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L'entrevue - La nébuleuse des gangs de rue

Une menace croissante devant laquelle il ne faut pas baisser la garde, dit la criminologue Maria Mourani

Brian Myles   21 septembre 2009  Justice
Maria Mourani, criminologue, essayiste et députée du Bloc québécois.
Photo : Jacques Nadeau
Maria Mourani, criminologue, essayiste et députée du Bloc québécois.
C'est une récidive pour Maria Mourani. Après avoir publié La Face cachée des gangs de rue en 2006, la députée fédérale d'Ahuntsic reprend le bâton du pèlerin pour éveiller la population à la menace des gangs, avec des mots durs et percutants en guise de munitions.

Dans Gangs de rue inc. (aux Éditions de l'Homme), Mme Mourani pose son regard sur les gangs autochtones de l'Ouest canadien, ceux du Québec, des États-Unis et du Salvador, où elle a mené des entrevues. Des rues des grands centres urbains jusqu'aux réserves autochtones les plus reculées, de l'école primaire jusqu'au pénitencier, l'auteure explore les multiples facettes du phénomène en s'intéressant surtout aux gangs majeurs (par opposition aux gangs émergents), c'est-à-dire une minorité d'individus causant le plus gros des dommages. En expansion «spectaculaire», ces gangs se posent «en menace» pour l'avenir de nos enfants.

S'il est vrai qu'à peine 1 % des jeunes font partie des gangs, du moins au Québec, et que la plupart décrochent rapidement, ceux qui y restent et qui choisis sent de faire une carrière criminelle sont des durs de durs, affirme Mme Mourani; «[...] comme tout groupe criminel, ils se nourrissent de la misère des uns et du désespoir des autres», écrit-elle. Trafic de drogue, prostitution, règlements de comptes: les activités de ces bandes sont connues. La coopération entre gangs, le raffinement de leur structure hiérarchique et l'accroissement de leur sphère d'influence (trois idées maîtresses du livre) constituent cependant des thèmes moins connus du public.

Selon Maria Mourani, il existe désormais «un triangle Montréal-Toronto-Ottawa» et même «un triangle Montréal-Port-au-Prince-Miami» permettant aux gangs d'étendre leur pernicieuse influence et d'accroître leurs profits. «Ils se structurent de plus en plus et ils évoluent en réseau. Certains groupes à Montréal existent depuis maintenant plus de 15 ans, explique Mme Mourani. [...] Vous avez des gangs qui ont des ramifications jusqu'aux États-Unis. Ce ne sont pas des petits jeunes qui peuvent faire ça.»

La mafia noire

Dans son premier essai, La Face cachée des gangs, qui est en fait le prolongement de son mémoire de maîtrise en sociologie (Université de Montréal, 2004), Maria Mourani employait l'expression «mafia noire» pour qualifier les membres des 10 à 20 principaux gangs de la métropole. Le terme ne fait pas l'unanimité chez les chercheurs et les policiers, qui l'utilisent rarement. «Et pourtant, elle est là, cette mafia noire, dit Mme Mourani. Dans le milieu [criminel], ils se font appeler des gars de la mafia.» Reprenant sa thèse initiale, elle affirme que ces gangs rivaliseront bientôt avec les motards et la mafia italienne du point de vue de la dangerosité et de la capacité organisationnelle.

Aux criminologues et autres spécialistes de l'intervention sociale qui expliquent l'adhésion aux gangs comme une phase transitoire de l'adolescence, voire un rite de passage dans les quartiers disloqués de la métropole, Maria Mourani a une réponse toute faite. Cette lecture du phénomène est juste dans le seul cas des gangs émergents. «Il y a des jeunes qui entrent dans des gangs qui ne sont pas émergents. Ce sont des gangs majeurs, avec leur structure propre. Ils peuvent être aussi organisés que le crime organisé, tout en fonctionnant de façon cellulaire, un peu comme les groupes terroristes», affirme la criminologue.

