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Nécessaire moratoire

Marie-Andrée Chouinard   24 novembre 2007  Justice
Inutile d'attendre une sacro-sainte preuve scientifique avant de remiser, temporairement du moins, le Taser, ce controversé pistolet à décharge électrique lié à de nébuleux décès.

Il faut voir, comme environ 600 000 internautes l'ont fait cette semaine, le poignant vidéo amateur montrant la mort en direct du Polonais Robert Dzieskanski à l'aéroport international de Vancouver le 14 octobre dernier. Il faut voir jusqu'au bout cette douloureuse sortie de piste pour comprendre que ce dont le pauvre homme avait le plus besoin, c'était le soutien d'un interprète. En lieu et place, quatre officiers de la Gendarmerie royale du Canada lui ont assené, coup sur coup, deux décharges électriques.

Une autopsie nous dira à quoi M. Dzieskanski a succombé, mais à lui seul, le docu-réalité de cet être traqué et perturbé permet de comprendre que les policiers ont fait un usage plus que douteux de cette arme de dernier recours.

Avec sa décharge électrique de 50 000 volts, le Taser doit en théorie permettre de minimiser les pertes de vie en neutralisant la cible par choc électrique plutôt que par balle. Il devrait servir à des agents qui auraient épuisé tous les recours physiques prévus au protocole pour maîtriser un individu agité. Choquant: les images diffusées cette semaine démontrent tout le contraire!

S'accrochant à l'intangible — aucune analyse scientifique n'a lié les décès au Taser —, tant le fabricant que les corps policiers défendent l'efficacité de cette arme, qui aurait permis de sauver plusieurs vies... Non seulement les études brandies ne présentent aucun caractère indépendant, il s'agit en plus de supputations et de jeux de l'esprit. Pendant qu'on calcule hypothétiquement les amnistiés, les vrais morts, eux, s'empilent. Depuis 2001, 18 décès sont survenus au Canada après usage du Taser. Aux États-Unis, il y en a eu 250, un bilan qu'Amnesty International dénonce avec véhémence.

La confusion est telle autour de cet élément de l'arsenal policier que sept enquêtes sont en cours au Canada. Des arguments de poids plaident contre cette arme. En effet, les tests effectués sur des sujets en santé fausseraient les résultats, car dans la pratique, les policiers doivent souvent se servir du Taser contre des gens intoxiqués ou malades. De plus, le protocole d'emploi du pistolet gagnerait à être révisé: plusieurs des victimes n'étaient ni armées ni même agressives.

Donnant l'étrange impression de protéger ses policiers plutôt que de défendre ses morts, Québec n'a pas attendu les conclusions de son comité d'experts pour balayer la possibilité d'un moratoire pourtant nécessaire, se contentant d'inviter les agents à une utilisation «plus prudente». Mais que faudra-t-il donc?

Que le responsable soit l'objet ou son utilisateur, il semble que, dans certains cas, la combinaison des deux donne un mélange meurtrier. Dans le doute, ne s'abstient-on pas? Tant que la lumière ne sera pas faite sur ce dossier, le Taser doit être mis au rancart.

***

machouinard@ledevoir.com
 
 
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  • CAROLL Annie - Inscrite
    24 novembre 2007 03 h 35
    Taser et le fous
    Le déchainement médiatique récent prouve 3 choses.
    1- Le gens n'ont aucune idée du métier de policier...
    2- Interdire le TASER équivautrati a augmenter le nombre de morts de 12 000 par an et le blesuures de 80% des 2 côtes
    3- Dans le cas de ce pauvre polonais il ne faut pas confondre ce qu'a fait la police et le TASER...
    C'est sur s'ils avaient tiré avec leur pistolets meurtrier les images n'auraien taps fiat le tour du mnde.. Tue est devenu tellement banal que le TV se n'y interessent pas.. mais voir un pauvre homme se tordre de douleur pendant quelques secondes pour le neutreliser c'est inhumain..
    Le coups donnés après l'utilisation du TASER pieds et matraque n'inéressent bien evidemment personne; L'autopsie pour dire de quoi est mort l'homme non plus...
    PAUVRE MONDE
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  • Gabriel RACLE - Inscrit
    24 novembre 2007 08 h 17
    Cercle vicieux
    À l'intéressante analyse de Marie-Andrée Chouinard, il faudrait ajouter les récentes déclarations du Comité de l'ONU contre la torture, chargé de surveiller l'application de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, qui estimait, le 23 novembre dernier, que l'utilisation du pistolet à impulsion électrique Taser constitue « une forme de torture » et « peut même provoquer la mort ».

