Le défendeur ira en appel - Coupable de génocide
Désiré Munyaneza devient le premier accusé condamné en vertu de la Loi sur les crimes contre l'humanité
Photo : Agence France-Presse
Mai 2003: plus de 22 000 Rwandais soupçonnés d’avoir participé au génocide de 1994 sont libérés après avoir passé plusieurs années en prison et après avoir participé à un «stage de rééducation» d’une durée de trois mois. Hier, Désir
Désiré Munyaneza a été reconnu coupable de sept accusations de crimes de guerre, de génocide et de crimes contre l'humanité. Une première au Canada que cette plongée de la justice dans l'indicible horreur du Rwanda.
Violeur en série. Tueur d'enfants. Responsable de la traque assassine des Tutsi de la préfecture de Butare. Criminel de guerre. Génocidaire.
Désiré Munyaneza occupe depuis hier une sombre place dans les annales judiciaires canadiennes. Le ressortissant rwandais de 42 ans est devenu le premier homme reconnu coupable de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocide en vertu d'une loi fédérale adoptée en 2000 afin de lutter contre l'impunité dont bénéficiaient les criminels de guerre expatriés.
Le procès de Désiré Munyaneza a coûté 1,6 million aux contribuables, il a nécessité l'audition de 66 témoins en 19 mois sur trois continents, le bras de la justice passant par Montréal, Paris, Kigali et même par Dar es-Salaam. Après cinq mois de délibéré, le juge de la Cour supérieure André Denis a accouché d'un jugement sans équivoque de 200 pages, plus une annexe confidentielle de 350 pages sur les nombreux témoignages rendus à huis clos. Le juge a cru, sur l'essentiel, les survivants et les témoins directs du génocide qui ont défilé sous ses yeux pour raconter l'horrible carnage qui a amputé le Rwanda de quelque 800 000 citoyens, principalement des Tutsi, entre les mois d'avril et juillet 1994.
Son jugement s'ouvre sur une citation émouvante d'un survivant du génocide — «Même si je me taisais, l'air, la terre et le vent hurleraient ce qui s'est passé au Rwanda» —, pour se conclure sur un constat brutal. «La preuve démontre hors de tout raisonnable que l'accusé a participé à la traque des Tutsi, écrit le juge Denis. Désiré Munyaneza a été à l'avant-scène du mouvement génocidaire.»
Avec ce jugement, Désiré Munyaneza est à ranger dans la catégorie des pires bourreaux de l'Histoire. Issu d'une famille de notables de Butare, le jeune d'origine hutu était l'un des principaux responsables des milices interahamwe, chargées de repérer et de tuer les membres de la minorité tutsi, lors du massacre de 1994. Le juge Denis le perçoit comme l'exécutant d'un projet soutenu par le gouvernement, l'armée et la société civile pour anéantir les Tutsi.
Vêtu d'une chemise militaire, portant armes et grenades, Munyaneza a amené dans sa camionnette des dizaines de personnes qui n'ont jamais été revues vivantes. Il était «l'un des dirigeants de la chasse aux Tutsi à Butare», selon les dires du témoin RCW-11 (la plupart des témoins ont bénéficié de l'anonymat). Plusieurs témoins ont vu Désiré Munyaneza tuer sous leurs yeux, notamment «des enfants enfermés dans des sacs», selon C-20, ou encore des centaines de réfugiés entassés dans une église. Les femmes étaient ses récompenses. Il les séquestrait et les violait à répétition quand il ne les traitait pas de vermines.
Le juge Denis a prêté foi aux témoins de la Couronne, à qui il a accordé une pertinence et une crédibilité supérieures à ceux de la défense. «La plupart des témoins de la défense n'ont pas vu l'accusé pendant le génocide. À en croire plusieurs, il n'y a eu ni viols, ni meurtres, ni cadavres à Butare. De fait, il n'y a pas eu de génocide», a-t-il illustré. Le juge concède l'existence de contradictions mineures de la part de certains témoins, mais il les a mises de côté étant donnée la blessure «immense, actuelle, insupportable et indélébile» que transportent les bourreaux et les victimes confondus.
Un appel en vue
Assis dans le box des accusés, Munyaneza se cachait le visage dans ses mains tachées de sang à la lecture du verdict, pendant que sa femme et sa soeur retenaient leurs larmes dans la salle d'audience bondée. Il restera en prison jusqu'aux audiences en détermination de la peine, en septembre prochain. Il risque la prison à vie.
Ses avocats ont clairement indiqué qu'ils porteront le verdict en appel. «Je suis surpris que le juge n'ait cru aucun témoin de la défense et qu'il ait cru tous les témoins de la Couronne, a commenté Richard Perras. À mon avis, la preuve ne justifiait pas une condamnation.» Sa collègue, Mylène Dimiti, partage sa consternation, d'autant plus que certains témoins ont livré des versions totalement différentes d'un même événement. «C'est étonnant que le juge ait cru les deux versions», a-t-elle dit.
