Nécessaire moratoire
Inutile d'attendre une sacro-sainte preuve scientifique avant de remiser, temporairement du moins, le Taser, ce controversé pistolet à décharge électrique lié à de nébuleux décès.
Il faut voir, comme environ 600 000 internautes l'ont fait cette semaine, le poignant vidéo amateur montrant la mort en direct du Polonais Robert Dzieskanski à l'aéroport international de Vancouver le 14 octobre dernier. Il faut voir jusqu'au bout cette douloureuse sortie de piste pour comprendre que ce dont le pauvre homme avait le plus besoin, c'était le soutien d'un interprète. En lieu et place, quatre officiers de la Gendarmerie royale du Canada lui ont assené, coup sur coup, deux décharges électriques.
Une autopsie nous dira à quoi M. Dzieskanski a succombé, mais à lui seul, le docu-réalité de cet être traqué et perturbé permet de comprendre que les policiers ont fait un usage plus que douteux de cette arme de dernier recours.
Avec sa décharge électrique de 50 000 volts, le Taser doit en théorie permettre de minimiser les pertes de vie en neutralisant la cible par choc électrique plutôt que par balle. Il devrait servir à des agents qui auraient épuisé tous les recours physiques prévus au protocole pour maîtriser un individu agité. Choquant: les images diffusées cette semaine démontrent tout le contraire!
S'accrochant à l'intangible — aucune analyse scientifique n'a lié les décès au Taser —, tant le fabricant que les corps policiers défendent l'efficacité de cette arme, qui aurait permis de sauver plusieurs vies... Non seulement les études brandies ne présentent aucun caractère indépendant, il s'agit en plus de supputations et de jeux de l'esprit. Pendant qu'on calcule hypothétiquement les amnistiés, les vrais morts, eux, s'empilent. Depuis 2001, 18 décès sont survenus au Canada après usage du Taser. Aux États-Unis, il y en a eu 250, un bilan qu'Amnesty International dénonce avec véhémence.
La confusion est telle autour de cet élément de l'arsenal policier que sept enquêtes sont en cours au Canada. Des arguments de poids plaident contre cette arme. En effet, les tests effectués sur des sujets en santé fausseraient les résultats, car dans la pratique, les policiers doivent souvent se servir du Taser contre des gens intoxiqués ou malades. De plus, le protocole d'emploi du pistolet gagnerait à être révisé: plusieurs des victimes n'étaient ni armées ni même agressives.
Donnant l'étrange impression de protéger ses policiers plutôt que de défendre ses morts, Québec n'a pas attendu les conclusions de son comité d'experts pour balayer la possibilité d'un moratoire pourtant nécessaire, se contentant d'inviter les agents à une utilisation «plus prudente». Mais que faudra-t-il donc?
Que le responsable soit l'objet ou son utilisateur, il semble que, dans certains cas, la combinaison des deux donne un mélange meurtrier. Dans le doute, ne s'abstient-on pas? Tant que la lumière ne sera pas faite sur ce dossier, le Taser doit être mis au rancart.
***
machouinard@ledevoir.com
Il faut voir, comme environ 600 000 internautes l'ont fait cette semaine, le poignant vidéo amateur montrant la mort en direct du Polonais Robert Dzieskanski à l'aéroport international de Vancouver le 14 octobre dernier. Il faut voir jusqu'au bout cette douloureuse sortie de piste pour comprendre que ce dont le pauvre homme avait le plus besoin, c'était le soutien d'un interprète. En lieu et place, quatre officiers de la Gendarmerie royale du Canada lui ont assené, coup sur coup, deux décharges électriques.
Une autopsie nous dira à quoi M. Dzieskanski a succombé, mais à lui seul, le docu-réalité de cet être traqué et perturbé permet de comprendre que les policiers ont fait un usage plus que douteux de cette arme de dernier recours.
Avec sa décharge électrique de 50 000 volts, le Taser doit en théorie permettre de minimiser les pertes de vie en neutralisant la cible par choc électrique plutôt que par balle. Il devrait servir à des agents qui auraient épuisé tous les recours physiques prévus au protocole pour maîtriser un individu agité. Choquant: les images diffusées cette semaine démontrent tout le contraire!
S'accrochant à l'intangible — aucune analyse scientifique n'a lié les décès au Taser —, tant le fabricant que les corps policiers défendent l'efficacité de cette arme, qui aurait permis de sauver plusieurs vies... Non seulement les études brandies ne présentent aucun caractère indépendant, il s'agit en plus de supputations et de jeux de l'esprit. Pendant qu'on calcule hypothétiquement les amnistiés, les vrais morts, eux, s'empilent. Depuis 2001, 18 décès sont survenus au Canada après usage du Taser. Aux États-Unis, il y en a eu 250, un bilan qu'Amnesty International dénonce avec véhémence.
La confusion est telle autour de cet élément de l'arsenal policier que sept enquêtes sont en cours au Canada. Des arguments de poids plaident contre cette arme. En effet, les tests effectués sur des sujets en santé fausseraient les résultats, car dans la pratique, les policiers doivent souvent se servir du Taser contre des gens intoxiqués ou malades. De plus, le protocole d'emploi du pistolet gagnerait à être révisé: plusieurs des victimes n'étaient ni armées ni même agressives.
Donnant l'étrange impression de protéger ses policiers plutôt que de défendre ses morts, Québec n'a pas attendu les conclusions de son comité d'experts pour balayer la possibilité d'un moratoire pourtant nécessaire, se contentant d'inviter les agents à une utilisation «plus prudente». Mais que faudra-t-il donc?
Que le responsable soit l'objet ou son utilisateur, il semble que, dans certains cas, la combinaison des deux donne un mélange meurtrier. Dans le doute, ne s'abstient-on pas? Tant que la lumière ne sera pas faite sur ce dossier, le Taser doit être mis au rancart.
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machouinard@ledevoir.com
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