Gaz Métro condamnée pour discrimination envers les femmes
Gaz Métro, qui fait campagne avec le slogan «La vie en bleu», ne promet certainement pas la vie en rose aux travailleuses désireuses de rejoindre ses rangs. La société en commandite vient d'être condamnée par le Tribunal des droits de la personne à verser 220 000 $ à sept femmes victimes de «discrimination systémique» dans l'embauche.
Le jugement illustre avec une triste éloquence les difficultés rencontrées par les femmes qui font carrière dans les métiers non traditionnels. En dépit de leur intérêt et de leur compétence pour occuper un poste de «préposé réseau» (un travail manuel), elles ont toutes été recalées lors d'une opération de recrutement remontant à 1995. Une seule des sept plaignantes dans cette affaire, Marie-Claude Côté, a réussi tout le processus de sélection. Le poste convoité lui a été refusé deux ans plus tard, au terme d'un examen médical confirmant qu'elle était... enceinte.
Dans une volumineuse décision de 173 pages, le Tribunal des droits de la personne constate l'existence d'un problème de «discrimination systémique» qui a accentué la sous-représentation des femmes dans les postes non traditionnels chez Gaz Métro. Elles devaient répondre à des exigences beaucoup plus grandes que les hommes pour être embauchées.
Le Tribunal souligne les défaillances de ce processus de sélection «contaminé par la subjectivité, l'arbitraire et un grand pouvoir de discrétion» des employés chargés du recrutement. Par leur «incompétence», ils ont à la fois alimenté et reproduit «un système de recrutement entaché de discrimination envers les femmes».
Comble de l'ironie, ce processus de sélection qui transpire la discrimination visait au départ à recruter davantage de femmes! Gaz Métro et le syndicat s'étaient mis d'accord pour accroître la proportion de femmes au poste de préposé réseau, en leur réservant 10 des 14 emplois à pourvoir en 1995. À l'époque, une seule femme, entourée de 132 hommes, exerçait cet emploi du secteur de l'exploitation consistant essentiellement à entretenir, réparer et raccorder des tuyaux. Compte tenu de la disponibilité des femmes dans ce secteur d'activité, il y aurait pu en avoir 30 de plus.
Le concours de sélection s'est vite transformé en une série d'injustices pour des candidates qui sont passées de la déception à l'amertume. Lors du procès, Shirley Thomas a indiqué notamment qu'elle avait été contrainte de se mettre «à quatre pattes à terre» pour assembler des tuyaux au moyen d'outils anormalement graisseux lors de l'examen pratique, une expérience particulièrement humiliante. «Ç'a été effrayant. Ils nous ont gonflé la tête, puis on n'a abouti à rien. Je me suis sentie écrasée, bonne à rien», a-t-elle témoigné.
Peu structurée et peu standardisée, l'entrevue véhiculait des stéréotypes sur les femmes en milieu non traditionnel, entre autres sur leur capacité à s'adapter aux blagues grivoises et aux comportements sexistes de leurs éventuels collègues. On ne posait pas les mêmes questions aux hommes et aux femmes, et leurs réponses étaient évaluées différemment. L'exercice constituait «un terrain propice à la discrimination fondée sur le sexe», estime le Tribunal.
Les candidates avaient pourtant le profil et l'attrait pour les métiers non traditionnels. Line Beaudoin avait travaillé dans un abattoir, elle faisait de la mécanique automobile et elle aimait le travail manuel. Joan Dupont avait obtenu un brevet de pilote d'avion privé et elle avait travaillé dans une érablière et une ferme laitière. Marie-Claude Côté avait suivi un cours de monteuse de ligne chez Hydro-Québec. Elle est sortie «complètement démolie» de l'expérience chez Gaz Métro. «Des bons employeurs, il y en a pas des tonnes. C'est difficile pour une femme, dans le non traditionnel, de se trouver une job. [...] Tu rencontres des barrières partout», a-t-elle expliqué au procès.
En conclusion, le Tribunal ordonne l'embauche de Mme Côté au poste de préposé réseau ou l'équivalent, de même que le versement d'une indemnité équivalent à six mois de salaire et un dédommagement de 30 000 $. Les six autres plaignantes reçoivent pour leur part des dédommagements variant de 22 500 $ à 32 500 $. Elles pourront également reprendre le processus de sélection que le Tribunal des droits souhaite exempt de discrimination. Pour s'en assurer, le Tribunal oblige Gaz Métro à élaborer d'ici trois mois, en consultation avec la Commission des droits de la personne, un véritable programme d'accès à l'égalité et à revoir de fond en comble son processus de sélection.
La direction de Gaz Métro n'a pas encore terminé l'analyse de la décision qui lui a été transmise vendredi dernier, a fait savoir une porte-parole de l'entreprise, Marie-Noëlle Cano. Aucune décision n'a été prise sur l'opportunité d'en appeler du verdict.
Le Tribunal a souligné dans sa décision «l'absence marquée» de la haute direction dans la procédure d'embauche et le procès subséquent. Depuis le début de cette histoire, il y a maintenant 13 ans, c'est le statu quo chez Gaz Métro en matière d'accès des femmes aux métiers non traditionnels. Tout au plus, la société en commandite a-t-elle mis sur pied, en 1997, un Comité pour la condition féminine, afin de répondre aux préoccupations des 22 femmes qui oeuvrent dans les métiers dits de «cols bleus» au sein de l'entreprise, en compagnie de 396 hommes.
