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Troquer la camisole de force pour le pyjama rayé

Isabelle Porter   10 janvier 2009  Justice
Plutôt que d'humaniser les prisons, beaucoup estiment qu'il faut plutôt faire en sorte que les Claudio Castagnetta de ce monde n'y aboutissent jamais. Mais avec la désinstitutionnalisation, la complexité grandissante des problèmes de santé mentale et le sous-financement de la santé, ce n'est pas un mince défi.

Québec — «Il faudrait empêcher que les personnes ayant des troubles mentaux se retrouvent dans le système judiciaire», soutient Marc Daigle, qui est professeur de psychologie à l'Université du Québec à Trois-Rivières ainsi que chercheur affilié à l'Institut Pinel. «Mais qu'est-ce qu'on fait avec ces gens-là? Ce serait simpliste de dire qu'il faut tous les envoyer à l'hôpital.»

À Québec, on a fait des progrès importants sur ce plan ces dernières années. Depuis 1998, un organisme communautaire du nom de PECH (Programme d'encadrement clinique et d'hébergement) offre au service de police un service de soutien psychiatrique et psychosocial 24 heures sur 24. À Montréal, un service similaire est assuré par le Service d'urgence psychosociale UPS-Justice.

Ainsi, les policiers qui rencontrent des cas de santé mentale sur le terrain peuvent être relayés par des intervenants dans un délai de 30 minutes. «Il faut défaire le mythe de la dangerosité des malades mentaux. La plupart du temps, les gens qui se font interpeller ont commis des délits mineurs. Sauf qu'ils dérangent, ils parlent à Obama...», résume le directeur de PECH, Benoît Côté.

Le partenariat entre cet organisme et la police a été introduit il y a dix ans, à la suite de l'entrée en vigueur de la loi P-38 qui permet à un policier d'amener une personne contre son gré dans un établissement de santé lorsque son état mental présente un «danger grave et immédiat» pour elle-même ou pour autrui. La présence d'un intervenant auprès des policiers vise à évaluer l'état mental de la personne, à désamorcer la crise, à éviter un internement involontaire, voire une arrestation.

Maintenant, quand les policiers interviennent auprès d'une personne en crise, ils peuvent appeler PECH et une équipe de deux intervenants se rend sur les lieux pour prendre en charge la personne (voir autre texte).

Plus complexe

Le diagnostic n'est pas toujours facile à poser: aux problèmes de santé mentale se mêlent souvent les phénomènes d'itinérance, de toxicomanie. Dans le jargon des intervenants, on parle de «multiproblématiques». Benoît Côté a remarqué par exemple que beaucoup de jeunes souffrant de problèmes de santé mentale sont tentés d'opter pour les drogues plutôt que pour des médicaments qui réduisent leur libido et leur font perdre du poids.

Professeure depuis 30 ans à l'École nationale de police de Nicolet, Céline Lefebvre est chargée de la formation psychosociale des policiers. «La profession, dit-elle, a gagné en complexité. [Les policiers] ne sont pas des experts en psychosocial et ils ne le seront jamais, mais ce sont les premiers intervenants et leur mandat premier est de protéger la vie.»

Pour préparer les candidats, l'École organise des simulations au cours desquelles les policiers doivent composer avec des individus en état de crise. Mais reste encore à savoir à quelle crise on a affaire. Pour le policier, constate Mme Lefebvre, la grande difficulté consiste à prendre son temps. «Parce que l'intervention policière est habituellement axée sur le mode action-réaction. Ce n'est pas que les policiers sont impatients, mais ces interventions prennent beaucoup de temps...»

Encore la «désins»...

Lorsque des drames surviennent, on a souvent tendance à montrer du doigt la désinstitutionnalisation. Or, si tous les intervenants du milieu de la santé mentale ne sont pas d'accord pour la remettre en cause, tous s'entendent pour dire qu'on n'a pas assez de ressources pour encadrer les anciens psychiatrisés.

«Le Plan d'action 2005-10 en santé mentale devait renforcer les services de première ligne; force est de constater que, dans les faits, les budgets n'ont pas suivi, déplore Benoît Côté. Depuis trois ans, notre financement diminue alors qu'il devait augmenter de façon très significative. Les hôpitaux drainent une partie très importante des budgets de santé et, quand ça déborde dans les hôpitaux, il est clair qu'il y a une volonté politique de mettre de l'argent dans les urgences.»

Or, en santé mentale aussi, il y a des listes d'attente... À Québec, par exemple, il manquerait aux centres de santé et de services sociaux et aux organismes communautaires l'équivalent de 23 intervenants pour répondre aux 458 personnes actuellement en attente.

«La santé mentale, c'est l'enfant pauvre de la santé, ce n'est pas nouveau», s'insurge Denise Blais, de l'organisme de défense de droits en santé mentale Action Autonomie Montréal. «Les personnes qui cherchent de l'aide se font souvent revirer de bord parce que les urgences sont pleines.» Le secteur de la santé mentale a mobilisé 968 millions de dollars l'an dernier, soit 4 % du budget total de la Santé.

Le chercheur Denis Lafortune estime qu'il faut agir sur les deux fronts: améliorer les services offerts en prison et enrichir les services de première ligne. Nos gouvernements, dit-il, finiront peut-être un jour par se laisser convaincre... par les arguments économiques. Dans certains États américains comme le New Hampshire, des programmes de «suivi intensif en communauté» (assertive community treatment) se sont révélés très payants pour les États qui ont osé les mettre en oeuvre, explique-t-il.

«C'est une approche très interventionniste. Les intervenants se rendent chez les gens, vérifient leur médication, les aident à trouver un logement, font le suivi avec leurs agents de probation, etc. Des recherches menées depuis cinq ans ont montré que ça réduisait le nombre d'hospitalisations, de séjours en prison et les coûts pour le système. Même si les gens retournent à l'hôpital ou en prison, ils y restent moins longtemps.»






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