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Assurance-emploi - Un jugement prévisible

Jean-Robert Sansfaçon   12 décembre 2008  Justice
C'est par un arrêt unanime de sept juges que la Cour suprême rejette la demande de la CSN de déclarer illégale l'utilisation des excédents de la caisse d'assurance-emploi à d'autres fins que le versement des prestations aux chômeurs. Cette défaite était prévisible. Mais comme l'argent n'est plus disponible puisqu'il a servi à réduire la dette du gouvernement, comment Ottawa parviendra-t-il à équilibrer les comptes en ces temps de récession?

On se rappellera qu'à la suite de la récession de 1990, Ottawa a dû s'endetter de quelques milliards par année pour payer une partie des prestations de chômage faute d'avoir constitué une réserve à la caisse d'assurance-chômage.

En 1996, dans le cadre de la lutte contre le déficit, le gouvernement Chrétien a donc modifié la Loi de l'assurance-chômage, devenue assurance-emploi, afin d'ajouter de nouvelles fonctions de soutien aux chômeurs et pour faire en sorte que le régime s'autofinance à même les cotisations sur la durée d'un cycle économique complet.

Grâce à la bonne tenue de l'économie et au resserrement des conditions d'admissibilité au régime, la caisse d'assurance-emploi a vite enregistré d'importants excédents. Le solde annuel de la caisse faisant partie du périmètre comptable du gouvernement, ces excédents sont allés automatiquement à la réduction du déficit annuel, puis de la dette du gouvernement fédéral. En l'espace de six ans, ce sont pas moins de 40 milliards de cotisations qui ont ainsi été «détournés» de leur objectif initial.

Malgré les nombreuses critiques, le ministre des Finances d'alors, Paul Martin, est resté sur ses positions. Pour lui, il valait mieux profiter de cette manne provenant d'une taxe sur la masse salariale que d'augmenter les impôts sur le revenu, déjà trop élevés par rapport aux pays concurrents, les États-Unis surtout.

Pendant ce temps, les organisations syndicales et le Bloc québécois aux Communes se disaient très préoccupés par l'augmentation importante de la proportion de salariés qui cotisaient au régime sans avoir droit aux prestations à cause des règles plus restrictives, notamment chez les travailleurs saisonniers.

En 2003, la CSN et le syndicat affilié des employés de l'aluminium d'Arvida décidèrent de contester la position d'Ottawa devant les tribunaux. Déboutés en Cour supérieure et en Cour d'appel, ils portèrent quand même la cause en Cour suprême. Dans l'arrêt rendu public hier, celle-ci a tranché: de un, Ottawa avait le droit de financer, à même les cotisations du régime, des programmes de soutien aux travailleurs puisqu'ils s'inscrivent dans «l'évolution naturelle» de la compétence fédérale en la matière; de deux, Ottawa avait aussi le droit d'utiliser les excédents de la caisse à d'autres fins que le versement de prestations de chômage puisque le compte d'assurance-emploi n'est pas une entité fiduciaire autonome, contrairement à un régime de retraite, par exemple.

En fait, le seul point sur lequel la Cour trouve à redire, c'est le moyen légal que le gouvernement a utilisé pour fixer le taux des cotisations pendant trois années précises, soit en 2002, 2003 et 2005. Ces années-là, le cabinet s'étant arrogé le droit de décréter lui-même le taux des cotisations, sans qu'une loi du Parlement l'y autorise de façon explicite, la Cour conclut à l'illégalité de cette «taxe».

Hier, la CSN a crié victoire puisque la somme en jeu dépasse 60 milliards de dollars, mais dans les faits, il s'agit d'une formalité légale qui sera facilement corrigée par l'adoption d'une loi rétroactive d'ici un an. Devant cette décision du plus haut tribunal, la CSN doit admettre que sa démarche fut un échec. Pourquoi avoir mis tant d'énergie et d'argent dans cette opération dont la conclusion centrale était prévisible? Et même si la Cour avait rendu une décision favorable, qu'espérait-on tirer d'autre qu'une victoire morale? S'imaginait-on vraiment que la Cour suprême allait forcer Ottawa à rembourser des dizaines de milliards aux cotisants? Pourquoi ne pas avoir consacré cet argent à la campagne de promotion pour des amendements au régime?

Au cours des prochains mois, le nombre de chômeurs va augmenter en flèche au Canada. Or, comme l'excédent inscrit au compte d'assurance-emploi n'est que virtuel, l'argent ayant été consacré à la dette, il faut s'attendre à ce que le déficit budgétaire fédéral soit lourdement affecté par celui du compte de l'assurance-emploi. À moins, bien sûr, que le gouvernement Harper décide de hausser les cotisations ou, pire, de resserrer encore davantage les conditions d'admissibilité aux prestations.

À suivre...
 
