mardi 7 février 2012 Dernière mise à jour 00h12
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Poursuites abusives: la loi québécoise s'étendra aux causes pendantes

Louis-Gilles Francoeur   8 avril 2009  Justice
La ministre de la Justice, Kathleen Weil, a déposé hier à Québec un projet de loi contre les poursuites abusives.
Photo : Jacques Nadeau
La ministre de la Justice, Kathleen Weil, a déposé hier à Québec un projet de loi contre les poursuites abusives.
Le Québec sera la première province canadienne à se doter d'une loi contre les poursuites abusives. Le projet de loi déposé hier ressemble à une première mouture qui était morte au feuilleton, mais il comporte une importante nouveauté.

La nouvelle version du projet de loi contre les poursuites abusives, déposée hier à l'Assemblée nationale par la ministre de la Justice, Kathleen Weil, s'appliquera aux causes pendantes devant les tribunaux, soit aux deux poursuites intentées contre Écosociété et des citoyens de Cantley dans l'Outaouais.

Ces deux poursuites sont d'ailleurs fort susceptibles de devenir les causes-types qui vont permettre de vérifier l'efficacité de cette future loi, qui a l'appui de tous les partis représentés à l'Assemblée nationale.

Le projet de loi 9 n'est pas très différent de celui qui est mort au feuilleton lors du déclenchement des dernières élections, après avoir été examiné en commission parlementaire.

Le principal changement réside dans le fait que les nouvelles règles introduites dans le Code de procédure civile s'appliqueront notamment aux causes pendantes devant les tribunaux et, donc, intentées avant l'adoption de la loi.

Cette ouverture est cependant limitée de deux façons. D'abord, la nouvelle loi ne pourra être invoquée au titre des mesures préliminaires, ce qui va de soi puisque les procès sont déjà amorcés. De plus, les futures règles qui prévoient le versement de dommages-intérêts par les administrateurs de société ayant intenté des procédures vexatoires ou quérulentes ne permettront pas aux magistrats d'obliger les administrateurs des sociétés à l'origine des causes pendantes à effectuer personnellement un tel versement. Ces règles s'appliqueront uniquement aux futures poursuites déclarées abusives.

La deuxième nouveauté du projet de loi réside dans le fait que les victimes de poursuites abusives devront simplement «établir sommairement» que l'action en justice ou l'acte de procédure peut constituer un abus.

Selon la ministre de la Justice, ce projet de loi permet aussi aux tribunaux de rendre des décisions rapides sur l'irrecevabilité des procédures abusives et, en cas d'abus «sommairement établi», il renverse le fardeau de la preuve contre le poursuivant. Il permet aussi aux tribunaux d'imposer au poursuivant le versement d'une provision pour frais à sa victime pour l'aider à se défendre et de condamner le poursuivant abusif au paiement d'honoraires et de débours extrajudiciaires ainsi que de dommages punitifs.

Présentement, deux poursuites pendantes au Québec pourraient se qualifier en vertu de la nouvelle loi. La petite maison d'édition Écosociété est poursuivie par la minière internationale Barrick Gold pour avoir publié Noir Canada, un livre qui brosse un portrait impitoyable des pratiques du secteur minier canadien à l'étranger. Aux six millions que réclame Barrick Gold s'ajoutent cinq autres millions récemment réclamés par une autre minière, Banro, qui veut traîner Écosociété devant les tribunaux ontariens pour un livre publiée au Québec et en français.

En Outaouais, Christine Landry et Serge Galipeau, deux citoyens de Cantley, sont aussi poursuivis pour 1,2 million par les propriétaires d'un site d'enfouissement de matériaux secs locaux, dont ils ont dénoncé publiquement les impacts sur leur milieu. Devant les dérogations du site aux normes et règles en vigueur, Québec a ordonné sa fermeture.

Selon Anne-Marie Voisard, d'Écosociété, le projet de loi a le grand mérite d'être le premier au Canada à tenter de neutraliser les poursuites abusives. Mais pas les poursuites-bâillons, dit-elle, ce qui pourrait être accordé sur le simple constat que des citoyens sont muselés dans un débat public par une poursuite qui leur impose un trop lourd fardeau financier.

La grande faiblesse de ce projet de loi, dit-elle, demeure l'absence d'un fonds d'aide aux personnes ciblées par des recours abusifs. Ce pourrait être un fonds autonome ou, par exemple, un rattachement des poursuites abusives au fonds qui finance les recours collectifs puisqu'il y a plusieurs similitudes procédurales entre les deux types de dossiers.

