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Le piratage informatique de films gagne du terrain

Philippe Papineau   8 août 2008  Justice
Zoé Félix et Kad Merad dans Bienvenue chez les Ch’tis, que téléchargent 9800 Français quotidiennement.
Zoé Félix et Kad Merad dans Bienvenue chez les Ch’tis, que téléchargent 9800 Français quotidiennement.
Une étude récente publiée en France par l'Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA) affirme que près de 450 000 téléchargements illégaux de films récents sont effectués en France, et ce chaque jour, soit l'équivalent du nombre d'entrées dans les salles de cinéma. Ces chiffres sont rendus publics quelques mois après le dépôt d'un projet de loi qui vise à punir le piratage.

L'ALPA, un organisme créé par des compagnies de cinéma, dont Gaumont, a demandé aux firmes Thomson et Advestigo de surveiller les échanges sur les grandes plateformes de téléchargement entre les mois de novembre 2007 et juin 2008.

L'association s'est penchée sur les 100 films étrangers ou français les plus piratés, ce qui représente 90 % de l'ensemble des téléchargements. Seuls les films en version française ont été comptabilisés.

En moyenne, 14 millions de films seraient téléchargés chaque mois. Quelque 168 millions de fichiers seraient illégalement piratés sur les réseaux «pair-à-pair», soit environ 2,6 films par résidant de l'Hexagone. La demande réelle pourrait même être encore bien supérieure à ces statistiques, car les systèmes pair-à-pair, qui permettent le partage de fichiers entre plusieurs ordinateurs, ne répondent qu'à moins de 40 % des requêtes des internautes.

«On ne s'attendait pas à de tels chiffres, a indiqué à l'Agence France-Presse le délégué général de l'ALPA, Frédéric Delacroix. Nous sommes devant un phénomène majeur qui peut mettre en péril l'industrie du cinéma et de l'audiovisuel.»

Le chroniqueur québécois spécialisé en nouvelles technologies, Bruno Guglielminetti, met un bémol sur les chiffres de l'ALPA. «C'est évident que cette étude est publiée avec intérêt, et dans le cadre d'une campagne de lobby» autour du projet de loi Hadopi, qui sera examiné à l'automne par le Parlement français. La loi prévoirait d'abord un avis, «et plus ça irait, plus on deviendrait sévère avec les contrevenants», explique Guglielminetti.

Frédéric Delacroix a d'ailleurs affirmé que «la piraterie des films nécessite des mesures appropriées urgentes». Pour l'ALPA, le projet de loi Hadopi, présenté à la mi-juin par la ministre de la Culture, Christine Albanel, est «peut-être une solution».

Le Québec moins touché

Selon Bruno Guglielminetti, ceux qui piratent les films sont peu nombreux mais ils le font souvent. «Il y a de gros collectionneurs qui vont télécharger cinq à dix films par mois. Au Québec, ça devient difficile, parce que la bande passante commence à coûter cher, mais en France, il y a encore moyen d'avoir une bande passante illimitée.»

Le chroniqueur techno assure aussi que le phénomène du piratage de films n'a pas du tout la même ampleur au Québec qu'en France. L'Association des producteurs de films et de télévision du Québec (APFTQ) est toutefois soucieuse du téléchargement illégal. «C'est un phénomène assez inquiétant pour les gens qui ont des droits d'auteur sur ces oeuvres-là et qui ne peuvent pas bénéficier d'une juste rémunération», a déclaré au Devoir la directrice des communications de l'APFTQ, Céline Pelletier.

Selon les chiffres de l'ALPA, 66 % des contenus piratés sont des films américains et 19 %, des films français. La production de l'Hexagone la plus piratée est Bienvenue chez les Ch'tis, avec 9800 téléchargements quotidiens. Depuis son lancement en mars, le film aurait donc intéressé 682 000 internautes cinéphiles. suivie de Persepolis et de La Môme.

Ni l'APFTQ ni l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec n'ont de statistiques sur la quantité de films piratés en ligne de notre côté de l'Atlantique. «Je ne sais pas quel titre est le plus téléchargé, mais c'est la notoriété des films qui crée un engouement sur Internet», explique Céline Pelletier. «Et on sait qu'au Québec, nos oeuvres sont très populaires.»

M. Guglielminetti croit plutôt que les Québécois agissent par rapport au piratage de films comme ils le font avec la musique. «Quand on regarde les sondages et les enquêtes, on se rend compte que les Québécois, quand ils téléchargent de la musique, ne ressentent aucune gêne à pirater de gros artistes américains et européens mais ont des scrupules à télécharger des groupes d'ici. Et j'ai l'impression que, pour le cinéma, c'est la même chose.»

Au Canada, la GRC a précisé au Devoir qu'elle ne pouvait pas intervenir dans ce genre de méfait informatique tant qu'il n'y a pas de commerce fait avec les fichiers piratés.

Mentionnons qu'à la mi-juillet, des producteurs de l'industrie du disque, l'ADISQ et l'APFTQ ont réussi à obtenir de la Cour supérieur du Québec qu'elle oblige la fermeture du site Quebectorrent.com, sur lequel il était possible de trouver plusieurs milliers de fichiers, dont des films et de la musique québécois. Le site a toutefois repris vie peu de temps après sur des serveurs situés en Malaisie, sous le nom de Torrent411.com.

***

Avec Le Monde et l'AFP






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