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Lutte contre l'alcool au volant - La police imposerait l'alcootest sans motif

L'intention d'Ottawa de modifier la loi inquiète des défenseurs des droits et libertés

6 octobre 2009  Justice
Photo : Agence France-Presse
Après avoir aboli la défense dite des deux bières, Ottawa entend poursuivre sa lutte contre la conduite avec les facultés affaiblies en permettant aux policiers d'imposer l'alcootest à n'importe quel conducteur sans raison apparente.

Ottawa — S'il n'en tient qu'aux députés fédéraux, les policiers pourront sous peu arrêter quiconque sur la route, sans motif particulier, pour faire passer un alcootest au conducteur. Le gouvernement conservateur espère ainsi réduire l'incidence de la conduite avec facultés affaiblies, mais les groupes de défense des droits craignent le profilage et l'état policier.

Le ministre de la Justice fédéral, Rob Nicholson, a fait connaître ses intentions alors qu'il participait récemment à la conférence annuelle de MADD (Mothers against Drunk Driving — Les mères contre l'alcool au volant). « Le ministre nous a indiqué qu'une des priorités de son gouvernement serait de permettre les alcootests aléatoires », raconte la présidente de MADD, Margaret Miller.

À l'heure actuelle, un policier ne peut arrêter une voiture et faire passer un alcootest à un conducteur que s'il a des motifs raisonnables de croire que celui-ci est en état d'ébriété: haleine éthylique ou conduite erratique. Même à un barrage routier érigé pendant la période des Fêtes, le policier doit remarquer ces indices avant d'exiger du chauffeur qu'il « souffle dans la balloune ».

« Le problème, c'est qu'il y a des gens qui sont capables de boire beaucoup et de cacher les symptômes », explique le président de l'Association canadienne de la police professionnelle, Charles Momy. « Les alcooliques sont particulièrement bons pour cela alors que ce sont eux les récidivistes qui causent le plus d'accidents. » L'idée est de créer un contexte dissuasif.

Le projet de loi conservateur n'a pas encore été déposé. On ignore donc quelle forme il prendra. Plusieurs formules existent. La loi pourrait permettre aux policiers de faire passer un alcootest à quiconque arrêté sur la route pour une autre raison, excès de vitesse ou phare arrière grillé.

Une autre formule consiste à exiger des policiers qu'ils arrêtent aléatoirement un bloc de voitures d'un coup. Tous les chauffeurs pris dans ce barrage impromptu sont alors soumis au test puis relâchés, ce qui évite les accusations de profilage. « La loi préciserait le nombre de voitures devant être arrêtées d'un coup. Ça peut être 10 ou un autre chiffre, précise Mme Miller. Le législateur détermine ce qui est nécessaire pour éviter une contestation constitutionnelle. »

Violation des droits?

Contestation constitutionnelle: le mot est lâché. Une telle mesure réussirait-elle le test de la Charte des droits et libertés qui protège les Canadiens contre « les fouilles, les perquisitions ou les saisies abusives »? David Paciocco, professeur de droit criminel à l'Université d'Ottawa, ne doute pas une seconde qu'une telle loi sera contestée devant les tribunaux.

« La première personne qui aura assez d'argent fera valoir que ses droits juridiques fondamentaux n'ont pas été respectés. Cela arrivera très rapidement. Mais ça pourrait prendre des années avant qu'on obtienne un jugement à la Cour suprême. »

M. Paciocco n'ose pas prédire le résultat d'une telle contestation parce qu'en matière de conduite routière, les policiers peuvent déjà exiger de voir les papiers d'immatriculation du véhicule. Et puisque conduire une voiture reste un « privilège », « nous avons moins tendance à nous inquiéter des détentions résultant d'une interpellation sur la route que celles de piétons interpellés dans la rue. Par contre, lorsque ces interpellations débouchent sur des accusations au criminel, on a tendance à donner plus de poids aux droits civils ».

