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Roman Polanski - La vraie victime

Marie-Andrée Chouinard   1 octobre 2009  Justice
L'arrestation de Roman Polanski crée un sensationnel émoi qui oppose l'Amérique à l'Europe. Sous prétexte du temps qui passe, voilà que se dessine un combat entre la force de l'art et la puissance du droit. On aurait tort de l'oublier: la vraie victime n'a récolté aucune Palme d'or, et elle s'appelle Samantha Geimer.
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  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    jeudi 1 octobre 2009 03h54
    Pourquoi tout ce remue-ménage?
    On se demande bien pourquoi l'affaire Polanski soulève tout ce tintouin, alors que réduite aux faits essentiels, elle est d'une simplicité déconcertante. Mais c'est peut-être à cause de cela!

    Polanski a drogué et violé une fillette de 13 ans. Pour éviter une lourde peine, il a négocié avec la justice californienne et a reconnu sa culpabilité au fait d'avoir eu des relations sexuelles avec une mineure. Mais, pour éviter un procès avec ses conséquences pour ce crime, il s'est enfui en Europe. Les crimes de cette nature sont imprescriptibles tant là où il a été commis qu'en Suisse depuis une « votation » tenue il y a trois ou quatre ans.

    Le cas de ce monsieur est donc une question d'ordre juridique et sa qualité de cinéaste, même de renom, n'a rien à voir avec ces faits. Il est de même inutile d'évoquer des circonstances atténuantes relatives à sa famille, comme on l'a entendu, car elles n'ont également rien à voir avec les faits.

    La justice suisse n'a fait qu'exécuter un mandat d'arrêt international, les procureurs de Los Angeles ayant saisi l'occasion de coincer Polanski, ce qu'ils n'avaient pas réussi à faire antérieurement, d'après les déclarations faites.

    Polanski est traité comme un coupable d'abus sexuel sur mineure, il a reconnu les faits, en fuite, ce qui ne lui accorde pas la moindre faveur. L'affaire est entre les mains de la justice, il n'y a qu'à attendre la conclusion de celle-ci. Les déclarations tonitruantes de personnalités politiques comme les ministres F. Mitterrand et B. Kouchner, celles de membres du milieu artistique sont inconsidérées. La justice est la même pour tous, et le talent artistique ne constitue pas une exemption.

    Un avocat du barreau de Paris déclarait récemment : « Personne ne conteste le génie de Roman Polanski, mais la loi est la même pour les artistes et les citoyens, il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures. »

    À la question « Ses soutiens ont-ils tort d'invoquer la prescription ? », il répond :
    « Absolument car cet argument est juridiquement faux. La prescription suppose une inaction. Tout nouvel acte fait repartir le délai à zéro. Or la justice californienne n'a jamais lâché l'affaire. Preuve en est, le mandat d'arrêt international émis en 2005. Et Polanski savait que l'affaire était encore en cours puisqu'il paie des avocats pour faire des recours et qu'il avoue lui même faire attention aux pays où il met les pieds. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il n'est même pas allé chercher son Oscar pour Le Pianiste en 2003 à Los Angeles. Bref, Roman Polanski a reconnu les faits et cherche à échapper à la justice depuis trente ans. »

  • Michel Dussault
    Abonné
    jeudi 1 octobre 2009 07h08
    Coupable
    Excellent résumé de la situation.
    Merci.

  • Pierre-R. Desrosiers
    Inscrit
    jeudi 1 octobre 2009 07h35
    Amusant!
    L'establishment «culturel» de France se dresse, indigné, à la défense de Polanski. Mitterand, son ministre, a jadis avoué avoir largement fréquenté, au temps de sa fringante jeunesse, les petits garçons en Thaïlande. Charmant. Qui se ressemble s'assemble. Il est vrai quela classe politique, en France, est à l'abri de toute poursuite ou enquête. Comme jadis l'oncle François.

    Pierre Desrosiers
    Val David

  • Georges Paquet
    Abonné
    jeudi 1 octobre 2009 07h43
    Une poursuite, même sans plaignant.
    C'est un aspect fort intéressant de presque tous les systèmes juridiques qui permet à un procureur d'inscrire une plainte, même si la ou les victimes ne portent pas plainte, et même si elles refusaient de porter plainte. Il y a donc des actions ou des inactions, commises à son endroit, qu'un citoyen(ne) n'a pas le droit d'accepter, même par faiblesse ou par peur, à tel popint que quelqu'un d'autre, un citoyen(ne) ou un procureur, peut et doit porter plainte à sa place.

