Revue de presse - Électrochoc policier
Il y a longtemps qu'on avait vu pareille indignation. La vidéo montrant ce ressortissant polonais, Robert Dziekanski, victime de deux décharges de fusil électrique Taser à l'aéroport de Vancouver, a provoqué un déluge de reproches à l'encontre de la GRC. Pour la façon dont les policiers ont agi et, surtout, pour les mensonges qui ont suivi.
Le Globe and Mail s'insurge contre l'inhumanité de l'intervention de la police fédérale et ses tentatives subséquentes de désinformation. Selon le quotidien, ces façons de faire ne peuvent que ternir encore plus la réputation et la crédibilité de la police fédérale. Le quotidien se demande comment il sera possible de croire la version policière à l'avenir. Dans un second texte, le Globe s'en prend au nouveau grand patron de la GRC, William Elliott, pour son trop long silence alors qu'il a été nommé pour «régler ce qu'un enquêteur indépendant a qualifié d'organisation "horriblement mal en point"». «Au cas où M. Elliott l'aurait oublié, la GRC a trébuché sur un désastre après l'autre depuis quelques années», poursuit le Globe, qui en fait une liste dévastatrice. M. Elliott, ajoute le quotidien, devrait reconnaître ce qui a provoqué cette crise de confiance et s'engager à la corriger.
Dans le Calgary Herald, Javier Bermudez a bien sûr été perturbé par les images de la mort de Dziekanski, mais il l'a été tout autant par «l'apparent manque d'intégrité affiché par la GRC à la suite de cette atrocité». Il n'en revient pas qu'il ait fallu une menace de poursuite de la part du voyageur qui avait filmé l'incident pour que la GRC lui rende sa copie et cesse d'abreuver la presse de déclarations mensongères. Bermudez pense que cette volonté apparente de camouflage est extrêmement grave. «La GRC a trahi la confiance de la population canadienne. Un homme est mort inutilement et les hommes responsables, ou leurs supérieurs, ont, peut-être intentionnellement, tenté de brouiller les pistes. On ne peut tolérer ce genre de chose dans un pays libre. Personne n'est au-dessus des lois, surtout pas ceux chargés de la faire respecter. L'idée d'officiers agissant en toute impunité est une abomination en démocratie.»
John Martin, du Vancouver Province, pense que c'est la fin d'une icône canadienne, peu importe les conclusions de toutes les enquêtes et de tous les examens annoncés. «Le folklore et la fierté qui entouraient la GRC s'étiolaient depuis quelque temps. Mais la vidéo de la mort de Robert Dziekanski a décimé ce qui restait du respect que les Canadiens ont longtemps éprouvé à l'endroit de leur police nationale.»
Le gouvernement fédéral se fait aussi écorcher. Le Toronto Star estime de son côté que M. Day et la direction de la GRC ont failli à leur devoir. Le Star est indigné qu'après avoir déploré la mort de M. Dziekanski, M. Day ait souhaité que les Canadiens soient aussi choqués par les victimes de conduite en état d'ébriété. Le quotidien condamne tout autant le commissaire de la GRC pour avoir attendu la diffusion de la vidéo pour annoncer la réaffectation des agents impliqués. Le Star voit dans les gestes des deux hommes un manque flagrant de leadership.
Nouvelle donne
Le Leader-Post, de Regina, qui pense que les agents de la GRC ont été trop vite sur la gâchette de leurs Tasers, croit que la mort de Robert Dziekanski est aussi attribuable à l'obsession sécuritaire qui prévaut dans le transport aérien. «Les passagers avaient l'habitude d'être traités comme des clients dans les aéroports internationaux canadiens. Maintenant, il semble être perçus d'abord et avant tout comme des menaces à la sécurité.» La grande majorité des gens comprennent qu'on ait renforcé la sécurité au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, écrit le Leader-Post, «mais, quelque part en chemin, le gros bon sens est devenu la victime des protocoles de sécurité».
