Crimes d'honneur, crimes de pouvoir
C'est ma grand-mère Marie-Louise qui a dit cette phrase alors que nous venions d'apprendre qu'une voisine avait été tuée par son mari parce que, racontait-on, il était convaincu qu'elle avait un amant et que son honneur à lui, de ce fait, était en jeu. Ma grand-mère pleurait parce qu'elle connaissait la voisine et disait que le mari était jaloux pour rien. C'est parce que ma grand-mère pleurait que je m'en souviens si bien. J'avais une dizaine d'années et, comme elle le faisait souvent, elle a pris le temps de m'expliquer à quel point cette histoire «d'honneur» n'avait pas de sens et comme c'était injuste pour les femmes.
Ma grand-mère voulait que je comprenne bien que ce qu'on appelait déjà un «crime d'honneur» trouvait la plupart du temps une écoute compatissante chez les juges au moment des procès. Ils expliquaient qu'un homme dont «l'honneur» avait été malmené par la conduite de sa femme ou de ses filles pouvait perdre la tête, invoquer un moment de folie temporaire, et peut-être même être acquitté parce qu'il serait facile de faire valoir que la femme en question avait mérité le sort qui avait été le sien. Qu'il soit bien clair que je ne vous raconte pas une histoire qui se serait produite en Afghanistan ou ailleurs, mais une histoire bien québécoise, de souche. Le Québec a déjà été un terreau fertile pour les crimes d'honneur.
Il suffit de se souvenir de ce qu'était notre société régie par le Code civil ultra machiste de Napoléon et l'enseignement de l'Église catholique de l'époque. Marie-Louise était lucide. Elle savait qu'on ne mesurait pas l'honneur de la même façon pour les hommes et pour les femmes.
Les temps changent
C'est sûr que les temps changent, mais il faut du temps pour voir les changements. Il faut surtout se demander comment il se fait que, alors qu'on pense avoir fermé la porte pour toujours à un comportement qui nous paraît inacceptable, on le retrouve, revenu par la porte d'en arrière. Devant les événements de Kingston, c'est à la voisine de ma grand-mère que j'ai pensé. Et à toutes ces femmes venues dire leur inquiétude aux savants commissaires de la Commission Bouchard-Taylor pour se faire répondre qu'elles manquaient d'ouverture d'esprit et qu'elles étaient trop refermées sur le passé. Qu'est-ce qu'elles disaient, ces femmes? Que le Québec s'était enfin donné des valeurs de justice et d'équité qui n'étaient pas négociables et qu'il fallait trouver un moyen de faire en sorte que ceux et celles qui veulent venir les partager avec nous les acceptent et les défendent, et les mettent au coeur de leur réalité. Les commissaires leur ont dit qu'elles se faisaient des peurs pour rien.
Cette fois, quatre femmes sont mortes d'un coup, et leur mort nous frappe de plein fouet. Toutes les circonstances entourant ces morts ne sont pas encore connues, mais l'expression «crime d'honneur» a refait surface dès que la nouvelle a été divulguée. Ne devrait-on pas plutôt parler de «crimes de pouvoir»?
S'il est vrai que des membres d'une famille ont supprimé d'autres membres de leur famille parce que leur pouvoir sur ces êtres humains n'était plus respecté, il faut trouver le courage d'éclaircir ce que nous attendons de l'immigration. Si la culture machiste pratiquée dans certains pays ne peut accepter les règles de l'égalité que nous pratiquons ici, il serait important de trouver le moyen de le faire savoir à ceux qui prétendent s'installer au Québec. Il faut que les règles du jeu soient claires comme de l'eau de roche, et non négociables. Parce que la négociation, sur les valeurs que nous jugeons essentielles, signifie un recul pour la société que nous avons bâtie.
L'objectif sera toujours de garder nos frontières ouvertes. Mais nos yeux aussi. Si nous estimons que les combats que nous avons menés étaient nécessaires, on ne doit pas accepter de voir nos acquis remis en question parce que quelques mâles, en mal de contrôle des femmes de leur entourage, veulent nous imposer leur vision d'un monde dont ils seraient les dominants.
