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Poursuite-bâillon de 11 millions contre une petite maison d'édition - Barrick Gold défend ses droits, dont celui de poursuivre

Alexandre Shields   17 septembre 2008  Justice
Barrick Gold se défend de poursuivre sans raison la maison d'édition québécoise Écosociété, dans une lettre que Le Devoir publie aujourd'hui en page A 6. La procédure judiciaire engagée par ce géant de l'industrie minière n'en est pas moins très dure à encaisser pour les personnes visées, d'autant plus que les sommes réclamées par Barrick, auxquelles s'ajoutent celles demandées par la société minière Banro, totalisent 11 millions de dollars.

«La poursuite vise simplement à rétablir les faits et la réputation de Barrick», déclare ainsi le vice-président directeur et directeur des affaires juridiques pour Barrick, Patrick J. Garver. «Nous avons l'assurance qu'un procès permettra de démontrer sans l'ombre d'un doute que notre poursuite en diffamation est tout à fait justifiée, que les déclarations des auteurs sont, de toute évidence, fausses et préjudiciables à la réputation de Barrick, et que ces dernières ont été faites sans égard pour la vérité», ajoute-t-il.

La plus grosse société aurifère du globe — avec des profits nets de 1,73 milliard en 2007 — en a visiblement plus qu'assez des critiques dont elle fait l'objet depuis l'annonce de la poursuite. «[...] Même après l'institution de notre action, les auteurs poursuivent leur campagne de diffamation sur la place publique, souligne M. Garver dans la lettre. Ils s'arrogent maintenant le rôle de victimes et prétendent que Barrick n'a pas le droit de se défendre. Afin d'échapper à leurs responsabilités, les auteurs cherchent maintenant à qualifier cette action de poursuite-bâillon, aussi connue sous le nom de "SLAPP".»

Or, selon Barrick, «toute personne qui se serait donné la peine de lire attentivement le livre [Noir Canada: Pillage, corruption et criminalité en Afrique] et d'analyser les sources auxquelles il se réfère aurait clairement vu qu'il est totalement inexact de qualifier notre action de poursuite-bâillon».

Qui plus est, affirme M. Garver, «le débat ne porte pas sur le rapport de force entre Barrick et l'éditeur ou les auteurs du livre». La multinationale réclame cinq millions à titre de dommages moraux et compensatoires, de même qu'un million à titre de dommages punitifs. Une telle somme représente 25 fois le chiffre d'affaires annuel de la petite maison d'édition. À cela, il faut ajouter la poursuite annoncée en juin par Banro, une compagnie ontarienne spécialisée dans l'exploration minière de l'or. Cette dernière demande cinq millions. Et dans ce cas, Écosociété et les auteurs devront se défendre devant les tribunaux ontariens, selon les procédures d'un autre code de loi.

Rien de rassurant pour les personnes visées par ces recours. «On voit bien que les forces sont totalement inégales», lance Guy Cheyney, coordonateur général des éditions Écosociété, à propos des procédures en cours avec Barrick. Et le procès n'a pas encore débuté. «La seule façon de ne pas faire faillite, c'est d'organiser une levée de fonds, parce que Écosociété ne peut pas faire face à ce genre de poursuite», souligne-t-il.

M. Cheyney estime en outre que, depuis le début de toute cette saga, il y consacre 70 % de son temps. Du temps qu'il n'a pas eu pour travailler sur la rentrée littéraire. Il participera aussi à la commission parlementaire qui doit se tenir au cours de l'automne pour discuter du projet de loi sur les poursuites abusives, ou SLAPP. «La prochaine fois que je vais vouloir publier un livre un peu critique, je vais y penser longuement», ajoute-t-il, amer.

Il réitère par ailleurs, comme les auteurs du livre, qu'une telle démarche constitue un dangereux précédent qui menace la liberté d'expression au Canada, en plus d'«occulter le débat absolument nécessaire qu'il doit y avoir sur l'industrie minière». Et contrairement aux arguments évoqués par Barrick, l'auteur principal du livre, Alain Deneault s'est défendu à plusieurs reprises de verser dans la diffamation, soulignant que le livre repose sur des sources déjà publiques.

