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À la recherche d'un psychodrame

Denise Bombardier   30 mai 2009  Justice
La suspension de l'enquête du coroner par le juge Robert Sansfaçon afin de protéger le système judiciaire d'une politisation qui ne dit pas son nom donne une idée de ce que recouvre l'affaire Villanueva. Il existe en amont de cet événement tragique une situation qu'on a laissée se détériorer par absence de courage social, d'une part, et par préjugés de tous les côtés, d'autre part.

Pour parler clairement, derrière ce triste épisode, les camps étaient déjà formés. Les adversaires irréductibles de la police, ceux qui blâment les policiers quelles que soient leurs interventions, trouvent ici justification à leur aveuglement, les membres militants des communautés culturelles y voient l'expression d'une forme de haine raciale, les xénophobes y trouvent leur compte et les idéologues de la lutte des classes confortent leur thèse de la nécessité de la révolution sociale.

En d'autres termes, les événements qui se sont déroulés dans un parc du quartier Montréal-Nord et le malaise politique qu'ils engendrent au gouvernement, dans l'appareil judiciaire et au sein des groupes de défense des droits des citoyens annoncent le psychodrame auquel personne n'échapperait si par malheur nos responsables déclenchaient une autre commission d'enquête tous azimuts.

A-t-on déjà oublié les audiences de la commission Bouchard-Taylor, dont les conclusions se sont évaporées au fil des mois et n'ont rien changé à une situation en partie fictive? La prise de position récente de la Fédération des femmes du Québec sur le voile et le tollé de protestions qu'elle a suscité démontre bien qu'on en est resté au point de départ, à savoir: Qu'est-ce que l'intégration? Qu'est-ce que l'identité québécoise?

À Montréal-Nord, depuis des décennies, on a pratiqué la tolérance molle si chère à notre culture de culpabilisés historiques. Des groupes de jeunes voyous, dont certains ont basculé sans hésitation dans la criminalité, ont peu à peu fait régner leur loi de caïds. Ils sont pauvres, certes, ils sont colorés, à l'évidence, ce sont des garçons (et quelques filles qu'ils ont soumises à leurs règles) élevés souvent dans le monde à haut risque de la monoparentalité. Ils ont peu à peu transformé leur peur et leur humiliation individuelle en une haine collective sous le regard inquiet, et à la pratique parfois discriminatoire, de ceux qui incarnent le pouvoir et la loi. L'autorité familiale, scolaire et sociale leur a fait défaut. Ces groupes n'ont plus peur de la loi et de la police.

Or, des groupes militants leur accordent avant même qu'ils ne passent à l'acte le statut de victimes, si bien qu'ils s'en réclament dès qu'on allume une caméra et qu'on ouvre un micro devant eux. Mais il existe à leur sujet une question en forme de réponse. Pourquoi la majorité des jeunes qui possèdent leur profil ne sont-ils pas des criminels? Au contraire, ne souhaitent-ils pas comme tous une vie meilleure que leur dure vie de départ?

Les Montréalais dans leur ensemble ont été peu incommodés par les frasques de Montréal-Nord et ont continué leur vie routinière dans leurs quartiers paisibles. Les autorités municipales — nous étonnons-nous? — ont fermé les yeux, selon ce principe si cher aux politiciens pusillanimes du temps qui fait bien les choses. Bien sûr, on se disait aussi que la police réglerait le problème.

Or la police, cet instrument de répression que se donne la société, n'a pas comme premier ni comme dernier objectif de régler les différends. Elle est là pour assurer la loi et l'ordre. Nos corps policiers sont à l'image de ce que nous sommes. Faut-il l'écrire? Le Québec n'est pas une société structurellement et institutionnellement raciste ou xénophobe. La police québécoise n'est pas raciste. Mais cela n'exclut pas que des racistes y sévissent. Il est faux et éminemment dangereux de crier haut et fort, à l'instar de certains de ces quartiers chauds, que la police tue les Noirs et les jeunes des minorités ethniques, comme on peut l'entendre dire dans la bouche de ces incendiaires devant qui les médias tendent trop complaisamment leurs micros.

