
    8 novembre 2009 18 h 34
    Question facile... Ou sont les parents dans tout cela?!?
    Pour une raison ou une autre, j'ai toujours cru que l'on devait être responsable de nos enfants jusqu'a leur majorité...

    Si le parent ont des problèmes à avoir le control sur leur petit 'ange' et qu'ils ne demandent pas d'aide... ne devraient-ils pas être tenu responsable eu aussi?
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  • Merelle - Abonnée
    10 novembre 2009 23 h 14
    J'habite Montréal-Nord
    Et je vous assure que ce n'est pas TOUT l'arrondissement qui est un Bronx. D'ailleurs, ce n'est qu'un quadrilatère. Deuxièmement, les policiers ne vont jamais sur la rue Rolland ou Pascal sans être deux voitures de police: donc 4 policiers autant que possible. Deux qui entrent dans l'édifice et deux autres qui surveillent pendant ce temps.
    Pour ma part, je n'ai qu'à me souvenir que Dany Villanueva, le jour du décès de son frère, était en bris de sa libération CONDITIONNELLE (il ne devait pas se trouver à Montréal-Nord ni SE TROUVER EN COMPAGNIE DE SES AMIS GANG DE RUE).

    Personne ne semble réaliser que Dany n'aurait pas dû traîner son petit frère avec lui. Il savait qu'il était dans un lieu défendu par la loi.

    C'est bien beau d'accuser la police. Mais, faudrait au moins que certains intervenants ici, aillent fouiller sur le net en tapant Dany Villanueva sur Google... édifiant!
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