    C'est un aspect du droit qui n'est malheureusement pas appliqué avec assez de constance et de rigueur par nos organismes de surveillance.

  • Brun Bernard
    Inscrit
    jeudi 1 octobre 2009 07h58
    Pour répondre à M Racle. Un enjeu, un seul, la justice. Ce n'est pas rien.
    Lettre ouverte à Monsieur Kouchner et Monsieur Mitterrrand

    par Manu A, Invalide sans profession.
    30.09.09

    Vos prises de position au sujet de l'affaire Polanski me forcent à venir à vous. En 1989, il y a donc 20 ans de cela, je me suis rendu coupable des mêmes faits que l'on reproche à Monsieur Polanski. Je croyais, moi aussi, que j'avais un rapport sexuel avec une adolescente de 14 ans consentante. Contrairement à votre pauvre cinéaste, j'ai attendu sagement la venue des gendarmes, puis je suis resté en cellule deux ans et demi, jusqu'à mon procès devant la Cour d'assises. Et, toujours en cellule, j'ai compté deux mille deux cent cinquante cinq (2255) jours avant d'être enfin élargi. Soit dit en passant, sans une seule permission de sortir préalable.

    Le fait est que la prison, le procès et la psychanalyse aidant, j'ai fini par saisir une subtilité qui jusque là m'avait échappé et qui, je l'avoue, était sinon à l'origine de mon acte, tout du moins un élément déclencheur de ce que j'infligeais à ma victime. Comme j'ai pu constater, suite à l'affaire Polanski, que cette subtilité vous échappe à tous deux, je m'empresse de vous en faire part. J'ai appris à mes dépends, mais aussi et surtout aux dépends de celle à qui j'ai fait tant de mal, qu'une gamine de 13 ans ne peut en aucun cas donner son consentement pour une relation sexuelle avec un adulte. Je le répète, il est impossible qu'elle donne son consentement, y compris lorsqu'elle est explicitement demandeuse, c'est vous dire combien certains font fausse route et pourquoi je fus très justement condamné pour viol.

    Si vous me demandiez la raison de cette impossibilité, je vous répondrais ce par quoi je commençais ce paragraphe. D'où, Messieurs les ministres, la nécessité de répondre de ses actes devant la justice, devant la victime et de les revoir, les mâcher, les ruminer, jour après jour, nuit après nuit. Tout cela bien sûr dans la douleur, les larmes, la contrainte, l'humiliation, la honte et la solitude de la prison. Travail qu'on ne peut nullement réaliser dans le strass et les paillettes. Travail que vous, Messieurs les ministres et tous ceux qui protègent Polanski depuis si longtemps, l'avez empêché de réaliser.

    Voilà pourquoi cette affaire lève un tel tollé parmi les gens communs, et voilà la raison du décalage abyssal qu'il y a entre l'opinion du petit peuple, dont je suis, et vous et vos amis intellectuels : parce que vous vous dressez comme un seul homme contre ce que nous enseigne toute notre civilisation - excusez du peu !

    Vous, Messieurs, voilà que tout d'un coup, vous nous crachez que l'homme ne doit nullement faire amende honorable, ni redresser son chemin. Et vous voilà, soudain, la bouche pleine de ses pitoyables excuses que l'on entend si souvent dans la bouche de tristes individus, dont j'étais, plus proches de l'animalité que de ce à quoi ferait penser leur silhouette: "Elle était consentante, elle paraissait vingt ans, il y a si longtemps" Vous, ministres et intellectuels, vous n'avez loupé aucune de ces bestialités, plus l'insulte faite à tous ceux qui purgent leur peine dans la promiscuité, le silence et l'oubli de nos prisons.

    Mais il y a pire. Les faits dont je me suis rendu coupable, je les ai commis en 1989, il y a donc vingt bonnes années. Personnellement, j'ai assumé, j'ai payé et j'ai même payé un second crime que je n'avais pas commis et puis surtout, j'ai réalisé l'infinie gravité de mes actes. Et si je n'ai jamais eu droit au pardon, j'ai en revanche eu droit à l'oubli...

    Jusqu'en février dernier. Car voilà qu'en février 2009, donc vingt ans après, ces messieurs en uniforme sont venus me notifier que dorénavant j'héritais d'une nouvelle punition qui consiste à devoir me rendre deux fois par an dans leurs locaux pour leur confirmer mon adresse. Vingt ans après Monsieur Kouchner ! Vingt ans après Monsieur Mitterrand ! Alors que j'ai tout assumé, payé et jamais récidivé. Alors qu'ils ont devant leurs yeux vingt longues années de non récidive. Et cette loi scélérate, c'est vous, Monsieur Kouchner, c'est vous, Monsieur Mitterrand, vous qui demandez à ce qu'on oublie un fugitif, c'est vous qui l'avez voulue et votée, quand pour Polanski "c'est si vieux, quel acharnement, méchants américains..."