Dans le cas qui a cristallisé les tensions, un garçon est mort d'une balle tirée par un membre des forces policières. Il faut comprendre ce qui s'est réellement passé et sévir si nécessaire. La famille de la victime ne croit plus à la justice. Cela peut se comprendre dans les circonstances. Mais y a-t-elle déjà cru? D'autres, peu importent les conclusions de l'enquête, demeureront convaincus que la police a failli à sa tâche, voire qu'elle a fait preuve de racisme. La majorité des gens, cependant, a tendance à croire à la provocation des membres de gangs.

Une commission d'enquête sur le profilage racial demandée par des organisations populaires pourrait ouvrir la porte à tous les dérapages. Plutôt que d'organiser un psychodrame collectif autour d'un incident tragique mais encore isolé, Dieu merci, les responsables de tous bords seraient plus avisés de chercher la vérité et d'affirmer avec force que les racistes et les xénophobes ne peuvent être tolérés ni dans les corps policiers, ni parmi ceux qui se croient dans le décor de violence urbaine du cinéma d'aujourd'hui.

***

denbombardier@videotron.ca






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  • Jacques Lalonde
    Abonné
    samedi 30 mai 2009 09h59
    Votre chronique : un faisceau de questions pertinentes
    « Dans votre chronique vous dépassez le stade des affirmations simplificatrices et vous présentez un faisceau de questions qui doivent faire l'objet d'une réflexion soutenue. Vous avez bien raison d'écrire que tout n'est pas réglé depuis le rapport Bouchard-Taylor et que les questions majeures sur l'identité québécoise et l'intégration méritent d'être reprises. Je souhaiterais pour ma part que les parents et les profs amorcent des discussions sur les questions et principes que pose votre chronique. Il y a là une matière apte à nourrir des programmes de cours de sociologie et de service social et à alimenter des échanges autour de la table de cuisine.

    Jacques Lalonde
    Gatineau
    jlalonde@ca.inter.net »

  • Michel Samson
    Abonné
    samedi 30 mai 2009 11h55
    On ne vous fera pas gober n'importe quoi !
    « Votre chronique démontre une excellente saisie des réalités complexes autant que des enjeux de cette enquête qui est en voie de devenir le cirque que plusieurs avaient prédit.

    Il est maintenant difficile d'imaginer que nous saurons vraiment comment l'événement s'est déroulé et qui a fait quoi sinon que par ce qui en a été relaté dès les premiers moments : une tentative d'arrestation qui tourne mal d'un petit bandit pour lequel un mandat avait été émis, contrée par un groupe d'ados copains du dit héros délinquant.

    Quant au reste, cela fait maintenant partie du dit cirque plutôt manichéen : racisme, profilage, méchante police, bons et gentils délinquants, bons et gentils non-délinquants, méchant ministre, exclusion sociale justifiant tout, outrage, outrage, outrage... Quant au respect de la loi et de ceux que l'on mandate à l'appliquer, on repassera.

    Ajoutez quelques avocats et quelques groupes de pression à cette sauce déjà épaisse et on en parlera encore dans une décennie.

    Si le multiculturalime mène à ce genre de réalité sociale, il serait peut-être temps d'en revoir les avantages allégués parce qu'il n'est vraiment pas utile d'importer chez soi des situations, des comportements et des attitudes qui n'existaient qu'à l'état larvaire dans un passé encore récent. J'en reste là pour l'instant.

    Merci de votre excellente réflexion, Mme Bombardier, et je vous souhaite le meilleur des étés pour que vous nous reveniez en pleine forme à l'automne. »

  • Jacques Baril
    Inscrit
    samedi 30 mai 2009 12h40
    Coaction, probabilisme et des «accommodements raisonnables» à venir tant qu'à y être. Pffft!
    « « Ainsi, la plupart des mauvaises actions des hommes sont venues au-devant d'eux, déguisées sous la forme spécieuse de la nécessité; puis, la mauvaise action commise dans un moment d'exaltation, de crainte, de délire, on voit qu'on aurait pu passer auprès d'elle en l'évitant. Le moyen qu'il eut été bon d'employer, qu'on n'a pas vu, aveugle qu'on était, se présente à vos yeux facile et simple; vous vous dîtes: comment n'ai-je pas fait ceci au lieu de faire cela ? » Alexandre Dumas

    Je me reprends la lecture de «Ainsi parlait (parla (!)) Zarathoustra» de qui vous savez.