 
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  • Bruno Giroux - Abonné
    12 décembre 2008 10 h 59
    Légal? peut-être, équitable? pas sûr
    Les savant juges ont appliqué la loi mais ils n'ont pas effacé deux caractéristiques très noires de ce «détournement de fonds».

    D'une part, les gouvernement, même en agissant légalement, sauf pendant trois ans, ont déguisé des impôts sous la forme de cotisation à l'assurance emploi. C'est en bonne partie grâce au trésor ainsi accumulé que le déficit a pu être effacé et que les surplus sont apparus.

    En même temps, au mépris des travailleurs sans emploi, toutes les règles pour avoir accès à l'assurance emploi étaient resserrées en même temps que le montant des prestations versées étaient indignes. Ainsi, un travailleur au salaire minimum de 8 $ l'heure qui se retrouvait en chômage ne touchait qu'un maigre 4,40 $ l'heure ou 176 $ par semaine (de 40 heures) ou environ 700 $ par mois. Le tout après un délai de carence. Ainsi, un programme riche à craquer versait des prestations équivalentes à l'aide sociale.

    Les savant juges ont beau déclarer que le tout est parfaitement légal mais je comprends les travailleurs qui trouvent l'opération dégueulasse et demandent que le programme soit bonifié.

    Au Québec, dans une moindre mesure, le Québec perçoit des impôts déguisés par le jeu, par la vente d'alcool et surtout par les tarifs d'électricité qui ne cessent de grimper, ces hausses, ou plutôt ces impôts nous étant présentés, pour les rendre respectables, comme des moyens pour nous inviter à faire un usage plus judicieux de l'énergie.
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  • Michel Simard - Abonné
    12 décembre 2008 12 h 50
    Le noeud de l'enjeu est loin d'être réglé
    Les cours jugent des causes en fonction des règles juridiques, lesquelles n'ont rien à voir avec les enjeux économiques et sociaux liés à l'utilisation des fonds provenant des cotisations d'assurance emploi. Il était bien évident que l'État canadien avait défini que cette caisse était dans le périmètre du fonds consolidé et, ce faisant, qu'il pouvait dépenser les fonds de l'assurance-emploi suivant ses fantaisies du moment.

    Profiter des cotisations d'assurance emploi et limiter l'éligibilité aux prestations d'assurance emploi devient ainsi des impôts et des taxes. C'est donc dire qu'on a financé le réglement du déficit et la réduction de la dette en prélevant sur les revenus des travailleurs et ce, par une taxe le plus probablement régressive. Puisque les cotisations sont plafonnées, les petits travailleurs cotisent en proportion plus fortement que les hauts salariés. Par ailleurs, ceux qui reçoivent des prestations, sont par définition moins fortunés puisqu'ils ne travaillent plus.

    Il s'agit donc une taxe sur le travail préjudiciable au développement économique, puisqu'on abaisse le revenu réel des petits travailleurs, alors que l'impôt général sur le revenu est plus progressif.

    L'approche punitive du néo-conservatisme dira que la restriction des prestations fait travailler plus de gens, comme si tous les travailleurs saisonniers faisaient exprès de quitter leur travail et prendre des vacances durant six mois de l'année. L'on aura plutôt peut-être incité des gens à diminuer leur capital pour se réfugier à l'aide sociale.

    Suivant Adam Smith et sa main invisible, que les néo-conservateurs confondent avec la main de Dieu, l'ensemble des facteurs de production doit être rémunéré. Pour stimuler la croissance économique du point de vue de l'offre, il faudrait donc une fiscalité favorisant l'utilisation du capital et du travail. Il ne s'agit donc pas juste de réduire les impôts des corporations mais aussi d'alléger le fardeau fiscal des travailleurs, dans sa totalité, et ce, pour toutes les catégories, pas seulement les mieux rémunérés. Donc, non seulement la surtarification et l'appropriation de l'assurance emploi est-elle injuste mais elle est aussi inefficace du point de vue économique.

    Elle est inefficace mais encore elle se révèlera non soutenable du point de vue de l'équilibre financier puisque les surplus passés ont disparu et ne peuvent être utilisés dans le futur. Quelle solution sera apportée, à part d'intensifier cet impôt régressif sournois, qui fera encore plus de dommages économiques et sociaux.

    Le néo-conservatisme a montré ses limites avec les bulles boursières et immobilières spéculatives qui se sont, somme toute, révélé comme un échec économique. La précarité croissante d'une grande partie de la population mondiale, y compris dans les pays développés, en démontre également la faillite sociale.

    Le néo-conservatisme économique est une lubie puisque ses fans ne vont pas au bout de la logique de leurs prémisses économiques. Quelles sont les mesures positives incitant au travail, comme celles incitant à l'investissement ?

