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Un jugement exemplaire

Bernard Descôteaux   12 décembre 2007  Justice
C'était le jugement que l'on attendait. Le juge Claude Leblond a reconnu la culpabilité de Vincent Lacroix à toutes les accusations portées par l'Autorité des marchés financiers. Coupable 51 fois! À ce jugement exemplaire, il faut espérer que s'ajouteront des peines tout aussi exemplaires qui inciteront tous les fiduciaires qui gèrent les fonds de petits comme de grands investisseurs à la plus grande responsabilité.

Le jugement rendu hier n'est pas l'épilogue de l'affaire Norbourg. Les 9200 investisseurs qui ont été floués y trouveront un peu de justice, laquelle pourrait cependant ne jamais être totalement rendue. Ils n'auront la paix que lorsqu'ils recouvreront les 115 millions qu'on leur a volés par l'effet d'une fraude qui, dans de très nombreux cas, a brisé leur vie. Au surplus, ils verront possiblement l'ex-patron de Norbourg continuer de nier toute responsabilité et en appeler de sa condamnation.

L'Autorité des marchés financiers entend requérir une peine de prison et des amendes au nom de l'exemplarité pour dissuader d'autres gestionnaires de fonds d'imiter Vincent Lacroix. La peine encourue sera cependant relativement légère. En théorie, Lacroix pourrait être condamné à 255 ans de prison puisque les peines maximales de cinq ans moins un jour prévues pour chacun des

51 chefs d'accusation sont cumulables. Les accusations ayant été portées en vertu des dispositions de la Loi sur les valeurs mobilières, il serait étonnant que le juge Leblond inflige à l'ex-p.-d.g. de Norbourg une peine plus sévère que celle qu'il encourrait en vertu, cette fois, des dispositions du Code criminel.

Des poursuites criminelles devraient être engagées contre Vincent Lacroix. Elles serviraient à montrer qu'un crime économique n'est pas un simple délit, mais un crime tout aussi grave qu'un vol à main armée. Cela, les victimes de Lacroix le savent et le ressentent fort bien. La Gendarmerie royale du Canada a entrepris une enquête parallèle à celle de l'AMF qui ne semble pas aboutir. Vingt-huit mois après le début de l'affaire Norbourg, ce corps de police est totalement muet, tout comme il l'est dans d'autres causes de même nature. Pensons ici aux poursuites qui ne viennent toujours pas contre les participants au scandale des commandites. Choquant!

Beaucoup de reproches ont été faits à l'AMF pour n'avoir pas agi de façon préventive dans ce scandale. La conclusion de ce procès redorera quelque peu son blason puisqu'elle y a présenté une preuve magistrale. Il lui appartient maintenant de déployer tous les efforts possibles pour que les investisseurs floués retrouvent au moins une partie de leur argent. Des recours collectifs ont été entrepris qui dureront des années, sans garantie de résultats. N'y aurait-il pas une autre voie à suivre pour compenser ne serait-ce qu'en partie ces victimes?

Parmi les leçons à tirer de l'affaire Norbourg, il y a certainement la nécessité de mettre en place un mécanisme de protection. Le nombre d'épargnants détenant des fonds de placement n'a cessé de croître. Ils sont devenus des produits de consommation au même titre que bien d'autres. Les agences de voyage assurent les voyageurs contre les fraudes et les faillites. Pourquoi les sociétés de gestion de fonds collectifs ne feraient-elles pas de même? Ce ne sont pas les moyens qui leur manquent.

La multiplication des scandales financiers illustre la nécessité d'assurer une surveillance accrue pour protéger les épargnants. Le gouvernement du Québec déposera prochainement un projet de loi qui visera à renforcer les pouvoirs de l'AMF et à donner plus de mordant aux mécanismes de dissuasion. Tant mieux! Mais il ne s'agit pas tant de faire peur aux fraudeurs que de s'assurer que tous les intervenants du monde des placements arrivent à se concerter autour d'un seul objectif, celui de bien servir les intérêts des épargnants.

bdescoteaux@ledevoir.com






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  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mercredi 12 décembre 2007 03h42
    Lumière rouge
    « Tant que des investisseurs vont confier leurs fonds à des étrangers dans le but de faire plus de revenus, il n'y a pas de lois qui vont empêcher ces derniers de les...voler. »

  • jacques noel
    Inscrit
    mercredi 12 décembre 2007 08h05
    255 ans de prison?
    « Black a volé 6 millions à sa cie mais ses actionnaires n'ont pas du tout été affectés par ce vol. C'est un peu comme tous ces employés qui volent leur boss. C'est un vol, c'est criminel, mais en bout de ligne ça ne change pas grand chose pour l'actionnaire de la cie. Considérant son âge et l'absence de dossier, sa sentence de 6 ans me semble correcte, surtout qu'il va en faire 85%. Bref, la Justice américaine en sort grandie.