Le jugement illustre avec une triste éloquence les difficultés rencontrées par les femmes qui font carrière dans les métiers non traditionnels. En dépit de leur intérêt et de leur compétence pour occuper un poste de «préposé réseau» (un travail manuel), elles ont toutes été recalées lors d'une opération de recrutement remontant à 1995. Une seule des sept plaignantes dans cette affaire, Marie-Claude Côté, a réussi tout le processus de sélection. Le poste convoité lui a été refusé deux ans plus tard, au terme d'un examen médical confirmant qu'elle était... enceinte.
Dans une volumineuse décision de 173 pages, le Tribunal des droits de la personne constate l'existence d'un problème de «discrimination systémique» qui a accentué la sous-représentation des femmes dans les postes non traditionnels chez Gaz Métro. Elles devaient répondre à des exigences beaucoup plus grandes que les hommes pour être embauchées.
Le Tribunal souligne les défaillances de ce processus de sélection «contaminé par la subjectivité, l'arbitraire et un grand pouvoir de discrétion» des employés chargés du recrutement. Par leur «incompétence», ils ont à la fois alimenté et reproduit «un système de recrutement entaché de discrimination envers les femmes».
Comble de l'ironie, ce processus de sélection qui transpire la discrimination visait au départ à recruter davantage de femmes! Gaz Métro et le syndicat s'étaient mis d'accord pour accroître la proportion de femmes au poste de préposé réseau, en leur réservant 10 des 14 emplois à pourvoir en 1995. À l'époque, une seule femme, entourée de 132 hommes, exerçait cet emploi du secteur de l'exploitation consistant essentiellement à entretenir, réparer et raccorder des tuyaux. Compte tenu de la disponibilité des femmes dans ce secteur d'activité, il y aurait pu en avoir 30 de plus.
Le concours de sélection s'est vite transformé en une série d'injustices pour des candidates qui sont passées de la déception à l'amertume. Lors du procès, Shirley Thomas a indiqué notamment qu'elle avait été contrainte de se mettre «à quatre pattes à terre» pour assembler des tuyaux au moyen d'outils anormalement graisseux lors de l'examen pratique, une expérience particulièrement humiliante. «Ç'a été effrayant. Ils nous ont gonflé la tête, puis on n'a abouti à rien. Je me suis sentie écrasée, bonne à rien», a-t-elle témoigné.
Peu structurée et peu standardisée, l'entrevue véhiculait des stéréotypes sur les femmes en milieu non traditionnel, entre autres sur leur capacité à s'adapter aux blagues grivoises et aux comportements sexistes de leurs éventuels collègues. On ne posait pas les mêmes questions aux hommes et aux femmes, et leurs réponses étaient évaluées différemment. L'exercice constituait «un terrain propice à la discrimination fondée sur le sexe», estime le Tribunal.
Les candidates avaient pourtant le profil et l'attrait pour les métiers non traditionnels. Line Beaudoin avait travaillé dans un abattoir, elle faisait de la mécanique automobile et elle aimait le travail manuel. Joan Dupont avait obtenu un brevet de pilote d'avion privé et elle avait travaillé dans une érablière et une ferme laitière. Marie-Claude Côté avait suivi un cours de monteuse de ligne chez Hydro-Québec. Elle est sortie «complètement démolie» de l'expérience chez Gaz Métro. «Des bons employeurs, il y en a pas des tonnes. C'est difficile pour une femme, dans le non traditionnel, de se trouver une job. [...] Tu rencontres des barrières partout», a-t-elle expliqué au procès.
En conclusion, le Tribunal ordonne l'embauche de Mme Côté au poste de préposé réseau ou l'équivalent, de même que le versement d'une indemnité équivalent à six mois de salaire et un dédommagement de 30 000 $. Les six autres plaignantes reçoivent pour leur part des dédommagements variant de 22 500 $ à 32 500 $. Elles pourront également reprendre le processus de sélection que le Tribunal des droits souhaite exempt de discrimination. Pour s'en assurer, le Tribunal oblige Gaz Métro à élaborer d'ici trois mois, en consultation avec la Commission des droits de la personne, un véritable programme d'accès à l'égalité et à revoir de fond en comble son processus de sélection.
La direction de Gaz Métro n'a pas encore terminé l'analyse de la décision qui lui a été transmise vendredi dernier, a fait savoir une porte-parole de l'entreprise, Marie-Noëlle Cano. Aucune décision n'a été prise sur l'opportunité d'en appeler du verdict.
Le Tribunal a souligné dans sa décision «l'absence marquée» de la haute direction dans la procédure d'embauche et le procès subséquent. Depuis le début de cette histoire, il y a maintenant 13 ans, c'est le statu quo chez Gaz Métro en matière d'accès des femmes aux métiers non traditionnels. Tout au plus, la société en commandite a-t-elle mis sur pied, en 1997, un Comité pour la condition féminine, afin de répondre aux préoccupations des 22 femmes qui oeuvrent dans les métiers dits de «cols bleus» au sein de l'entreprise, en compagnie de 396 hommes.
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