J'espère seulement que, lisant les nouvelles concernant ce qui s'est passé à Kingston, il ne s'est pas trouvé quelques Québécois de souche pour penser que c'était là un moyen efficace de remettre les femmes à leur place...
Marie-Louise aurait dit de bien se rappeler qu'il suffit d'une pomme pourrie pour contaminer tout le panier.
Ma grand-mère voulait que je comprenne bien que ce qu'on appelait déjà un «crime d'honneur» trouvait la plupart du temps une écoute compatissante chez les juges au moment des procès. Ils expliquaient qu'un homme dont «l'honneur» avait été malmené par la conduite de sa femme ou de ses filles pouvait perdre la tête, invoquer un moment de folie temporaire, et peut-être même être acquitté parce qu'il serait facile de faire valoir que la femme en question avait mérité le sort qui avait été le sien. Qu'il soit bien clair que je ne vous raconte pas une histoire qui se serait produite en Afghanistan ou ailleurs, mais une histoire bien québécoise, de souche. Le Québec a déjà été un terreau fertile pour les crimes d'honneur.
Il suffit de se souvenir de ce qu'était notre société régie par le Code civil ultra machiste de Napoléon et l'enseignement de l'Église catholique de l'époque. Marie-Louise était lucide. Elle savait qu'on ne mesurait pas l'honneur de la même façon pour les hommes et pour les femmes.
Les temps changent
C'est sûr que les temps changent, mais il faut du temps pour voir les changements. Il faut surtout se demander comment il se fait que, alors qu'on pense avoir fermé la porte pour toujours à un comportement qui nous paraît inacceptable, on le retrouve, revenu par la porte d'en arrière. Devant les événements de Kingston, c'est à la voisine de ma grand-mère que j'ai pensé. Et à toutes ces femmes venues dire leur inquiétude aux savants commissaires de la Commission Bouchard-Taylor pour se faire répondre qu'elles manquaient d'ouverture d'esprit et qu'elles étaient trop refermées sur le passé. Qu'est-ce qu'elles disaient, ces femmes? Que le Québec s'était enfin donné des valeurs de justice et d'équité qui n'étaient pas négociables et qu'il fallait trouver un moyen de faire en sorte que ceux et celles qui veulent venir les partager avec nous les acceptent et les défendent, et les mettent au coeur de leur réalité. Les commissaires leur ont dit qu'elles se faisaient des peurs pour rien.
Cette fois, quatre femmes sont mortes d'un coup, et leur mort nous frappe de plein fouet. Toutes les circonstances entourant ces morts ne sont pas encore connues, mais l'expression «crime d'honneur» a refait surface dès que la nouvelle a été divulguée. Ne devrait-on pas plutôt parler de «crimes de pouvoir»?
S'il est vrai que des membres d'une famille ont supprimé d'autres membres de leur famille parce que leur pouvoir sur ces êtres humains n'était plus respecté, il faut trouver le courage d'éclaircir ce que nous attendons de l'immigration. Si la culture machiste pratiquée dans certains pays ne peut accepter les règles de l'égalité que nous pratiquons ici, il serait important de trouver le moyen de le faire savoir à ceux qui prétendent s'installer au Québec. Il faut que les règles du jeu soient claires comme de l'eau de roche, et non négociables. Parce que la négociation, sur les valeurs que nous jugeons essentielles, signifie un recul pour la société que nous avons bâtie.
L'objectif sera toujours de garder nos frontières ouvertes. Mais nos yeux aussi. Si nous estimons que les combats que nous avons menés étaient nécessaires, on ne doit pas accepter de voir nos acquis remis en question parce que quelques mâles, en mal de contrôle des femmes de leur entourage, veulent nous imposer leur vision d'un monde dont ils seraient les dominants.
J'espère seulement que, lisant les nouvelles concernant ce qui s'est passé à Kingston, il ne s'est pas trouvé quelques Québécois de souche pour penser que c'était là un moyen efficace de remettre les femmes à leur place...
Marie-Louise aurait dit de bien se rappeler qu'il suffit d'une pomme pourrie pour contaminer tout le panier.
Haut de la page