Certes, reconnaît Mme Voisard, avec le projet de loi, un juge pourrait aller jusqu'à obliger celui qui poursuit à avancer une partie de l'argent nécessaire à la défense de sa victime. Mais les exigences à cette fin sont imposantes pour celui qui est poursuivi, car il devra démontrer l'intention malveillante à toutes fins utiles, ce qui est très difficile. Il faut donc que Québec élargisse les critères qui vont permettre de qualifier une cause d'abusive pour que la loi soit efficace. Il faudrait aussi, dit-elle, prévoir un mécanisme de révision pour que, comme aux États-Unis, une telle loi soit cycliquement ajustée selon l'évolution de son application devant les tribunaux.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • victoriavilleman
    Inscrit
    mercredi 8 avril 2009 01h22
    Projet de loi contre les poursuites abusives
    Bravo, oui Bravo pour le courrage politique de poursuivre le projet de loi qui était mort dans l'oeuf.

    Les citoyensNEs ne sauront que bénéficier d'une telle loi, laquelle assurera que l'intimidation par les poursuites soit restreinte et qu'indirectement la démocratie et droits constitutionaux sont respecter.

    Nous aurons ici une meilleure égalité des forces.

  • Serge Beauchemin
    Abonné
    mercredi 8 avril 2009 06h24
    C'est un bon début...
    Espérance que cette loi aura les dents nécessaires pour arrêter à toutes fins pratiques les poursuites abusives et poursuites-bâillons. L'appui populaire des citoyens fera la différence.

  • lise jacques
    Abonnée
    mercredi 8 avril 2009 08h12
    C'est bien parti...
    C'est bien parti mais ça doit continuer d'évoluer pour aider complètement les simples citoyens qui dénoncent ces faits. J'ajouterais que les compagnies qui poursuivent ceux qui les dénoncent devraient payer tous les frais si les accusations se sont révélées justes. Comment peut-on accepter que des compagnies agissent mal c'est-à-dire au détriment du bien-être de la société et lorsque des citoyens honnêtes révèlent leurs méfaits ces mêmes citoyens sont accusés par ces compagnies. C'est le monde à l'envers!

    Les citoyens doivent en effet être totalement protégés car ils agissent pour le bien commun en dénonçant ces faits.
    Bravo pour le Québec qui est sur la bonne voie!

  • André Michaud
    Inscrit
    mercredi 8 avril 2009 08h36
    Vs Chialeux antisociaux
    Il faut une loi pour nous protéger des chialeux antisociaux atteint du symptome "pas dans ma cour"...qui tente d'encombrer nos tribunaux avec des causes "farfelues"..

    Cependant l'opinion populaire peut faire beaucoup contre ces antisociaux. À Québec environ 8 personnes voulaient empêcher le Red Bull Crashed Ice. La population sous l'invitation du 93.3 et du maire Labeaume a fait un blitz pour acheter du Red Bull, un beau mouvement populaire qui a fait taire les adeptes du "pas dans ma cour".Moi même qui déteste ce produit, j'en ai acheté une cannette pour faire taire les chialeux antisociaux.La désaprobation populaire est donc le meilleur outil contre les chialeux antisociaux.Et que les média arrêtent d'être leur haut parleur, de grâce!!

    Certaines personnes ne veulent pas à côté de chez-eux, ni garderies, ni centres pour personnes âgées...certaines se plaignent que construire un édifice nuirait à LEUR vue, Certains sont contre les barrages hydo-électriques, contre le nucléaire, trouvent les éoliennes trop bruyantes, sont contre le gaz naturel....mais veulent consommer de l'électricité chaque jour et sans en manquer!!!!

  • Stéphanie LeBlanc
    Inscrite
    mercredi 8 avril 2009 10h19
    M. Michaud, il y a malentendu...
    André Michaud, on ne parle pas ici de "chiâleux" qui intentent des poursuites farfelues contre des projets, on parle de citoyens et d'organismes à but non lucratif qui sont poursuivis par de riches compagnies pour avoir "osé" critiqué leurs agissements!

    Ces compagnies savent qu'elles n'ont pas de cause, ce n'est pas le but de l'exercice. Leur véritable but de ces poursuites-baîllons est de museler l'opinion publique en étouffant sous les frais judiciaires des gens qui ne peuvent se payer une armée d'avocats pour défendre leurs droits. Même si les personne et ces organismes poursuivis gagnent leur cause, ces gens sont quand même ruinés puisqu'ils n'obtiennent aucun remboursement de leurs frais judiciaires. Par la suite, ils n'osent plus critiquer quoi que ce soit, de peur d'une nouvelle poursuite.

    Les deux citoyens de Cantley dénonçaient un site d'enfouissement qui ne répondait pas aux normes et dont Québec a ordonné la fermeture. Leurs arguments étaient puisés à même des documents publics ou obtenus en vertu de la Loi sur l'accès à l'information. Ils ont été poursuivis pour avoir exercé leur liberté d'expression!

    Je ne veux pas d'un monde ou la liberté se paie!

  • Simon Blais
    Inscrit
    mercredi 8 avril 2009 10h38
    @ André Michaud
    Je ne comprend pas vraiment le sens de votre intervention avec le sujet. En fait, vous êtes complètement en dehors de la « track » monsieur.

    Écosociété publie un livre dont les références sont incontestables. Ce livre démontre hors de tout doute que la compagnie minière ciblée exploite outrageusement les travailleurs africains. Ce continent a assez souffert et souffre encore assez trop pour que des occidentaux égocentriques comme vous continuez d'encourager l'exploitation.