D'ailleurs, durant ses entrevues avec une vingtaine de membres et d'ex-membres des gangs et des responsables de l'application de la loi qui préfèrent presque tous garder l'anonymat (c'est l'un des défauts du livre), Mme Mourani a trouvé des indices qui lui permettraient de croire que certains gangs de rue collaborent avec des groupes terroristes. La preuve est mince pour le moment, mais la piste serait prometteuse. Mme Mourani promet de fouiller le sujet pour un troisième livre. «Je me dis qu'il n'y a pas de fumée sans feu.»

Prendre le taureau par les cornes

Aux États-Unis, 900 000 jeunes font partie des gangs qui se répartissent entre Crips (bleus) et Bloods (rouges), des lignes de fractures meurtrières que les jeunes ont également reprises au Canada. En Amérique latine, 300 000 jeunes font partie des gangs, notamment la Mara Salvatrucha (MS13) et la Pandilla 18, deux gangs qui sont aussi en émergence au Canada.

Au Salvador, Maria Mourani a fait «un voyage au bout de l'enfer». «On les recrute au berceau», se désole-t-elle. Des familles entières sont prêtes à donner leur vie pour la MS13 et la Pandilla 18. «Ce sont, de loin, les bandes les plus violentes et les plus dangereuses du monde», écrit-elle. Le meurtre en guise de rituel d'initiation. Aux prises avec d'importants problèmes de pauvreté, de sévices et d'abandon familial, de décrochage scolaire et de consommation de drogue, ces jeunes marginaux trouvent dans les gangs une identité, une cohésion et un sentiment d'appartenance dont ils ont été privés durant leur enfance. Le tout dans une société où ils ont bien compris qu'ils n'avaient aucune perspective d'avenir.

Une situation sans aucune commune mesure avec le Québec (1250 membres dans les gangs) ou le Canada (12 000 membres), bien que les germes de l'exclusion sociale soient également présents ici. Maria Mourani estime qu'il faut «prendre le taureau par les cornes» pour «contrer cette vague qui semble venir du Sud et qui risque de nous submerger». L'écho des fusillades meurtrières à Vancouver et à Toronto, où d'innocentes victimes sont tombées sous les balles de bandes rivales, rappelle l'importance de ne pas baisser la garde.

À ce chapitre, Maria Mourani prône le mélange de la prévention et de la répression. Tolérance zéro pour les criminels de carrière, contre lesquels il ne faut pas hésiter à appliquer la Loi antigang. Compassion et réinsertion pour les jeunes issus des quartiers défavorisés. Combattre les gangs, c'est refuser d'abandonner nos enfants à leur sort, croit-elle fermement. C'est combattre avant tout la pauvreté, le désoeuvrement, le désespoir et la misère humaine.

En préface, l'ancien premier ministre Bernard Landry évoque cette «tragédie qui frappe la jeunesse partout sur la planète». Notre époque a engendré pour elle des situations plus difficiles à gérer qu'à aucune autre période de l'histoire. Pourquoi? Comment y remédier? Questions complexes que l'ouvrage, toutes sirènes hurlantes, explore à peine.
 
 
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  • Man Boogy
    Inscrit
    mercredi 25 novembre 2009 03h39
    Maria Mourani est un imposteur
    Elle n'a aucune connaissance en ce qui concerne les gangs , j'ai lu ses deux livres et j'ai pu y denombrer plus d'une centaine de contradiction , de faits non-verifies , les dates sont tres vagues , aucune dates sur la creation de ces gangs de rue , mais qui sont ses informateurs , il y a meme des faits contradictoires aux archive gouvernementales , enfin de compte , c'est un roman sans aucne valeur pedagogique destine a entretenir des arguments racistes et xenophobes . Elle n'a d'ailleur pas le respect et ni l'appui des vrais organismes communautaires oeuvrant aupres de ces jeunes . Enfin de compte , mon cousin de 13 ans arrive a une analyse beaucoup plus raffinee en utilisant l'internet . Un gros zero

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