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Les années 1970 - La GRC a espionné les féministes

Mais les agents secrets ne comprenaient pas ces «femmes en sueur et mal peignées»

La Presse canadienne   5 août 2008  Justice
Photo : Agence France-Presse
Ottawa — Des agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ont infiltré le mouvement féministe au début des années 1970, afin de surveiller de près certaines militantes, selon ce que révèlent de nouvelles recherches.

Un rapport sur un rassemblement pour la libération des femmes tenu en mars 1972, à Winnipeg, contient des renseignements biographiques sur plusieurs militantes, y compris Rita MacNeil, une auteure-compositrice-interprète du Nouveau-Brunswick.

Mme MacNeil figure parmi une douzaine de femmes au Canada qui ont fait l'objet d'une surveillance étroite de la GRC, selon des recherches menées récemment par les historiens Steve Hewitt et Christabelle Sethna sur des centaines de pages de documents déclassifiés.

Il avait déjà été mis au jour que le Service de sécurité de la GRC, aujourd'hui aboli, avait espionné une série d'organisations durant la Guerre froide — allant des syndicats aux associations étudiantes — avec l'objectif d'évaluer la menace potentielle des groupes de gauche, probablement liés à des force étrangères hostiles.

Le service avait ouvert le dossier du mouvement de libération des femmes au Canada le 13 mai 1969. Les agents dépendaient d'informatrices pour les réunions à huis clos.

La GRC s'inquiétait de l'infiltration du mouvement par des agents communistes.

Steve Hewitt, un spécialiste des services de renseignement de la GRC, et Christabelle Sethna, plutôt férue des études féministes, ont marié leur intérêt respectif pour s'investir dans cette recherche.

Selon eux, les forces essentiellement masculines de la GRC avaient de la difficulté à comprendre une nouvelle génération de femmes qui cherchaient à bousculer les rôles traditionnels.

«Ils avaient du mal à comprendre leurs stratégies, leurs objectifs et leurs tactiques», a soutenu Mme Sethna, qui enseigne à l'Université d'Ottawa.

Une note sur le rassemblement de Winnipeg décrit une assemblée en ces termes: «[...] environ une centaine de femmes en sueur et mal peignées se tenant par les bras au milieu de la pièce, pleurant et dansant».

La GRC avait eu un intérêt particulier pour le caucus des femmes de Vancouver et sa caravane sur l'avortement, qui marchait dans tout le pays pour protester contre la loi régulant les arrêts de grossesse.

En dépit du fait que la GRC surveillait étroitement la caravane, ses membres étaient parvenus à occuper le terrain de la résidence du premier ministre du Canada et à déposer un cercueil symbolique à la porte. Plus tard, ces femmes s'étaient faufilées dans la Chambre des communes avec des cadenas à bicyclette et s'enchaînant à des sièges.

Les deux chercheurs ont conclu que le Service de sécurité de la GRC n'avait pas considéré les groupes féministes comme étant assez importants pour justifier une refonte des forces policières. La GRC n'aurait tout simplement pas pris autant au sérieux ces femmes, que le service espionnait, que leurs contreparties masculins.

Le Dr Henry Morgentaler, figure déterminante du combat pour le droit à l'avortement, est mentionné dans les mémos de la GRC. Son nom est toutefois mal épelé sur une note du début des années 1970, les agents référant au «Dr Morgenthaller», un autre signe selon les chercheurs de la méconnaissance du mouvement à l'époque.
 
 
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