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L'affaire Roman Polanski - Une banalisation outrageante des droits de l'enfant

Alain Roy - Professeur de droit de l'enfant à l'Université de Montréal  1 octobre 2009  Justice
Le cinéaste Roman Polanski a agressé une fillette de 13 ans il y a 32 ans. Il a fui la justice américaine avant de recevoir sa sentence pour le crime qu'il a commis. À la demande du procureur général de Los Angeles, Polanski a été emprisonné samedi dernier par la police suisse à son arrivée à Zurich, où l'on devait incessamment lui rendre hommage pour son oeuvre cinématographique.

Depuis, des voix se font entendre. Quels emmerdeurs, ces Américains! Franchement, rouvrir ce dossier après tant d'années, alors même que la victime a publiquement pardonné à son agresseur. Et « honte à la Suisse », écrivent certains chroniqueurs, pour avoir piégé Polanski. « Un festival de films, écrit Marc Cassivi, de La Presse, devrait être un lieu protégé, au même titre que l'enceinte d'une église. » Un argument qui trouve écho dans la pétition de 70 signataires qui dénoncent cette atteinte à la « liberté d'expression » dont la Suisse se fait complice. Quant à la Californie, elle aurait bien d'autres chats à fouetter avec son taux de chômage élevé et ses coupes dans l'éducation. Bref, qu'on laisse donc ce pauvre Polanski tranquille.

Ni une chose ni une poupée

Sous l'impulsion de la convention relative aux droits de l'enfant signé à New York en 1988, les États ont progressivement changé leur conception de l'enfant. D'objet de droit, l'enfant est devenu sujet de droits à part entière. Si sa vulnérabilité justifie la mise en place de protections particulières, elle ne doit plus servir de prétexte à quelque forme d'assujettissement que ce soit. L'enfant n'est pas la chose, ni la poupée de qui que ce soit. Il jouit des mêmes droits que les adultes, sans distinction. Les crimes commis à son endroit ne peuvent et ne doivent pas rester impunis.

À travers les hauts cris poussés à la suite de l'arrestation de Polanski, on perçoit une réalité tout autre. En lançant mille et un arguments tous plus fallacieux les uns que les autres, on minimise le crime commis contre une enfant, on oublie qu'une atteinte aux droits les plus fondamentaux d'une personne vulnérable a été commise.

Ceux et celles qui se désolent du fait qu'une manifestation culturelle est transformée en « traquenard policier » se rendent complices d'une banalisation outrageante des droits de l'enfant. Ce crime est socialement et juridiquement injustifiable et il est de la responsabilité des États de le sanctionner. Nul ne saurait se retrancher derrière de pseudoparavents d'immunité pour refuser d'agir. Qu'il s'agisse du secret professionnel sous le couvert duquel un mineur raconte les sévices dont il a été victime ou de la liberté d'expression dont un festival de films serait garant, rien ne peut justifier l'inaction des uns et des autres.

Certes, il est infiniment déplorable de constater le laxisme dont les autorités ont fait preuve pendant si longtemps. Il est tout aussi déplorable d'imaginer que leurs actions puissent être motivées par des considérations bassement politiques. Mais au-delà du cynisme que nous inspirent les joutes qui se déroulent en haut lieu, il faut revenir à l'essentiel: une enfant de 13 ans a été agressée par un homme en situation de pouvoir.
 
 
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