À la Ligue des droits et libertés, on voit d'un bien mauvais oeil cette initiative législative à venir. « En enlevant l'obligation au policier d'avoir un soupçon, on ouvre la porte au risque de profilage », explique le conseiller juridique Denis Barrette. « Ce qui est inquiétant, c'est que, lorsqu'on ouvre ce genre de porte, on finit toujours par l'étendre à d'autres types d'infractions, par exemple la possession de stupéfiants. » La possibilité que cette mesure sauve des vies ne milite-t-elle pas en sa faveur? « Tous les crimes ont des conséquences dommageables, répond-il. Mais la gravité d'un crime ne permet pas pour autant d'arrêter les gens de manière aléatoire. »

L'Association des avocats de la défense de Montréal estime pour sa part que les policiers ont déjà tous les moyens nécessaires pour faire passer des alcootests. À l'Association du barreau canadien, on craint une augmentation de contestations judiciaires. « Les cas d'alcool au volant accaparent déjà beaucoup les ressources judiciaires. Il faut être réaliste », dit Susanne Costom.

MADD fait valoir qu'en Australie, au cours de la première année d'application, on a noté une diminution de 35 % des morts et des blessés résultant de l'alcool au volant. Transposé au Canada, un tel taux se traduirait par 25 000 morts ou blessures de moins chaque année.

Les trois partis d'opposition à la Chambre des communes ont indiqué hier qu'ils étaient favorables à l'esprit d'un tel projet de loi. Ils attendront toutefois d'en lire les détails avant de se prononcer de manière définitive.
 
 
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  • Daniel Beaudry
    Abonné
    mardi 6 octobre 2009 06h43
    Qui protège quoi ?
    Je ne bois pas au volant. Je n'ai pas à craindre les alcootest. Qui est-ce qu'on protège en s'opposant à une mesure qui sauverait 25,000 morts ou blessés ?
    De grâce ! du courage ! Ma liberté la plus importante est de pouvoir marcher sur le bord de la rue ou conduire ma voiture sans me faire blesser ou tuer par un irresponsable enivré au volant. Le reste, c'est des mots pour les avocats.

  • Gauthier Jean Claude
    Inscrit
    mardi 6 octobre 2009 07h49
    Et que s'ouvre la chasse aux sorcières
    Ça vous le dirait vous, de vivre dans une société que certains qualifieraient "d'état policier ?"

    Un si vaste et beau pays, patrouillé de part et d'autre par des flics qui arrêtent tout ce qui bouge. Sous n'importe quel prétexte et à tout moment ?

    Moi non.

    C'est pourtant ce modèle de société que nous propose l'association MADD, notre gouvernement conservateur et sa horde de fondamentalistes de tout acabit.

    J'en ai soupé de la pseudo-sympathie des dirigeants de la droite pour le mouvement des victimes. Ces opportunistes qui tentent désespérément de récupérer l'opinion publique rendue vulnérable par le cruel et désolant sort de ses concitoyens victimes de la route, victimes des ivrognes laissés impunis, victimes d'un tas d'autres inconscients et irresponsables qui arrivent à se tirer d'affaire de mille et une autre manière d'ailleurs.

    Hélas, avons nous déjà oubliés les leçons que l'histoire nous offre. Cette vile et sauvage chasse aux sorcières qui a eu lieu à Salem et qui, en fin de compte, n'était rien d'autre qu'un lynchage en règle des prostituées, des femmes célibataires et de celles qui cherchaient tout bonnement à s'affirmer sans dépendre d'un homme ? L'histoire de Salem, cette période de puritanisme extrême au cours duquel le communauté est tombée en hystérie collective ne remonte si loin en arrière. Ça c'est passé en 1692, au Massachusetts. J'aimerais souligner que cet état est moins distant du Québec que l'ouest canadien ...

    Ce n'est pas de la fiction. L'état américain a réellement permis, en encourageant les honnêtes gens à se défendre et en attisant la grogne du peuple, "l'exécution de 25 personnes et l'emprisonnement d'un bien plus grand nombre" (citation textuelle du Wikipedia).

    Exactement ce que fait notre actuel ministre de la justice, Rob Nicholson lorsqu'il entreprend des tournées pré électorales par lesquelles il soudoie ses électeurs en leur faisant miroiter que le jour du grand jugement approche. Riez pas ! Ces réunions de fanatiques enragés ont quelque chose en commun avec d'autres assemblées d'extrémistes et c'est très épeurant.