    Il s'en explique ainsi : « L'usage de ces armes provoque une douleur aiguë », pouvant aller jusqu'à « causer la mort, ainsi que l'ont révélé des études fiables et des faits récents survenus dans la pratique. Les conséquences sur l'état physique et mental des personnes ciblées serait de nature à violer les dispositions de la Convention anti-torture de l'ONU». Ces remarques des dix experts du Comité se trouvent dans une recommandation faite au Portugal, qui a acheté pour sa police des pistolets de type Taser X-26, en lui demandant « d'envisager de renoncer à l'usage des armes électriques ».

    Cette recommandation va dans le sens de ce que souligne l'article dont l'auteure demande un moratoire nécessaire sur l'utilisation de cette arme. Mais l'objection classique est qu'il vaut mieux utiliser cette arme, censée être non mortelle, plutôt que d'employer une arme mortelle comme un pistolet. Si l'on s'engage dans la spirale d'un tel argument, on s'engage inévitablement dans un cercle vicieux dont on ne peut sortir.

    Il existe pourtant deux moyens simples, logiques et nécessaires pour sortir de cette impasse. Il faut que des experts indépendants - donc sans liens avec le fabricant ni avec les corps policiers - entreprennent de solides études scientifique et médicales pour savoir réellement ce qu'il en est des effets de cette arme, en particulier sur des personnes souffrant de problèmes de santé, en état de stress, d'ébriété, d'intoxication, etc. D'autre part, il faudrait qu'au vu des résultats de cette étude - si cette arme peut être utilisée dans certaines circonstances - que ces mêmes experts et des représentants qualifiés des autorités de la police et de la justice définissent des règles strictes d'utilisation des ces armes et des circonstances dans lesquelles elles peuvent l'être.

    En attendant les résultats de ces travaux - de ceux des experts scientifiques en premier - il faut suspendre l'emploi de cette arme. L'exemple navrant du comportant des gendarmes à Vancouver montre bien qu'il est urgeant de prendre de telles dispositions.
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  • Eric Allard - Abonné
    24 novembre 2007 09 h 22
    Arme mortelle
    Il est évident qu'il faut comprendre le travail des policiers, mais sur quelle étude s'appuie-t'on pour affirmer que le taser a sauvé 12 000 vies?
    Il faut comprendre que le dit taser est apparu au sein des corps policiers dans le but de remplacer l'usage d'une arme encore plus dangereuse, soit l'arme de fonction du policier. Et dans cette optique, je persiste à croire que l'utilisation du taser devrait continuer.
    Par contre, la réalité des interventions nous porte à croire que certains policiers ne comprennent pas le danger relié à l'utilisation de cet outil et l'utilisent dans des situations où leur sécurité n'est pas réellement menacée.
    En lieu d'un moratoire, ne serait-il pas plus adapté de soumettre légalement l'utilisation du taser aux mêmes lois et conditions que l'utilisation d'une arme à feu par les corps policiers? Ce qui revient à dire que chaque utilisation du taser ouvrirait nécessairement une enquête au même titre que l'utilisation d'une arme à feu, et entraînerait les mêmes conséquences pour le policier si l'utilisation n'était pas justifiée.
    Mais comme personne ne conteste l'utilisation d'une arme à feu dans les circonstances permises par la loi, il est évident que toutes les occasions où le policier pourrait remplacer celle-ci par le taser seraient des occasions de tenter de sauver des vies, sans garanties. Un moratoire à l'aveuglette empêcherait donc de sauver ces vies. En autant que les gouvernements veuillent légisférer en ce sens.
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  • CAROLL Annie - Inscrite
    24 novembre 2007 09 h 31
    On peut aussi faire un moratoir sur la police
    Les réactions sur un moratoire TASER est d'un ridicule..
    Pourquoi pas faire un moratoire sur la police et attendant que des sociologes... politiciens... et autres se prononcent... en attendant je ne souhaite pas à l'illuminé qui a le desir de suspendre le TASER d'avoir besoin de la police... Et si elle arrive les mains vides???
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    24 novembre 2007 09 h 41
    Examen médical et Taser
    On nous dit qu'il faut être en très bonne forme physique pour subir le choc d'un Taser. Comme le policier n'a pas le temps de faire passer un examen médical au suspect avant de le tirer et qu'il n'a pas de médecin à ses côtés, faut abandonner cette arme ou tirer seulement dans les jambes...peut-être.
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  • Steve Fortin - Abonné
    24 novembre 2007 09 h 57
    Mini-exécutions sommaires et paresse de jugements...
    Suis-je le seul à penser que dans un dossier comme celui-ci, les policiers bénéficient d'une impunité beaucoup trop large ? Nul n'a besoin d'être enquêteur chevronné pour constater la force démesurée dont on fait usage les policiers appelés à l'aéroport de Vancouver. Sans compter que la première version de ces mêmes policiers, avant que l'enregistrement vidéo ne soit connu, était mensongère de part la faute et les actes violents que l'on imputait au polonais et que se sont avérés complètement faux.