    Depuis février, je fais des cauchemars, depuis février, j'ai perdu ma paix et l'on m'a arraché à l'oubli, celui que la coutume ancestrale me concède. Depuis que vous m'avez infligé une nouvelle punition, vingt ans après les faits, ça va mal. Mais depuis trois jours, Messieurs les ministres, depuis que vous avez réagi pour Polanski, là vous m'avez mis la haine, j'ai perdu mon peu de sagesse. Vous m'avez empoisonné le sang. Je vous demande donc au nom du simple principe de cohérence de me faire enlever cette dernière punition aussi injuste que traumatisante. De lancer une pétition avec vos amis les intellectuels et autres cinéastes. Redonnez-moi mon droit à l'oubli, car moi, oui, j'y ai droit, j'ai fait plus juste que le "Pianiste" et son auteur : J'ai payé !

    Le Monde du 30 Sept 2009.

  • jacques noel
    Inscrit
    jeudi 1 octobre 2009 08h28
    Et notre Gilbert Rozon?
    Je l'écoutais hier, aux Francs-Tireurs, de son chic appartement parisien,faire l'apologie du fédéralisme et de l'anglicisation des immigrants. On a à peine effleuré son aventure avec la croupière. Le gars est un intouchable.

  • Alain Roy
    Abonné
    jeudi 1 octobre 2009 10h17
    Et Gilbert Rozon?
    il a pas couchée avec une mineure.. nuance.. et oui, c'est vrai, il y a des gens intouchables et c'est pourquoi je suis enchanté de Polanski être arrêté et je souhaite qu'il soit en prison pour un petit bout car si jamais quelqu'un touche à ma fille, sans son consentement, il est mieux de payer pour sinon, je serais obligé de lui faire justice!

    ça va faire le viol et les agressions sexuelles sur les femmes!! elles ont droit de vivre sans avoir peur!

  • Doris Brulotte
    Abonnée
    jeudi 1 octobre 2009 10h21
    Consentement impossible à 13 ans... Qu'il assume ses actes!
    M. Paquet,

    Vous semblez ignorer que c'est une accusation criminelle et que la victime était mineure. Elle ne peut légalement pas donner de consentement : l'accusé a commis un crime.

    Il y a sûrement eu du laxisme et beaucoup de temps, mais le crime reste et il est toujours impuni devant la loi.

    Dommage pour M.Polanski, mais il doit être jugé pour ce crime peut importe ses réalisations et ses amis... La justice doit être rendue.

    Bernard Tremblay
    Québec

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    jeudi 1 octobre 2009 12h07
    Faut-il le rejuger? That is the question.
    Si je comprends bien, il a déjà été condamné et a purgé la peine pour laquelle la poursuite avait décidé de l'assigner (suite à une négociation, mais la poursuite était d'accord, non?). Comment se fait-il qu'on veuille - et qu'on ait même le droite - de nouveau juger les mêmes faits? Expliquez-moi.

  • Jean Beaumont
    Inscrit
    jeudi 1 octobre 2009 14h43
    La vraie victime a pardonné apparemment...
    et retiré sa plainte. Vous, chère éditorialiste et chers lecteurs, qui n'avez pas pas pensé une seule seconde au crime de Polanski pendant trente ans, voilà que vous le condamnez tous en choeur. Mais il aurait fallu en parler avant qu'on ne l'arrête afin de sensibiliser l'opinion à la gravité de son crime et au fait qu'il était toujours en liberté!

  • Isabelle Gélinas
    Abonné
    jeudi 1 octobre 2009 20h07
    @M.Auclair
    Polanski n'est pas rejugé. Son entente avec le procureur de l'État n'a jamais été avalisée par un juge. Il s'est enfui avant. C'est pour ça qu'il est recherché.

  • François Grenier
    Abonné
    jeudi 1 octobre 2009 20h54
    Dura lex, sed lex
    Nul n'est au-dessus de la loi. Le génie n'est pas une excuse.

    Il a réalisé de grands films. Certes. Cela ne diminue en rien la gravité des ses gestes.

    Son cas est indéfendable, tout comme la position de ceux qui soutiennent sa cause. Il est coupable. Lui-même n'en disconvient pas. Alors que la Justice suive son cours.

    François Grenier

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