    Un autre exemple de la tournure puritaine de nos institutions est l'implantation du SIC-SRD dans les services de réadaptation en dépendance à travers la belle province.

    C'est rendu qu'on soumet les alcooliques et les toxicomanes à un véritable interrogatoire en règle comme condition pour obtenir de l'aide. Le tout couronné par la compilation des données nominatives complètes et détaillées sur la personne au moment très administratif de la simple ouverture du dossier.

    Résultat de cette opération en apparence anodine :la RAMQ dispose alors de tout ce qu'il faut pour identifier formellement ses usagers ainsi que toutes les autorisations légales requises pour transmettre ces renseignements privés à n'importe quel ministère ou société d'état qu'elle désire.

    C'est ça notre nouveau modèle de prévention en matière d'alcoolisme et de toxicomanies. Ça s'appelle un plan interministériel de lutte contre l'alcoolisme et les toxicomanies ! Bravo, lâchons pas, on va finir par les avoir les ...

  • Dominique Châteauvert
    Abonnée
    mardi 6 octobre 2009 08h35
    Changement majeur des habitudes de consommation en vue
    Je seconde Daniel Beaudry de tout coeur

  • Sauvé stephane
    Inscrit
    mardi 6 octobre 2009 08h35
    Nous vous protégerons de vous-même, des autres....mais pas de nous!
    Celui-là sera malheureux au pouvoir qui n'est ni assez corrompu pour être indifférent aux abus, ni assez courageux pour les réformer.
    [Pelet de La Lozère]

    La question M. Beaudry n'est pas les 25 000 vies que le gouvernevement pourrait possiblement sauver par une mesure additionnelle de contrôle (alcootest), c'est les 250 000 autres vies (et plus!)qui seront certainement perdues parce que vous aurez remis votre responsabilité citoyenne entre les mains d'un état (devenu) policier.

    Vous aurez permis à l'état de vous infantiliser pour mieux vous protéger de vous-même....mais attention au geôlier qui se cache derrière ces mesures de protection...
    ...Commencez par vous attaquez aux causes de ces abus d'alcool...poursuivez en vous adressant au contexte qui amène les gens à se souler...terminez avec des mesures efficaces de démarrage automobile (via un alcootest intégré au système de démarrage automobile).

  • Georges Paquet
    Abonné
    mardi 6 octobre 2009 11h17
    Vite, un avis de la Cour suprême.
    Je ne crois pas que les juges de la Cour suprême accepteraient cette pratique des policiers d'intercepter les automobilistes sans raisons apparentes et sans mandat de perquisition. Si on acceptait celà, on ne pourrait plus empêcher tout policier d'entrer chez nous sans motif raisonnable, juste pour voir si nous avons une arme à feu ou de la drogue.
    La curiosité n'est pas un motif raisonnable. La protection du public devrait s'exercer avec autant de rigueur que nécessaire, mais pas à ce prix. Par exemple, que les policiers se placent à la sortie des bars, des cabarets de danseuses et autres débits, que souvent ils connaissent bien pour les fréquenter eux-mêmes, à l'occasion, et qu'ils interpellent ceux et celles qui, à leurs yeux, représentent un danger. Mais, S.V.P. laissons les honnêtes citoyens tranquilles. Il y a tellement de contraintes dans nos vies, sans prendre plaisir à en ajouter.

  • Georges Paquet
    Abonné
    mardi 6 octobre 2009 14h53
    Il faut absolument s'opposer à ce projet. Il faut être sévère envers ceux qui ne prennent pas leurs responsabilités au sérieux, mais il ne faut pas ennuyer les autres.
    Il ne faut absolument pas s'emgager dans les travers d'un État policier où les policiers pourraient à tout moment interpeller un citoyen pour lui demander ses papiers ou pour exiger qu'il se soumette à l'alcootest. Ceci pouvait bien se passer au temps de Ceaucescu en Roumanie, mais je ne veux pas que mon gouvernement m'impose cette conception de la vie en société.