Écosociété a mis en ligne un site consacré à cette affaire et a reçu des milliers d'appuis de citoyens, mais aussi de personnalités publiques parmi lesquelles on retrouve Richard Desjardins, Frédérick Back, Jacques Lacoursière, Pierre Lapointe, Jacques Languirand et Hubert Reeves.






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  • Eric Shannon
    Inscrit
    mercredi 17 septembre 2008 03h09
    David contre Goliath
    « Moi je dis "Go Dave Go !" »

  • Parisien Jaque
    Abonné
    mercredi 17 septembre 2008 06h07
    David contre Goliath
    « L'image est juste. Écosociété, ce David des temps modernes, affronte un géant, un Goliath aurifère, dont la force et les moyens supplantent les siens. Il est clair que ce genre de recours en justice doit être banni, sinon toutes les maisons d'édition refuseront de publier des ouvrages « critiques » à l'égard de compagnies que l'on dit être des « fleurons » canadiens. À la rigueur, on pourrait exiger une authentification des sources, mais de là à porter atteinte au droit de parole, c'est inacceptable. Enfin, tenons compte du fait qu'Écosociété est une petite, toute petite maison d'édition « marginale » qui se spécialise dans les ouvrages dénonçant la « doxa » et tous conviendront qu'il y a anguille sous roche. »

  • Danielle Lécuyer Services Juridiques
    Abonnée
    mercredi 17 septembre 2008 07h12
    Que cherche Barrick Gold ?
    « Si le vice-président et directeur de Barrick Gold, Patrick J. Garver, souhaite un débat public comme il le prétend dans le titre de sa lettre ouverte d'aujourd'hui, beaucoup de gens en serait ravis.

    Mais n'est-ce pas bizarre de proposer une telle invitation au moment où des procédures judiciaires sont en cours ? »

  • Stéphane Doré
    Abonné
    mercredi 17 septembre 2008 08h06
    C'est une poursuite-bâillon, qu'ills essaient pas de nous amadouer
    « Le noeud du problème est justement là: qu'ils aient le droit de poursuivre pour des sommes d'argent. Qu'ils puissent poursuivre pour diffamation sans pourvoir obtenir de l'argent ça ne me cause aucun problème. Advenant une victoire ils seraient blanchis publiquement. Mais qu'une poursuite monétaire menace la survie d'une petite maison, mais grande institution, comme les Éditions Écosociété, c'est totalement innacceptable en démocratie. Point à la ligne. »

  • Mario Tremblay
    Abonné
    mercredi 17 septembre 2008 08h08
    Pour moi, le plus drôle est
    « Qu'une multinationale qui n'a ni coeur, ni âme, ni conscience, dont le seul objectif est de créer de la valeur pour les actionnaires par tous les moyens, soit si chatouilleuse sur sa réputation!
    La réputation est une résultante de nos actes passés ... Le niveau de pauvreté et d'exploitation de l'Afrique suffit à prouver que les actes passés, et présents, ne profitent pas à tout le monde! »

  • Pierre Samuel
    Abonné
    mercredi 17 septembre 2008 10h11
    L'information "libre" est "sans prix"!
    « A notre époque du "conformisme triomphant", la liberté d'expression se doit plus que jamais de demeurer à l'abri de ces requins sans scrupule utilisant le pouvoir de l'argent pour tenter de camoufler leur perfidie! La petite maison d'édition Ecosociété représente justement l'une de ces rares voix primordiales à la survie d'une information d'autant plus essentielle qu'elle est "sans prix"! »

  • Richard Guay
    Abonné
    mercredi 17 septembre 2008 10h17
    Dans la cour des grands
    « Barrick Gold vs Écosociété. Il y évidemment deux choses dans cette histoire: la taille des deux belligérants, mais aussi leur droit égal à la liberté d'expression. Or, une des limites à la liberté d'expression est de portée atteinte à la réputation de quelqu'un ou d'une institution, ce pourquoi Barrick poursuit.