    Méchante suite à venir... »

  • Gilles Martin
    Inscrit
    samedi 30 mai 2009 13h02
    les psychodrames de la société québecoise
    « qu'il est rafraichissant de lire une telle chronique,un samedi matin. Le manque de leadership de nos dirigeants, leur mollesse à défendre ce que je qualifierais du gros bon sens nous pousse à nous tourner vers les penseurs populaires que sont devenus les journalistes.Madame Bombardier par ses opinions tranchées et sa rigueur nous éclaire grandement.Le Devoir se doit de garder de tels collaborateurs. »

  • Rodrigue Tremblay
    Inscrit
    samedi 30 mai 2009 16h46
    C'est votre meilleur texte à vie
    « En tout cas on va l'encadrer »

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    samedi 30 mai 2009 17h04
    Mais oui, une commission d'enquête sur les parents....
    « Ce sont les méthodes d'éducation des parents de Montréal-nord qu'il faudrait questionner aux lieux des méthodes d'intervention de la police. »

  • Pierrot7
    Abonné
    samedi 30 mai 2009 19h37
    Jouer à l'autruche.
    « Quelle belle naïveté : la police québécoise pas raciste? Les CRS à Paris non plus, pardi! »

  • Patrick Lépine
    Inscrit
    samedi 30 mai 2009 21h56
    J'ai lu quelque part qu'il manquait toujours une constitution au Québec...
    « Et que ses lois... Enfin vous voyez ce que je veut dire... Et pendant ce temps, nous ne cessons d'inviter des immigrants sous la fausse représentation de les accueillir au "Canada". Il est possible que ça cause quelques problèmes, ces petits manquements à l'éthique. Un commissaire règlerait-il la chose? Non puisqu'il ne peut que "constater" l'irrégularité. Vous parlez de psychodrame, alors qu'il est manifeste qu'il faille une révolution pour corriger les choses. La classe politique entière du Québec ne veut prendre ses responsabilités, elle "réclame" donc une révolution en bonne et dûe forme. Sachons donc qui passer à la moulinette, et tâchons de ne point refaire leurs erreurs. À moins que vous n'ayez des trucs pour donner du "courage" et des couilles aux politiciens...

    Voici ce qui est inquiètant, les trois points qui ne figurent pas comme lignes directrices des politiques québecoises: -La langue française
    -la religion catholique
    -le respect de la mémoire de nos aïeux »

  • Emile Salem
    Inscrit
    dimanche 31 mai 2009 00h15
    La haine attire la haine...
    « Il faut bien qu'ils se prouvent d'une façon ou d'une autre les ti-gars de montréal-nord, à mariner dans le marasme social 7/7... De l'autre côté, difficile de pas faire de profilage racial quand toute la communauté s'habille et se comporte de la même façon, selon l'édit du néo-gangstérisme, le G-Unit et toutes les autres contagions... fier de venir du "ghetto", parce que c'est la mode depuis que t'es né, tout le monde trouve ça cool autour de toi de "niquer la police". Mais ce qui compte c'est pas la chute... »

  • Jasette
    Abonné
    dimanche 31 mai 2009 08h46
    J'inviterais tous les partis à baisser leurs boucliers, au nom de l'équité sociale.
    « Madame, permettez-moi de prendre sur moi le temps de vous répondre. D'abord, le psychodrame, il est déjà là. Il s'est installé à pas feutrés à mesure que ces évènements et la façon de les traiter ont eu lieu. Une société qui se veut équitable pour tout le monde devrait tout faire pour corriger ce qui semble ne pas aller de soi.

    Je ne me permettrais pas de juger, comme vous, ni un parti ni l'autre. Tout ce que je peux dire, c'est qu'il y a eu des irrégularités dans tout ça. Sinon, si tous s'est passé dans les règles de l'art dans la façon de mener cette enquête, il y aurait tout lieu d'améliorer les rouages du système quand arrive ce genre d'évènement, au nom de l'équité.

