À la recherche d'un psychodrame
La suspension de l'enquête du coroner par le juge Robert Sansfaçon afin de protéger le système judiciaire d'une politisation qui ne dit pas son nom donne une idée de ce que recouvre l'affaire Villanueva. Il existe en amont de cet événement tragique une situation qu'on a laissée se détériorer par absence de courage social, d'une part, et par préjugés de tous les côtés, d'autre part.
Pour parler clairement, derrière ce triste épisode, les camps étaient déjà formés. Les adversaires irréductibles de la police, ceux qui blâment les policiers quelles que soient leurs interventions, trouvent ici justification à leur aveuglement, les membres militants des communautés culturelles y voient l'expression d'une forme de haine raciale, les xénophobes y trouvent leur compte et les idéologues de la lutte des classes confortent leur thèse de la nécessité de la révolution sociale.
En d'autres termes, les événements qui se sont déroulés dans un parc du quartier Montréal-Nord et le malaise politique qu'ils engendrent au gouvernement, dans l'appareil judiciaire et au sein des groupes de défense des droits des citoyens annoncent le psychodrame auquel personne n'échapperait si par malheur nos responsables déclenchaient une autre commission d'enquête tous azimuts.
A-t-on déjà oublié les audiences de la commission Bouchard-Taylor, dont les conclusions se sont évaporées au fil des mois et n'ont rien changé à une situation en partie fictive? La prise de position récente de la Fédération des femmes du Québec sur le voile et le tollé de protestions qu'elle a suscité démontre bien qu'on en est resté au point de départ, à savoir: Qu'est-ce que l'intégration? Qu'est-ce que l'identité québécoise?
À Montréal-Nord, depuis des décennies, on a pratiqué la tolérance molle si chère à notre culture de culpabilisés historiques. Des groupes de jeunes voyous, dont certains ont basculé sans hésitation dans la criminalité, ont peu à peu fait régner leur loi de caïds. Ils sont pauvres, certes, ils sont colorés, à l'évidence, ce sont des garçons (et quelques filles qu'ils ont soumises à leurs règles) élevés souvent dans le monde à haut risque de la monoparentalité. Ils ont peu à peu transformé leur peur et leur humiliation individuelle en une haine collective sous le regard inquiet, et à la pratique parfois discriminatoire, de ceux qui incarnent le pouvoir et la loi. L'autorité familiale, scolaire et sociale leur a fait défaut. Ces groupes n'ont plus peur de la loi et de la police.
Or, des groupes militants leur accordent avant même qu'ils ne passent à l'acte le statut de victimes, si bien qu'ils s'en réclament dès qu'on allume une caméra et qu'on ouvre un micro devant eux. Mais il existe à leur sujet une question en forme de réponse. Pourquoi la majorité des jeunes qui possèdent leur profil ne sont-ils pas des criminels? Au contraire, ne souhaitent-ils pas comme tous une vie meilleure que leur dure vie de départ?
Les Montréalais dans leur ensemble ont été peu incommodés par les frasques de Montréal-Nord et ont continué leur vie routinière dans leurs quartiers paisibles. Les autorités municipales — nous étonnons-nous? — ont fermé les yeux, selon ce principe si cher aux politiciens pusillanimes du temps qui fait bien les choses. Bien sûr, on se disait aussi que la police réglerait le problème.
Or la police, cet instrument de répression que se donne la société, n'a pas comme premier ni comme dernier objectif de régler les différends. Elle est là pour assurer la loi et l'ordre. Nos corps policiers sont à l'image de ce que nous sommes. Faut-il l'écrire? Le Québec n'est pas une société structurellement et institutionnellement raciste ou xénophobe. La police québécoise n'est pas raciste. Mais cela n'exclut pas que des racistes y sévissent. Il est faux et éminemment dangereux de crier haut et fort, à l'instar de certains de ces quartiers chauds, que la police tue les Noirs et les jeunes des minorités ethniques, comme on peut l'entendre dire dans la bouche de ces incendiaires devant qui les médias tendent trop complaisamment leurs micros.
Dans le cas qui a cristallisé les tensions, un garçon est mort d'une balle tirée par un membre des forces policières. Il faut comprendre ce qui s'est réellement passé et sévir si nécessaire. La famille de la victime ne croit plus à la justice. Cela peut se comprendre dans les circonstances. Mais y a-t-elle déjà cru? D'autres, peu importent les conclusions de l'enquête, demeureront convaincus que la police a failli à sa tâche, voire qu'elle a fait preuve de racisme. La majorité des gens, cependant, a tendance à croire à la provocation des membres de gangs.
Une commission d'enquête sur le profilage racial demandée par des organisations populaires pourrait ouvrir la porte à tous les dérapages. Plutôt que d'organiser un psychodrame collectif autour d'un incident tragique mais encore isolé, Dieu merci, les responsables de tous bords seraient plus avisés de chercher la vérité et d'affirmer avec force que les racistes et les xénophobes ne peuvent être tolérés ni dans les corps policiers, ni parmi ceux qui se croient dans le décor de violence urbaine du cinéma d'aujourd'hui.
