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Montréal-Nord - Pour Fredy

Guy Taillefer   30 janvier 2009  Justice
La famille Villanueva et celles des deux jeunes qui ont été blessés lors de l'intervention policière qui a coûté la vie à Fredy Villanueva, le 9 août 2008, ont raison d'attendre de l'État qu'il assume, sans exception, leurs frais d'avocat dans la cadre de l'enquête publique qui s'ouvrira dans un peu plus de trois semaines. Pour la simple raison que l'altercation létale qui a eu lieu ce soir du 9 août dans une cour d'école de l'est de Montréal-Nord, pour cause de funeste partie de dés, ne se réduit pas à un fait divers ordinaire: elle porte l'empreinte du contexte social difficile dans lequel elle s'est produite.

Au ministère de la Sécurité publique, on jurait mercredi ne s'être jamais engagé à payer d'autres frais que ceux des Villanueva. Si tel est bien le cas, alors que le gouvernement s'amende. Il n'y a pas lieu ici pour le ministère public de lésiner sur la représentation juridique des familles: celle des policiers, elle, sera blindée. D'autant qu'à ne pas vouloir payer, il se trouve à contredire sa propre démarche. Il s'expose à salir la crédibilité d'une enquête publique qu'il a eu la bonne idée d'instituer dans le dessein, justement, de voir le débat autour du décès de Fredy et des émeutes que sa mort a déclenchées ne pas en rester là.

Fut-elle fondée en déontologie, la décision du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), rendue l'automne dernier, de ne pas porter d'accusations criminelles contre les deux policiers impliqués allait inévitablement susciter une part de méfiance populaire à l'égard des autorités. Comment pouvait-il en être autrement? Assailli par Fredy Villanueva, qui se portait à la défense de son grand frère Danny, l'agent Jean-Loup Lapointe a tiré trois fois sur le jeune homme de 18 ans. Deux autres personnes ont été blessées par balle: l'une le fut à un bras, l'autre a été atteint dans le dos. J'ai eu peur d'y laisser ma peau, témoignera le policier. On n'en doute pas.

Tout de même, que de dégâts autour d'une partie de dés... Aussi faut-il espérer que le juge Robert Sanfaçon, auquel l'enquête a été confiée, fera une lecture élargie de son mandat, qui se résume pour l'essentiel à examiner les circonstances qui ont conduit les policiers à intervenir ce soir-là. Il y a trop de ponts à reconstruire. Le quartier de Montréal-Nord, où s'est produit le drame, est miné par un problème de délinquance et de gangs de rue. L'enquête ne peut donc pas ne pas être également l'occasion pour les gens du quartier de s'interroger sur eux-mêmes, sans complaisance. À commencer par Danny Villanueva, par ailleurs «sympathisant» de gangs de rue, condamné pour possession d'armes. Incombe à cet homme en colère, qu'il le veuille ou non, une part de responsabilité dans ce qui est arrivé.

C'est pour toutes ces raisons que le gouvernement devrait payer aux trois familles leurs frais d'avocats. Il serait très regrettable qu'elle mettent à exécution leur menace de boycottage.

***

gtaillefer@ledevoir.com
 
 
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  • Denis Beaulé - Abonné
    30 janvier 2009 05 h 58
    D'accord
    D'ACCORD.

    n.b. corriger la dernière phrase
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  •  
  • Isabelle Lefebvre - Inscrite
    30 janvier 2009 07 h 51
    Non, aux frais d'avocats pour ces familles
    Le respect de l'autorité et des lois n'entraînent jamais d'interventions
    policières.
    Si ces régles avaient été enseignées dans les foyers de ces délinquants,
    jamais ces familles n'auraient eu à demander de l'aide pour financer
    leurs frais d'avocats.
    Il faut remarquer que ces principes s'adressent autant aux familles des blancs
    que des noirs.
    Quand on fréquente assiduement l'école, qu'on s'instruit, qu'on travaille et qu'on est respectueux des lois et de l'autorité, la seule intervention policière qui pourrait
    vous arriver, serait qu'un policier vous arrête pour vous donner une contravention quelconque.
    Croyez-moi, la seule fois dans toute ma vie qu'un policier m'a interceptée, fut pour
    me donner un 48 heures à cause d'un phare grillé. D'ailleurs, il l'a fait avec
    gentillesse et courtoisie.
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    30 janvier 2009 09 h 29
    Comme en santé, gratuit pout tous, tant qu'à y être
    Bien oui, tout le monde va payer. Vous écrivez : «Fredy Villanueva, qui se portait à la défense de son grand frère Danny» qui résistait à son arrestation.