    Mais des questions me tracassent:
    pourquoi Barrick, qui dispose d'une assurance contre les risques politiques auprès du Gouvernement canadien (source: http://www.investissementresponsable.com/articles/1004115880.asp) met-il plus d'énergie à soigner son image qu'à changer ses pratiques?
    pourquoi faire taire Écosociété alors qu'elle fait écho à la critique de certains de ses propres actionnaires?
    (voir http://www.amnesty.ca/blog_post.php?id=167#more) »

  • Bruno Dubuc
    Inscrit
    mercredi 17 septembre 2008 10h30
    Je songe à poursuivre Barrick
    « Cette lettre humoristique, dont le ton de vierge offensée est une véritable pièce d'anthologie, affirme donc sans rire que, « en tant qu'acteur social responsable » (sic), Barrick Gold a le droit « et même le devoir » (re-sic) de défendre sa réputation devant des accusations sans fondement. Et c'est bien entendu en pulvérisant la petite maison d'édition Écososiété sous le poids de ses millions que Barrick « ne s'oppose pas à l'examen public de ces questions » et se défend d'avoir entrepris une poursuite-bâillon (SLAPP).

    Personnellement, je songe à poursuivre Barrick Gold pour dommage au bien privé et atteinte à la réputation. En effet, la lecture de leur lettre ayant provoqué chez moi un relâchement des sphincters tels que certains liquides physiologiques à forte dose d'ammoniaque (remarquez, c'est moins pire que le cyanure...) se sont répandus sur ma chaise de bureau, la rendant ainsi inadéquate à mon rôle d'acteur social responsable, et me faisant du coup perdre des revenus importants, en plus de ruiner ma réputation auprès de mes amis qui me considèrent à présent comme un vieux sénile incontinent... »

  • Jocelyne Brunet
    Inscrite
    mercredi 17 septembre 2008 23h12
    Cupidité
    « Si Barrick Gold ne tient qu'à sauver sa réputation, pourquoi poursuivre pour des millions une petit maison d'édition comme Écosociété? Pouquoi ne pas réclamer la somme symbolique d'un dollar? Le montant réclamé ne fait que ternir davantage l'image de cette compagnie aurifère. Sa cupidité est ainsi étalée partout sur la place publique. Barrick Gold pue l'arrogance.

    Jocelyne Brunet
    Gatineau »

  • Serge Galipeau
    Abonné
    vendredi 19 septembre 2008 10h09
    La loi de la facilité!
    « Barrick Gold a choisi la voie facile, soit celle de mandater sa flotte d'avocats à la construction d'une poursuite qui vise essentiellement à faire taire la critique. Il faut se rappeler que les frais d'avocat font partie des coûts d'exploitation d'une compagnie, donc déductibles d'impôt. C'est triste de constater qu'une multinationale comme Barrick Gold préfère se cantonner dans des procédures judiciaires, plutôt que de se défendre sur la place publique.

    Nous savons par quoi Écosociété passe en ce moment. Après avoir dénoncé un problème environnemental très important dans l'Outaouais, ma femme et moi sommes poursuivis pour 1,25 million depuis deux ans par les propriétaires d'un dépôt de matériaux secs (DMS) pour « diffamation ». Le mot magique, toujours utilisé dans les poursuites-bâillons. Et pourtant, ce DMS a été fermé par le ministre Béchard en 2006, une première au Québec. Et en plus, la compagnie a récemment reconnu sa culpabilité pour avoir enfreint la Loi sur la qualité de l'environnement. Elle a reconnu avoir enfreint la loi à six reprises, notamment d'avoir émis dans l'environnement des gaz susceptibles de porter atteinte à la santé, d'avoir reçu et enfoui des déchets inacceptables et d'avoir déversé du sable dans le ruisseau Blackburn.

    Serge Galipeau et Christine Landry
    Cantley, Québec »

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