    Nul ne doute que le métier de policier peut-être dangereux, que ceux-ci sont souvent placés dans des situations stressantes, au contact d'individus potentiellement violents. Mais une telle réaction de leur part, et beaucoup d'autres récemment montrant l'usage du pistolet à impulsion électrique, soulève un questionnement plus problématique encore : les policiers concluent-ils trop souvent et trop rapidement à la dangerosité d'individus qui ne le sont manifestement pas ? et le pistolet-taser est-il un outil qui tend à fausser le jugement des policiers en se voulant être un substitut d'intervention ou la violence devrait être évitée? Autrement dit, le pistolet-taser serait un raccourci, dit-on non-mortel selon le manufacturier et les corps policiers qui en défendent l'utilisation, plutôt que l'intervention physique ou la négociation, certes plus longue, mais qui, assurément, dans le cas du polonais de Vancouver, aurait sauvé une vie.

    Tant que les policiers ne seront pas imputables des excès de violence et des erreurs de jugement qui causent la mort, un raccourci comme le Taser aboutira à des mini-exécutions sommaires par décharges de 50 000 volts comme ce fut le cas à Vancouver et trop souvent ailleurs.
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  • l poisson - Inscrit
    24 novembre 2007 18 h 23
    Pas d'vues: pas vu, pas pris. Pour un moratoire médiatique
    En cette fin de semaine de congrès pour les journalistes de la FPJQ à Québec, pourquoi ne pas suggérer également un moratoire médiatique face aux relationnistes policiers ?

    Car Steve Fortin a bien raison de nous rafraîchir la mémoire quand il écrit:
    "Sans compter que la première version de ces mêmes policiers, avant que l'enregistrement vidéo ne soit connu, était mensongère de part la faute et les actes violents que l'on imputait au polonais et que se sont avérés complètement faux."

    Les journalistes couvrant les partis politiques ont appris à se méfier des "spin doctors" distribuant leurs avis éclairés comme les organisateurs de Duplessis semaient les pots-de-vin.

    Malgré un encadrement douillet de la presse par l'armée, les Canadiens finiront bien un jour par apprendre ce qui se passe vraiment en Afghanistan.