À l'inverse, la Couronne jubilait, surtout qu'il était très difficile de tenir au Canada un procès pour des événements remontant à 1994, avec la quasi-totalité des témoins provenant de l'extérieur du pays et ne parlant que le kinyarwanda. «Le fait même que ce procès ait eu lieu, considérant l'ensemble de ces éléments, indique à quel point sont prises au sérieux la lutte contre l'impunité et l'importance d'appliquer la loi», a commenté Pascale Ledoux, l'un des trois procureurs fédéraux avec Richard Roy et Alexis Gauthier.
Violeur en série. Tueur d'enfants. Responsable de la traque assassine des Tutsi de la préfecture de Butare. Criminel de guerre. Génocidaire.
Désiré Munyaneza occupe depuis hier une sombre place dans les annales judiciaires canadiennes. Le ressortissant rwandais de 42 ans est devenu le premier homme reconnu coupable de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocide en vertu d'une loi fédérale adoptée en 2000 afin de lutter contre l'impunité dont bénéficiaient les criminels de guerre expatriés.
Le procès de Désiré Munyaneza a coûté 1,6 million aux contribuables, il a nécessité l'audition de 66 témoins en 19 mois sur trois continents, le bras de la justice passant par Montréal, Paris, Kigali et même par Dar es-Salaam. Après cinq mois de délibéré, le juge de la Cour supérieure André Denis a accouché d'un jugement sans équivoque de 200 pages, plus une annexe confidentielle de 350 pages sur les nombreux témoignages rendus à huis clos. Le juge a cru, sur l'essentiel, les survivants et les témoins directs du génocide qui ont défilé sous ses yeux pour raconter l'horrible carnage qui a amputé le Rwanda de quelque 800 000 citoyens, principalement des Tutsi, entre les mois d'avril et juillet 1994.
Son jugement s'ouvre sur une citation émouvante d'un survivant du génocide — «Même si je me taisais, l'air, la terre et le vent hurleraient ce qui s'est passé au Rwanda» —, pour se conclure sur un constat brutal. «La preuve démontre hors de tout raisonnable que l'accusé a participé à la traque des Tutsi, écrit le juge Denis. Désiré Munyaneza a été à l'avant-scène du mouvement génocidaire.»
Avec ce jugement, Désiré Munyaneza est à ranger dans la catégorie des pires bourreaux de l'Histoire. Issu d'une famille de notables de Butare, le jeune d'origine hutu était l'un des principaux responsables des milices interahamwe, chargées de repérer et de tuer les membres de la minorité tutsi, lors du massacre de 1994. Le juge Denis le perçoit comme l'exécutant d'un projet soutenu par le gouvernement, l'armée et la société civile pour anéantir les Tutsi.
Vêtu d'une chemise militaire, portant armes et grenades, Munyaneza a amené dans sa camionnette des dizaines de personnes qui n'ont jamais été revues vivantes. Il était «l'un des dirigeants de la chasse aux Tutsi à Butare», selon les dires du témoin RCW-11 (la plupart des témoins ont bénéficié de l'anonymat). Plusieurs témoins ont vu Désiré Munyaneza tuer sous leurs yeux, notamment «des enfants enfermés dans des sacs», selon C-20, ou encore des centaines de réfugiés entassés dans une église. Les femmes étaient ses récompenses. Il les séquestrait et les violait à répétition quand il ne les traitait pas de vermines.
Le juge Denis a prêté foi aux témoins de la Couronne, à qui il a accordé une pertinence et une crédibilité supérieures à ceux de la défense. «La plupart des témoins de la défense n'ont pas vu l'accusé pendant le génocide. À en croire plusieurs, il n'y a eu ni viols, ni meurtres, ni cadavres à Butare. De fait, il n'y a pas eu de génocide», a-t-il illustré. Le juge concède l'existence de contradictions mineures de la part de certains témoins, mais il les a mises de côté étant donnée la blessure «immense, actuelle, insupportable et indélébile» que transportent les bourreaux et les victimes confondus.
Un appel en vue
Assis dans le box des accusés, Munyaneza se cachait le visage dans ses mains tachées de sang à la lecture du verdict, pendant que sa femme et sa soeur retenaient leurs larmes dans la salle d'audience bondée. Il restera en prison jusqu'aux audiences en détermination de la peine, en septembre prochain. Il risque la prison à vie.
Ses avocats ont clairement indiqué qu'ils porteront le verdict en appel. «Je suis surpris que le juge n'ait cru aucun témoin de la défense et qu'il ait cru tous les témoins de la Couronne, a commenté Richard Perras. À mon avis, la preuve ne justifiait pas une condamnation.» Sa collègue, Mylène Dimiti, partage sa consternation, d'autant plus que certains témoins ont livré des versions totalement différentes d'un même événement. «C'est étonnant que le juge ait cru les deux versions», a-t-elle dit.
À l'inverse, la Couronne jubilait, surtout qu'il était très difficile de tenir au Canada un procès pour des événements remontant à 1994, avec la quasi-totalité des témoins provenant de l'extérieur du pays et ne parlant que le kinyarwanda. «Le fait même que ce procès ait eu lieu, considérant l'ensemble de ces éléments, indique à quel point sont prises au sérieux la lutte contre l'impunité et l'importance d'appliquer la loi», a commenté Pascale Ledoux, l'un des trois procureurs fédéraux avec Richard Roy et Alexis Gauthier.
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