    J'espère que le parti Libéral, qui a fait adopter le Bill omnibus qui dit bien que l'État n'a pas sa place dans la chambre à coucher des citoyens dira à nouveau que l'État et ses policiers n'ont pas leur place dans la voiture des citoyens honnêtes et pacifiques.

    Je suis convaincu que la Cour suprême s'opposerait à une telle aventure ici.

  • Georges Paquet
    Abonné
    mardi 6 octobre 2009 14h59
    "Aller à la pêche" n'a jamais été permis dans le système policier et juridique canadien, ce n'est pas le temps de commencer.
    Il a eu de tout temps une réaction immédiate contre la tentation d'autoriser les policiers et autres agents à perquisitionner au hasard ou à interpeller au hasard, sans motifs raisonnables, les citoyens qui vaquent paisiblement à leurs occupations. Ce n'est pas le temps d'autoriser nos policiers à s'donner à ce genre d'exercices.

  • Michel B Pilon
    Abonné
    mardi 6 octobre 2009 17h48
    Dérive des conservateurs vers une société de surveillance !
    Une fois de plus, le parti conservateur lorgne vers la loi et l'ordre. Ainsi Rob Nicholson, le ministre fédéral de la justice a-t-il lancé un nouveau ballon politique en laissant entendre qu'il pourrait propulser un nouveau projet de loi portant sur la prise d'alcootests aléatoires. De quoi réjouir les partisans du MADD, mais surtout des corps de police, toutes divisions confondues. Imaginez un instant la joie au sein des forces policières qu'un tel pouvoir leur conférerait. Aujourd'hui, le législateur stipule que le policier peut arrêter une personne au volant que s'il a des motifs raisonnables de croire que celui-ci est en état d'ébriété. Demain, si un tel projet de loi était adopté, il laisserait aux policiers toute liberté d'intervenir, sans motif, et pourquoi pas la fouille du véhicule afin de vérifier si le conducteur n'a pas d'alcool, ou de drogue dans la voiture, et dans la boîte à gant, ainsi de suite. Imaginer qu'à l'heure actuelle, ces mêmes policiers accostent des piétons afin d'obtenir des précisions sur leur identité et pourtant la loi à leur endroit est claire sur les motifs leur permettant de demander à un citoyenNe de devoir s'identifier. Dommage que le dernier rapport sur la déontologie policière paru en septembre 2009, ne traite pas de cette question.

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mardi 6 octobre 2009 20h57
    Le Bloc est pour ?
    J'en reviens pas ! Les policiers pourront arrêter tous les automobilistes, pour vérifier, alors qu'ils mettent plusieurs heures pour arrêter des jeunes fous au volant à Lévis ! C'est drôle comme les droits des citoyens ne pèsent pas lourd face à leurs droits de consommer des autos sans limites de vitesse ou de posséder des embarcations à puissance illimité qu'ils peuvent manoeuvrer sur tous les cours d'eau en vertu, bien sur, de leurs droits acquis ! Quel gouvernement osera réduire par législation la puissance des véhicules routiers et interdira toutes les embarcations motorisé autres qu'électriques ?

    Claude L'Heureux, Québec

  • Louise Labrie
    Inscrit
    mardi 1 juin 2010 02h26
    Alcool au volant
    Qu'en est-il des conducteurs qui ont le souffle court et qui vont échouer le test, donc qui ne pourront pas fournir un échantillon d'haleine, seront-ils présumés avoir refusé de passer l'alcootest, leur véhicule remorqué à la fourrière pour un mois et permis suspendu pour trois mois comme c'est le cas actuellement ? Il faudrait que la loi prévoit dans ce cas un permis restreint pour ceux qui travaillent avec leur véhicule. Et puis, est-ce normal d'être présumé coupable avant d'être jugé, où est donc le droit à être présumé innocent de la Chartre des droits et libertés de la personne (art. 33) ?
    Et le fait d'échouer le test va gâcher votre travail, votre manière de vivre sans nécessairement être coupable ? C'est une loi tyrannique !
    Louise Labrie, Laval

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