    Bien oui M. Taillefer, la belle affaire, quand votre frère est attaqué par la police qui veut l'arrêter, on en profite pour sauter sur la police. C'est dangereux la police à Montréal nord, faut la maîtriser.
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  • william morris - Abonné
    30 janvier 2009 09 h 41
    Bien sûr...
    Bonjour,

    C'est l'évidence même. Il faut s'assurer que tous les intéressés soient pourvu d'avocats et le gouvernement doit assumer leurs frais.

    Faire le contraire serait une aberration.

    Merci.

    William Morris
    www.lemont.canalblog.com
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  •  
  • André Loiseau - Abonné
    30 janvier 2009 10 h 02
    Bel article
    Bonne idée M.Taillefer! Il y a la lettre (la loi stricte) et l'esprit (le gros bon sens).
    De plus, la sociologie pratique et la psychologie devraient être mises au service et à la portée des gens ordinaires, surtout devant la cour.
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  •  
  • Alain Poudrette - Abonné
    30 janvier 2009 12 h 48
    L'argent des autres
    Il est bien facile de demander au gouvernement de payer les frais de tout le monde. Ce ne sont que nos taxes et nos impôts! Si au moins la victime était innocente! Je ne savais pas que l'on avait le droit de désarmer un policier! Il faut dire que notre société protège ses délinquants, en se foutant des gens honnêtes. Madame Françoise David devrait utliser l'argent de son parti ou de sa poche pour financer ces avocats. Mais non !!! La prochaine étape sera-t-elle la cour internationale de la Haye?
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  • Catherine Landry - Abonnée
    30 janvier 2009 15 h 05
    Brutalité policière... Ça vous dit quelque chose???
    C'est incroyable de lire des choses comme «Le respect de l'autorité et des lois n'entraînent jamais d'interventions
    policières.» Cette phrase démontre une incroyable déconnexion face aux problèmes de pauvreté et de discrimination dans notre société. Les abus policiers et la brutalité, ça vous dit quelque chose? Dans des quartiers pauvres comme Montréal-Nord, le profilage est chose courante de la part des policiers. Il dérange tel ou tel jeune à cause de son habillement, de la couleur de sa peau, etc. Alors qu'ils n'ont bien souvent rien à lui reprocher. La police contrevient elle-même à ses règles à se permettant d'exiger l'identité de n'importe quel jeune, sans raison suffisante de croire qu'il a commis un acte criminel. Ils pratiquent aussi des fouilles, illégales lorsque l'on est ni soupçonné ni arrêté. Il apprenne à faire ça l'école. Les interventions policières non-justifiées sont choses courantes, le nier serait serait d'une incroyable malhonnêteté.

    Et puis, encore là, il faut comprendre que la situation de ces quartiers «chauds» de Montréal est particulière. Les gens qui y vivent sont maintenus dans des situations de pauvreté inacceptable, engendrant bien sûr son lot de problèmes sociaux. Pour ma part, je vois mal comment reprocher à un jeune d'être impliqué dans des réseaux criminels, alors que sa mère est incapable à elle seule de faire vivre sa famille et que le gouvernement ferme les yeux sur leur situation. Loin de moi l'idée d'approuver ou encore moins d'encourager la criminalité, mais il faut faire la part des choses et tenter de comprendre ce qui peut créer ce contexte social. Analyser un peu avant de juger...
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  •  
  • Richard Dupuis - Inscrit
    30 janvier 2009 17 h 24
    L'aide juridique est là pour ça, non?
    Si les Villanueva, et les familles des deux jeunes blessés, veulent être représentés par des avocats, lors de l'enquête publique à venir, et n'en ont pas les moyens, il y a l'aide juridique, pour cela, n'est-ce pas? Quand on parle des frais d'avocat assumés par l'état, c'est bien de cela qu'il s'agit, non?

    Je suis de ceux qui croient qu'il faudrait laisser les policiers tenir leur rôle, soit de s'attaquer au crime, et d'intercepter les criminels. D'autres organisations, de justice alternative, par exemple, pourraient se charger d'assister les contrevenants, entre autres les jeunes, afin de les éduquer sur les aléas de notre système judiciaire.

    Par exemple, il faudrait enseigner que lors d'une arrestation, il ne faut pas résister, ni tenter d'intervenir pour empêcher l'arrestation. Il faut aussi enseigner que tout prévenu a des droits, comme celui de garder le silence, et celui de contacter un avocat. D'ailleurs, si un prévenu n'a pas d'avocat, les policiers doivent, à sa demande, le mettre en communication avec un avocat "de garde", disponible 24/7. Dany Villanueva, qui connaît bien notre système judiciaire, devait pourtant bien savoir que ces droits existent, et aurait dû en informer son frère, au lieu de résister.