    Dans ce cas, les antisociaux ne sont pas Écosociété ou des citoyens de Cantley, mais bien ceux qui refusent le dialogue et imposent des poursuites punitives à ceux qui veulent dire la vérité pour améliorer les relations de nos sacro-saintes compagnies capitalistes.

    Vous êtes le genre d'imbéciles individualistes qui appuyez la liberté d'expression à la CHOI, mais qui refusez la liberté d'expression des gens de la gauche qui défendent des causes. C'est royalement ridicule.

  • Fernand Trudel
    Abonné
    mercredi 8 avril 2009 10h40
    Les opposants à Rabaska sont-ils inclus
    L'abus écologique des opposabçnts à Rabaska sera t'il considéré comme des pooursuites abusives et de l'acharnement ?

    Les opposants à Rabaska sont-ils inclus dans cette loi ???

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    mercredi 8 avril 2009 11h04
    Les poursuites abusives
    Une loi semblable devrait être promulguée également pour les poursuites abusives au criminel.Je pense ici aux poursuites d'élèves contre leurs enseignants pour voies de fait insignifiantes ou pour allégations d'agressions sexuelles complètement fausses.

  • Jacques Morissette
    Abonné
    mercredi 8 avril 2009 12h14
    Un pas dans la bonne direction que cette loi contre les poursuites abusives.
    C'est encourageant pour ceux qui agissent dans l'intérêt de la communauté en dénonçant les aberrations de certains qui agissent en aveugle au détriment de toute notre société.

    Jacques Morissette (Montréal)

  • Marc-André Dupont
    Abonné
    mercredi 8 avril 2009 14h32
    Il est trop tard pour les opposants au projet Rabaska
    @ Fernand Trudel Voici la reponse a votre question

    Projet Rabaska : L'argent est le nerf de la guerre
    mar. 31 juillet 2007 - 15:33


    Par Yves Gagné


    Source : Radio-Canada.ca

    Les principaux opposants au projet Rabaska ont accepté de se taire pour éviter des frais judiciaires.

    Ces derniers avaient intenté une action, en Cour supérieure, contre Rabaska et la Ville de Lévis, en septembre 2006, invoquant que le projet de port méthanier allait à l'encontre d'un règlement de zonage de la Ville.

    Toutefois, certains imprévus survenus au cours du procès ont eu pour effet de gonfler les frais judiciaires des poursuivants. Le montant de la facture est alors devenu beaucoup trop élevé pour les 93 citoyens qui formaient cette coalition. De telle sorte qu'ils ont dû abandonner la poursuite.

    Or, il est dit que le parti qui met subitement fin à un procès doit acquitter des frais de désistement de l'ordre de 50 000 $.

    C'est alors qu'une entente hors cour est intervenue. Rabaska s'engageait à payer la facture, en retour les opposants devaient renoncer à leur droit de contester la légalité des décisions, de la Ville et des promoteurs, concernant le plan de zonage.

    Acculés au pied du mur, les opposants ont dû se résigner et signer ce règlement hors cour.

  • P. Boutet
    Abonné
    mercredi 8 avril 2009 14h53
    Monsieur André Michaud
    Monsieur Michaud

    Et si ça avait été dans votre cours?

    Auriez-vous accepté que le Red Bull Crashed Ice se tienne dans la rue devant chez vous et bloque celle-ci pendant un mois?

    Simple question pour sonder votre niveau de sociabilité!

    --------------------------------------------------

    Il faut une loi pour nous protéger des chialeux antisociaux atteint du symptome "pas dans ma cour"...qui tente d'encombrer nos tribunaux avec des causes "farfelues"..

    Cependant l'opinion populaire peut faire beaucoup contre ces antisociaux. À Québec environ 8 personnes voulaient empêcher le Red Bull Crashed Ice. La population sous l'invitation du 93.3 et du maire Labeaume a fait un blitz pour acheter du Red Bull, un beau mouvement populaire qui a fait taire les adeptes du "pas dans ma cour".Moi même qui déteste ce produit, j'en ai acheté une cannette pour faire taire les chialeux antisociaux.La désaprobation populaire est donc le meilleur outil contre les chialeux antisociaux.Et que les média arrêtent d'être leur haut parleur, de grâce!!

    Certaines personnes ne veulent pas à côté de chez-eux, ni garderies, ni centres pour personnes âgées...certaines se plaignent que construire un édifice nuirait à LEUR vue, Certains sont contre les barrages hydo-électriques, contre le nucléaire, trouvent les éoliennes trop bruyantes, sont contre le gaz naturel....mais veulent consommer de l'électricité chaque jour et sans en manquer!!!!

  • Chryst
    Abonné
    jeudi 9 avril 2009 13h50
    Rome ne s'est pas construit en un jour
    Pour une fois une bonne mesure pour le citoyen. Il y a un début à tout. Félicitations.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
12 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012