    Il est dommage que tant d'électeurs soient tombés dans le panneau du néo-conservatisme. Les néo-conservateurs, c'est simplement un syndicat très influent d'un groupe particulier dans notre société, le syndicat des gens d'affaires, lequel veut tout bonnement s'approprier les ressources de l'État pour son bénéfice particulier.
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  • Pierre François Gagnon - Inscrit
    12 décembre 2008 15 h 07
    Antisocial !!!
    «...et au resserrement des conditions d'admissibilité au régime...»
    Qui a été démantelé et détruit de cette façon qui explique largement de tels surplus : à peine 43 % des cotisants obligatoires arrivent en cas de chômage à se qualifier à des prestations! Antisocial !!!
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  • Roland Berger - Abonné
    12 décembre 2008 16 h 59
    Honteux gaspillage
    Si l'on en croit monsieur Sansfaçon, la CSN a gaspillé argent et énergie en réclamant que le gouvernement fédéral rembourse aux travailleurs l'argent que le gouvernement Martin leur a soutiré. Courte conclusion. La défaite ne présume jamais du bien-fondé de la bataille.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario
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  • Marc Bédard - Inscrit
    14 décembre 2008 12 h 59
    Pour un revenu minimum du citoyen
    La cour Suprëme du Canada vient de rendre une décision à laquelle on pouvait s'attendre. Le gouvernement a le droit dépenser les surplus de la "caisse de l'assurance-emploi" comme bon lui semble au-delà des besoins du régime d'assurance. On a longtemps parlé de "caisse de l'assurance-emploi" mais celle-ci n'a jamais existé puisque les cotisations versées par les salarié-e-s et les employeurs au régime allaient directement dans les fonds consolidés de l'État. L'État, les gouvernements ont toujours pu en faire ce qu'ils voulaient et cela a été décrié comme étant une forme de taxation non-avoué. Autrement dit depuis une vingtaine d'années en plus des retraits d'impôts à la source, des cotisations au régimes de retraite, etc. les cotisations obligatoires au régime d'assurance-emploi sont en grande partie un autre niveau de taxation.
    Le gouvernement fait les lois et donc on ne peut pas demander à cour Suprême si le gouvernement a le droit de faire des lois. Et la cour Suprême ne peut véritablement intervenir qu'en cas d'illégalité dans les processus ou l'inconstitutionnalité d'une loi promulgée.
    Ce manège a commencé sous les Conservateurs de Brian Mulroney élu premier ministre tout juste après avoir mis à pied 5000 travailleurs de la société dont il était le président, Iron Ore. Ces manigances envers le régime d'assurance-emploi ont surtout été faites pour des raisons idéologiques. Les gouvernements qui se sont succédés ont aussi vu là une manne d'argent retiré directement des salaires des citoyens et qui a servi depuis à se péter les bretelles en parlant de surplus budgétaires qui en grande partie ont toujours été justement les cotisations au régime d'assurance-emploi qui n'étaient ainsi pas rendus à ceux et celles qui devaient en bénéficier au premier titre, tout simplement en changeant les règles d'accès au régime et en calculant de façon pernicieuse pour les travailleurs ces cotisations à verser. Rien d'illégal là-dedans mais parfaitement illégitime.

    En ce qui me concerne, je modifierais considérablement les règles du régime de telle sorte qu'il ne soit plus obligatoire d'y participer. Seuls ceux et celles qui y trouveraient leur compte le ferait. En lieu et place la déduction à la source des revenus des citoyens et des entreprises irait dans un fonds du revenu minimum du citoyen qui donnerait à tous et chacun un sentiment d'appartenance à la société, sentiment qui est la cause première de la bonne santé selon un rapport récent de l'OMS. Le régime d'assurance-emploi fait partie de ces concepts moralisateurs Protestants ou autre, appanage de la révolution industrielle du XVIIIe siècle et qui rend obligatoire le travail, surtout salarié, et de surcroît discrimine envers tous ceux et celles qui ne contribuent pas à la société en gagnant de l'argent. Un régime de revenu du citoyen est tout à fait possible financièrement, ai-je découvert à partir du calcul de l'ensemble des budgets de tous les gouvernments des provinces et du fédéral à tout ce qui a trait à la sécurité du revenu, incluant les cotisation de l'assurance-emploi et les cotisations aux fonds de pension. Depuis longtemps donc, on cherche à empêcher les gens d'être simplement heureux en contribuant à leurs façons à l'avancement de la société où ils existent sans passer par le tamis de l'emploi rémunéré salarié. L'organisation sociale est de plus en plus contrôlée et en ce sens finit par ressembler à la Russie de Staline ou à la Chine de Mao. Pour avoir vécu une bonne partie de ce qu'on appelle les 30 Glorieuses, je vois aussi la différence énorme qui règnent aujourd'hui en termes de sentiments d'appartenance à la société et si cela s'avère la cause première de la détérioration de la santé, c'est bien de ce côté-là qu'il faut agir.
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