***
denbombardier@videotron.ca
Pour parler clairement, derrière ce triste épisode, les camps étaient déjà formés. Les adversaires irréductibles de la police, ceux qui blâment les policiers quelles que soient leurs interventions, trouvent ici justification à leur aveuglement, les membres militants des communautés culturelles y voient l'expression d'une forme de haine raciale, les xénophobes y trouvent leur compte et les idéologues de la lutte des classes confortent leur thèse de la nécessité de la révolution sociale.
En d'autres termes, les événements qui se sont déroulés dans un parc du quartier Montréal-Nord et le malaise politique qu'ils engendrent au gouvernement, dans l'appareil judiciaire et au sein des groupes de défense des droits des citoyens annoncent le psychodrame auquel personne n'échapperait si par malheur nos responsables déclenchaient une autre commission d'enquête tous azimuts.
A-t-on déjà oublié les audiences de la commission Bouchard-Taylor, dont les conclusions se sont évaporées au fil des mois et n'ont rien changé à une situation en partie fictive? La prise de position récente de la Fédération des femmes du Québec sur le voile et le tollé de protestions qu'elle a suscité démontre bien qu'on en est resté au point de départ, à savoir: Qu'est-ce que l'intégration? Qu'est-ce que l'identité québécoise?
À Montréal-Nord, depuis des décennies, on a pratiqué la tolérance molle si chère à notre culture de culpabilisés historiques. Des groupes de jeunes voyous, dont certains ont basculé sans hésitation dans la criminalité, ont peu à peu fait régner leur loi de caïds. Ils sont pauvres, certes, ils sont colorés, à l'évidence, ce sont des garçons (et quelques filles qu'ils ont soumises à leurs règles) élevés souvent dans le monde à haut risque de la monoparentalité. Ils ont peu à peu transformé leur peur et leur humiliation individuelle en une haine collective sous le regard inquiet, et à la pratique parfois discriminatoire, de ceux qui incarnent le pouvoir et la loi. L'autorité familiale, scolaire et sociale leur a fait défaut. Ces groupes n'ont plus peur de la loi et de la police.
Or, des groupes militants leur accordent avant même qu'ils ne passent à l'acte le statut de victimes, si bien qu'ils s'en réclament dès qu'on allume une caméra et qu'on ouvre un micro devant eux. Mais il existe à leur sujet une question en forme de réponse. Pourquoi la majorité des jeunes qui possèdent leur profil ne sont-ils pas des criminels? Au contraire, ne souhaitent-ils pas comme tous une vie meilleure que leur dure vie de départ?
Les Montréalais dans leur ensemble ont été peu incommodés par les frasques de Montréal-Nord et ont continué leur vie routinière dans leurs quartiers paisibles. Les autorités municipales — nous étonnons-nous? — ont fermé les yeux, selon ce principe si cher aux politiciens pusillanimes du temps qui fait bien les choses. Bien sûr, on se disait aussi que la police réglerait le problème.
Or la police, cet instrument de répression que se donne la société, n'a pas comme premier ni comme dernier objectif de régler les différends. Elle est là pour assurer la loi et l'ordre. Nos corps policiers sont à l'image de ce que nous sommes. Faut-il l'écrire? Le Québec n'est pas une société structurellement et institutionnellement raciste ou xénophobe. La police québécoise n'est pas raciste. Mais cela n'exclut pas que des racistes y sévissent. Il est faux et éminemment dangereux de crier haut et fort, à l'instar de certains de ces quartiers chauds, que la police tue les Noirs et les jeunes des minorités ethniques, comme on peut l'entendre dire dans la bouche de ces incendiaires devant qui les médias tendent trop complaisamment leurs micros.
Dans le cas qui a cristallisé les tensions, un garçon est mort d'une balle tirée par un membre des forces policières. Il faut comprendre ce qui s'est réellement passé et sévir si nécessaire. La famille de la victime ne croit plus à la justice. Cela peut se comprendre dans les circonstances. Mais y a-t-elle déjà cru? D'autres, peu importent les conclusions de l'enquête, demeureront convaincus que la police a failli à sa tâche, voire qu'elle a fait preuve de racisme. La majorité des gens, cependant, a tendance à croire à la provocation des membres de gangs.
Une commission d'enquête sur le profilage racial demandée par des organisations populaires pourrait ouvrir la porte à tous les dérapages. Plutôt que d'organiser un psychodrame collectif autour d'un incident tragique mais encore isolé, Dieu merci, les responsables de tous bords seraient plus avisés de chercher la vérité et d'affirmer avec force que les racistes et les xénophobes ne peuvent être tolérés ni dans les corps policiers, ni parmi ceux qui se croient dans le décor de violence urbaine du cinéma d'aujourd'hui.
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denbombardier@videotron.ca
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