    L'histoire de Lacroix est totalement différent puisque là, chaque dollar volé l'a été directement dans le compte des investisseurs. Ce que Lacroix a fait est inqualifiable. Dans des pays comme la Chine ce serait la peine de mort.

    De penser que pareil filou est libre depuis la révélation de ce crime il y a 2 ans et demi, de penser qu'il ne ramassera que 5 ans, de penser qu'il ne fera même pas une année en dedans dans un pénitencier quatre-étoiles avec steak-frites, gym et psys, devraient susciter la révolte du bon peuple. Des manifs dans les rues. Un déluge de fax et de courriels chez les députés.

    Avec des procès loufoques (115 millions pour Pickton, 300 millions pour Air India), avec ses jugements loufoques (le poignard à l'école), avec ses libérations conditionnelles dès le sixième de la peine, avec ses nominations politiques (Gomery nous a appris que ce sont des libéraux qui mènent les juges), le système de Justice canadien est digne d'un régime de bananes. Et dans c'est ce régime que le Québec devrait continuer à évoluer.... »

  • Fernand Turbide
    Inscrit
    mercredi 12 décembre 2007 11h03
    Ce n'est pas chez les pauvres...
    « Ce n 'est pas chez les pauvres qu'il faut chercher pour trouver de l'argent comme tente de le faire le ministre des affaires sociales du Québec mais chez les membres de la SDCA
    ( la société des doubles crosseurs administrateurs.) .
    Et dans toutes les classes de la société. C'e n'est pas en bas de l'échelle qu'il faut regarder mais par en haut dans la haute administration de nos sociétés d'État et de toutes celles qui opèrent en sol Québécois et Canadien Autour de cette corporation d'exploiteurs professionnels on va trouver des fraudes et des évasions de toutes sortes qui privent la collectivité de sommes importantes. Dans les comptes de dépenses généreux dont se gratifient ces gens sans scrupule. Mais dans toute cette aventure il ne faut pas oublier de protéger les enfants concernés dans ce scandale.
    Ils ne sont en rien responsable du drame qui touche la famille et de la gravité de la faute commise. Il ne faut pas non plus juger plus sévèrement ces crimes que ceux des tueurs de toutes sortes.....Les cages et les prisons doivent surtout servir a enfermer les dangereux, ceux qui s'attaquent a l'intégrité de la personne.

    Fernand Turbide »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mercredi 12 décembre 2007 13h18
    @ M. Jacques Noel
    « M. Jacques Noel écrit : «le système de Justice canadien est digne d'un régime de bananes»

    Au prix que notre justice coûte, faudrait dire : Le système de justice canadien est digne de la vie de Conrad Black parce qu'un régime de bananes, c'est très très économique quand on vérifie les prix à l'épicerie. »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 12 décembre 2007 15h05
    Une autre farce monumentale
    « Bernard Descôteaux se réjouit que le juge Claude Leblond ait sévèrement condamné Vincent Lacroix. Mais que changera cette condamnation exemplaire ? Madame Jérôme-Forget et autres ardents défenseurs d'un État au service du capitalisme (les «titsamis») nous promettent une loi qui aura des dents. À les connaître, je m'attends plus à une loi à dentiers aisément amovibles.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mercredi 12 décembre 2007 17h22
    Exemplaire?
    « Ça fait une belle jambe aux victimes qui se retrouvent sur la paille alors que Vincent Lacroix prend des notes et... cours toujours en complet veston impeccable! Comment ? Il n'est pas encore à la soupe populaire avec les sans-abris ? Où crèche-t-il ? Vite une photo de la cabane à la une, Pauline Marois a bien eu la sienne ! L'a-t-on viré à l'envers pour trouver les 115 millions comme on l'a fait e n octobre 70 ? Où sont la SQ et la GRC ? À électrocuter les citoyens désemparés? Qu'est-ce que l'on attend pour faire une loi qui saisirait tous les avoirs de ces criminels en veston-cravate qui font vivre grassement les cabinets d'avocats ?

    Claude L'Heureux, Québec »

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