    Lors du Sommet d'août 2007 à Montebello, deux policiers de la SQ déguisés en manifestant, masqués avec des pierres à la main, ont piteusement battus en retraite après être aboutis dans un cortège de syndiqués protestant à visage découvert. Sur le coup, les scribes en ont à peine fait mention.
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  • Louis Lapointe - Abonné
    25 novembre 2007 00 h 52
    Le jugement et la force nécessaire
    Bonjour Mme Chouinard,

    Le taser n'a pas pour fonction de remplacer l'arme à feu des policiers, c'est une arme comme toute autre arme qui doit être utilisée de la façon et dans des circonstances appropriées puisque que toute arme, que ce soit la matraque ou le poivre de cayenne, est intrinsèquement dangereuse et peut être mortelle. Même le poing nu d'un homme peut avoir des conséquences funestes. C'est donc moins l'arme qui doit être remise en question que le jugement de celui qui le porte. Ce n'est pas le taser qui tue, c'est celui qui l'utilise. Ce n'est pas le poing qui frappe, c'est l'homme !

    Dès qu'un policier utilise la force, il sait qu'il y a un risque de mort d'homme. Dès qu'un homme frappe de son poing un autre homme, il sait que si cette personne a une condition préexistante qui la fragilise, il peut tuer cette personne, il sait donc qu'il y a responsabilité criminelle. Les policiers savent également que l'ignorance de la condition préexistence n'est pas une excuse, qu'elle ne changera rien au résultat, la mort peut être la conséquence de l'utilisation de la force, peu importe qu'elle ait été minimale, nécessaire ou abusive.

    Dans ces circonstances, nous devons donc d'abord nous interroger au sujet de la formation des policiers, de leur compétence, de leur jugement, de la connaissance des armes qu'ils utilisent, de leur sens des responsabilités, de leur capacité à fournir des explications raisonnables après le fait et à rendre compte de leurs agissements dans des situations où ils ont dû utiliser la force même s'il n'y a pas eu mort d'homme, puisque dans toutes les situations où la force est utilisée ce risque existe invariablement.

    Si nous arrivons à la conclusion qu'un ou plusieurs policiers et même une pluralité de ceux-ci n'ont pas ces capacités requises, nous devrions, non seulement leur interdire de porter un taser, mais également toute autre arme. Comment ne pas les empêcher d'utiliser la force dans tous les cas, lorsque nous savons qu'ils n'ont pas le jugement requis pour le faire dans le cas particulier du taser qui est une arme objectivement moins dangereuse qu'une arme à feu? Pas de jugement, pas d'armes. Voilà la vraie nature du moratoire que nous devrions imposer aux forces de l'ordre.

    Dire que les policiers ne devraient utiliser le taser ou toute autre arme qu'ils portent uniquement dans les cas où cette force est absolument nécessaire pour neutraliser la personne visée et, compte tenu des statistiques dévastatrices que nous connaissons dans le cas particulier du taser, seulement dans des situations s'apparentant à la légitime défense relève du bon sens. Si nos policiers ne peuvent pas comprendre cela comme le commun des mortels le comprend, c'est qu'ils n'ont pas encore saisit que leur rôle était de protéger le public, pas de le mettre en danger par des attitudes irréfléchies et téméraires. L'insouciance que nous observons actuellement chez de nombreux policiers nous indique tout simplement que plusieurs d'entre eux ne méritent tout simplement pas d'être policiers !

    Un moratoire sur le taser, même s'il était justifié, ne changerait rien au fait que ce n'est pas le taser qui tue de nombreuses victimes innocentes, ce sont les policiers qui les portent ! Dans un pays où on se soucie peu ou pas des tortures ou de la peine de mort qu'on peut infliger à des ressortissants canadiens à l'étranger, on n'est guère étonné que les autorités s'émeuvent si peu du fait que sa police montée exécute de sang froid, sur la place publique, de simples badauds ou des touristes parce qu'ils étaient trop agités! Le Canada est-il en train de devenir un état policier où la présomption d'innocence et l'habeas corpus n'existent que pour ceux qui ont eu le temps de se payer les services d'un avocat avant de se faire abattre comme des chiens enragés?

    Louis Lapointe
    Brossard
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