    Au moins, quand Guy Taillefer dit que "L'enquête ne peut donc pas ne pas être également l'occasion pour les gens du quartier de s'interroger sur eux-mêmes, sans complaisance. À commencer par Danny Villanueva, par ailleurs «sympathisant» de gangs de rue, condamné pour possession d'armes. Incombe à cet homme en colère, qu'il le veuille ou non, une part de responsabilité dans ce qui est arrivé.", il arrive à des conclusions que j'avais déjà écrites sur mon blogue, et ce aussi tôt que le 12 août 2008, dans un billet intitulé "Mort de Fredy Villanueva: Son frère Dany est-il responsable?", dont voici le lien:

    http://richard3.wordpress.com/2008/08/12/mort-de-f

    Quant au lien entre cette intervention précise, et les problèmes de Montréal-Nord, il ne faudrait quand même pas trop généraliser; les policiers ont un travail à faire, et doivent le faire, quelque soit le secteur, ou l'arrondissement, dans lequel ils sont assignés. Il y a aussi un certain danger à vouloir prendre la défense de criminels; on peut se retrouver "associés" à ceux-ci, d'une façon ou d'une autre, et ce qu'on le veuille ou non.
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  • D. Paul - Inscrite
    30 janvier 2009 23 h 13
    Réactions face aux commentaires
    Je désire répondre à deux commentaires, celles de Monsieur Poudrette et Mme Lefebvre.
    M. Poudrette, Sachez premièrement qu'il semblerait (vous remarquerez que le verbe est au conditionnel donc la preuve n'a pas été faite) qu'un des jeunes avait mis la main sur l'arme le policier cet après-midi d'août. Deuxièment nous contribuons tous aux impots, nous payons tous des taxes, nous avons tous le droit de bénéficier de nos taxes et nos impôts, incluant les habitants de Montréal-Nord.

    Troisièmement, concernant l'innocence ou la culpabilité de la victime; nous n'y étions pas (ni vous ni moi) alors comment pouvez vous dire que la victime n'était pas innocente? Une des victime a été atteint dans le dos, selon vous, est-ce normal que l'on tire dans le dos de quelqu'un qui nous menace comme le prétend le policier? Lorsque quelqu'un nous tourne le dos,il ne représente plus une menace. Récemment un jeune homme a pointé une arme sur des policiers, ceux-ci ont fait feu en sa direction sans l'attendre mortellement pourtant il était armé!Comment expliquez-vous cela? Ce que les intervenants en milieu communautaire cherche à démontrer est qu'il existe un grave problème à Montréal-Nord : Il s'agit du profilage racial. Et cela, M. Poudrette vous ne pouvez le nier.

    Mme Lefebvre,je voudrais d'abord vous rassurez qu'il n'y a aucun parent au monde qu'il soit blanc ou noir qui n'enseigne pas à son enfant le respect de l'autorité et des lois. Dans tous les foyers les enfants doivent respecter l'autorité ( donc les parents) et les lois ( donc les règlements de la maison et les valeurs familiales).

    Sachez que Montréal-Nord est l'arrondissemnt le plus pauvre de l'île de Montréal et il semble que les élus s'en lavent les mains presque, puisque la situation n'a pas changé depuis bien des années. Ne me parlez pas d'éducation ou d'instruction ou de travail quand il y a tant de préjugés envers les noirs et les immigrés en général. Tous ces gens travaillent, s'instruisent et la plupart respectent les lois et l'autorité. D'ailleurs l'éducation n'a absolument rien à avoir avec la délinquance, des tas de gens instruits ont été traduits en justice ( des hommes d'affaire voire même des politiciens). Ce genre de jugement prouve que vous ne pouvez vraiment pas comprendre la réalité des résidents de Montréal-Nord.

    Il existe sur le site internet de la SPVM une définition du profilage racial, lisez la et vous comprendrez beaucoup de choses. Quand plus de deux jeunes noirs ou latinos se promènent sur la rue il y a de fortes chances qu'ils se fassent interpeler par la Police ? Pourquoi? La réponse peut faire peur mais elle est vraie, bien souvent c'est parce qu'ils ne sont pas de la bonne couleur. Ce qui crée une sorte d'harèlement policier, donc une frustration chez les jeunes. Et vous ne pouvez le nier.

    Vous ne pouvez comparer l'intervention policière que vous avez vécue à aucune autre intervention policière qui aurait pu se passer à Montréal-Nord: Vous êtes une femme, les policiers agissent parfois selon leur humeur et par dessus tout vous n'êtes sûrement pas noire.

    Bref tout cela prouve qu'il y a encore beaucoup d'incompréhension entre les Québécois d'origine et les immigrés. Ce qui nous diférencie des animaux est notre capacité de raisonner donc avant d'émettre des commentaires basés sur les émotions et les préjugés,réfléchissons!
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