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L'«accident» étrange de Kingston - Un quadruple meurtre d'honneur d'une rare atrocité

Le père, la mère et le frère de trois des victimes ont été arrêtés et accusés avant de pouvoir fuir à l'étranger

Lisa-Marie Gervais   24 juillet 2009  Justice
L'«accident» tragique de quatre Montréalaises d'origine afghane trouvées mortes dans les écluses de Kingston, en Ontario, aurait été orchestré... par des membres de leur propre famille. Des accusations de quadruple meurtres au premier degré pèsent contre le père, la mère ainsi que le frère de trois des victimes. Une sordide histoire qui pourrait s'avérer être un crime d'honneur.

Arrêtés mercredi, Mohammed Shafi, Touba Yahya et Mohammed Hamed Shafi, respectivement le père, la mère et le frère de 18 ans des trois soeurs trouvées mortes dans une écluse du canal Rideau le 30 juin dernier, ont été chacun formellement accusés hier de quadruples meurtres prémédités et de complot pour meurtre, a confirmé hier la police de Kingston.

La quatrième victime, âgée de 52 ans, Rona Amir Mohammed, qui avait été présentée par la famille comme la cousine du père des jeunes filles, est en réalité la première épouse de Mohammed Shafi, a précisé la police. La thèse du crime d'honneur est l'une des hypothèses prises au sérieux par les enquêteurs après qu'une femme résidant en France, et se présentant comme étant la soeur de la quatrième victime, eut révélé par courriel que celle-ci avait reçu des menaces de mort.

L'enquête étant toujours en cours, peu d'informations auraient été révélées par la police ontarienne hier en conférence de presse. Résidantes de Saint-Léonard avec leurs parents et quatre autres frères et soeurs, les trois soeurs Shafi (Zainab, Sahar et Geeti), âgées respectivement de 19, 17 et 13 ans, auraient vraisemblablement été assassinées par des membres de leur propre famille alors qu'elles revenaient des chutes de Niagara, où la famille avait passé ses vacances.

Les corps des quatre victimes avaient été retrouvés le 30 juin dans une Nissan Sentra noire submergée dans le canal Rideau à Kingston Mills. Le lendemain vers midi, le père avait signalé la disparition de ses filles. Apprenant leur mort, il avait évoqué la possibilité que son aînée, qu'il qualifiait de rebelle, ait pu vouloir conduire la voiture et causer un accident.

Mais la police a affirmé hier que la voiture avait été conduite par l'un des trois accusés à un certain moment avant d'être plongée dans l'eau. Ceux-ci auraient pris la fuite après vers Montréal à bord d'une autre voiture, une Lexus SUV.

Crime d'honneur?

L'enquête de trois semaines, qui s'est soldée par l'arrestation des membres de la famille Shafi, a été le fruit d'une collaboration entre la GRC et les services de police provinciale de l'Ontario, de Kingston, d'Ottawa et de Montréal. Les enquêteurs ont dit penser connaître le motif du crime, mais ont refusé de le préciser.

Le chef du service de police de Kingston, Stephen Tanner, a néanmoins confirmé que l'hypothèse du crime d'honneur était considérée. Ce drame a fait réagir le résidant de Sherbrooke Shah Ismatullah Habibi, afghan d'origine et directeur général de l'Association éducative transculturelle. «On ne connaît pas encore le motif, je suis mal à l'aise de comprendre la situation, mais je n'ai jamais entendu un cas comme ça. C'est très rare», a dit le quinquagénaire qui a grandi à Kaboul.

Dans certains pays musulmans, les coutumes tribales permettent les meurtres de personnes, surtout des femmes, ayant sali l'honneur et la réputation d'une famille ou d'un clan. Ces crimes d'honneur sont souvent perpétrés pour des fautes jugées graves, comme l'adultère, par exemple. «Dans la culture de l'Islam, c'est la femme qui est responsable du foyer. S'il y a des comportements déviants qui s'y manifestent, c'est la femme qui est coupable», explique Sadeqa Siddiqui, coordonnatrice au Centre communautaire des femmes sud-asiatiques de Montréal.

Originaires de Kaboul, les victimes et leur famille sont arrivées au Canada il y a deux ans, après avoir vécu un moment à Dubaï. Sous de nouvelles influences culturelles, les jeunes filles auraient pu naturellement échapper au contrôle de leur père, avance Mme Siddiqui. «Elles ne lui obéissaient plus et, pour lui, c'était difficile», a-t-elle dit.

Connaissant les intentions des accusés de voyager hors du pays, la police a confirmé les avoir arrêtés hier, craignant qu'ils ne se réfugient dans un pays où il n'y a pas de traité d'extradition, comme le Pakistan. Accusés hier, les suspects étaient détenus en attendant leur enquête sur remise en liberté sous caution.
 
 
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