    Tout le monde a droit à un peu de considération, indépendamment du milieu dans lequel les gens vivent. Je terminerai par la citation d'un auteur: «Tout ce qu'il faut pour que le mal triomphe, c'est que les braves gens ne fassent rien.» (Simon Leys) S'il y a des choses à revoir ou des principes à améliorer, il s'agit de le faire en toute transparence.

    jm »

  • Michel Savard
    Inscrit
    dimanche 31 mai 2009 13h33
    Excellente réflexion, madame Bombardier !
    « Aucun journaliste au Québec n'a pu analyser mieux que vous tous les aspects rattachés à cet événement tragique de Montréal-Nord ! »

  • henri gabrysz
    Inscrit
    dimanche 31 mai 2009 17h29
    monrial-nord=Watts
    « les flics devront être condamnés sinon c'est Watts revisited, les pires émeutes que monrial n'aura jamais connues et ce n'est que le début... on peut même dire qu'il y a une sorte d'Internationale, ou plutôt d'Interaméricaine , un rassemblement Latino-Negro... »

  • Jean Pageau
    Abonné
    mardi 2 juin 2009 19h57
    Étranger dérange
    « Pour débuté MDE BOMBARDIER laffaire VILLLANUEVA EST UNE BIEN TRISTE HISTOIRE UN JEUNE HOMME AU SEUIL DE SA VIE TUÉ D UNE BALLE D UN PISTOLET A18 POUCES SOIT DE LA TETE OU DU COEUR SI PRES ET POURTANT SI LOIN DE L AUTRE JE VIS EN GASPÉSIE DE DIX ANS ET DES CHEVEUX QUI BLACHISSENT A D OEIL COMME LE CHANTE SI BIEN CHARLEBOIS JE SUIS REVENU A MONTRÉAL LE CENTRE VILLE EST MÉCONNAISABLE J AVAIS MA CASQUETTE DE MONCTON COIN STE CATHERINE et saint DENIS je dirige vers l ouest qu est ce que je vois une gang de paumés de grottés qui bum de l argent avec ma casquette de MONCTON JAI L AIR d un DINAUSORE sortit MONCTON BEACH j ai t y hate d arrivée a la PLACE DES ART PIS CETTE LA A VEUX DE L ARGENT PAS DES TRENTES SOUS DÉ PIASTRES LES CHEVEUX toute raide pis chiens aussi agressifsque ces grottés aie le centre ville n est plus ce que j avais connu en 1985 comme intervenant ce n était plus des robineux mais des jeunes hommes et des jeunes filles paumés quetant sur la STE CATHERINE le monde a changé pour le pire et ces cette jeunesse éduquer dans c est édifice béton en ciment armé aux classes ouvertes non sur le monde mais sur le béton comme des prison MDE BONBARDIER LA POLYVALENTE DE LONGUEIL EST UN DECES dYNAUSORE PARDONNEZ MOI CES FAUTES DE FRANCAIS UN CERTAIN MR ST AMOUR A DEMANDÉ A LA DIRECTION DU devoir COM DE M INTERDIRE FAUT LE FAIRE J AVAIS L IMPRESSION DE REVENIR A LA PÉRIODE DE LA GRANDE NOIRCEUR VOTRE ARTICLE EST FORT PERTINENT POUR TERMINER JE TROUVE QUE VOUS JUGEZ BIEN SÉVÉREMENT LES MAMAN MONO PARENTALE POUR CE QUI EST DES POLICIERS PORTER UNE ARME A LA CEINTURE IL FAUT AVOIR UN MINIMUN DE JUGEMENT LE GROS BON SENS LE DÉMONTRE UNE DE JEUNES ON DIT PLUS D UNE QUINZAINE EN PLUS LE POLICIER AVAIT UN MANDAT CONTRE LE CAID DE LA GANG TOUT EST EXPLOSIF C EST UNE BAVURE UN MANQUE DE JUGEMENT EN DANS UN PARCJEANPAGEAU2@GLOBETROTTER NET »

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