Margaret Wente, du Globe and Mail, s'intéresse à la vidéo tournée par le témoin de l'incident. «Bienvenue dans cette ère de la démocratie citoyenne, où la révolution digitale nous a tous transformés en témoins oculaires.» Ce nouveau phénomène, qu'un chercheur torontois appelle «sousveillance», équivaut à renverser le rapport de force de Big Brother. Ce sont maintenant les simples citoyens qui enregistrent les faits et gestes des autorités pour mieux les avoir à l'oeil grâce à ces caméras miniatures dont le contenu peut être transmis d'un téléphone cellulaire à un autre. «Cela ne ramènera pas M. Dziekanski à la vie, mais il a le potentiel de servir de puissant contrepoids à l'incompétence policière, à la négligence et à l'abus.»
Nourrir la peur
Ceci nous amène à une chronique de Lawrence Martin, dans le Globe, qui parle du climat de paranoïa sécuritaire en ce moment. «N'est-ce pas merveilleux? Plus on est en sécurité, plus nous devenons paranoïaques», lance-t-il. Un homme est non armé et désorienté dans un aéroport, il reçoit une décharge de Taser. Les craintes que des terroristes passent la frontière diminuent? On arme les douaniers et dresse des tours de guet. Même les ambulances n'arrivent plus à passer sans problème. Les taux de criminalité sont à la baisse et le gouvernement multiplie les projets de loi musclés en matière de justice. Et ça continue... «Cette ère de réaction excessive offre une occasion en or à un leader politique qui voudrait forger une mentalité différente, mettre en avant une culture du courage et non de la peur. Le courageux ne se cache pas derrière des murs, n'exagère pas la menace, ne court pas se cacher quand il voit un sac d'épicerie sans surveillance. Mais au lieu de cela, nous avons des hommes et des femmes tenants du statu quo, plus enclins à s'en tenir à la pensée admise et à faire de nous les pions de cette menace sur laquelle jouent les terroristes.»
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mcornellier@ledevoir.com
Le Globe and Mail s'insurge contre l'inhumanité de l'intervention de la police fédérale et ses tentatives subséquentes de désinformation. Selon le quotidien, ces façons de faire ne peuvent que ternir encore plus la réputation et la crédibilité de la police fédérale. Le quotidien se demande comment il sera possible de croire la version policière à l'avenir. Dans un second texte, le Globe s'en prend au nouveau grand patron de la GRC, William Elliott, pour son trop long silence alors qu'il a été nommé pour «régler ce qu'un enquêteur indépendant a qualifié d'organisation "horriblement mal en point"». «Au cas où M. Elliott l'aurait oublié, la GRC a trébuché sur un désastre après l'autre depuis quelques années», poursuit le Globe, qui en fait une liste dévastatrice. M. Elliott, ajoute le quotidien, devrait reconnaître ce qui a provoqué cette crise de confiance et s'engager à la corriger.
Dans le Calgary Herald, Javier Bermudez a bien sûr été perturbé par les images de la mort de Dziekanski, mais il l'a été tout autant par «l'apparent manque d'intégrité affiché par la GRC à la suite de cette atrocité». Il n'en revient pas qu'il ait fallu une menace de poursuite de la part du voyageur qui avait filmé l'incident pour que la GRC lui rende sa copie et cesse d'abreuver la presse de déclarations mensongères. Bermudez pense que cette volonté apparente de camouflage est extrêmement grave. «La GRC a trahi la confiance de la population canadienne. Un homme est mort inutilement et les hommes responsables, ou leurs supérieurs, ont, peut-être intentionnellement, tenté de brouiller les pistes. On ne peut tolérer ce genre de chose dans un pays libre. Personne n'est au-dessus des lois, surtout pas ceux chargés de la faire respecter. L'idée d'officiers agissant en toute impunité est une abomination en démocratie.»
John Martin, du Vancouver Province, pense que c'est la fin d'une icône canadienne, peu importe les conclusions de toutes les enquêtes et de tous les examens annoncés. «Le folklore et la fierté qui entouraient la GRC s'étiolaient depuis quelque temps. Mais la vidéo de la mort de Robert Dziekanski a décimé ce qui restait du respect que les Canadiens ont longtemps éprouvé à l'endroit de leur police nationale.»
Le gouvernement fédéral se fait aussi écorcher. Le Toronto Star estime de son côté que M. Day et la direction de la GRC ont failli à leur devoir. Le Star est indigné qu'après avoir déploré la mort de M. Dziekanski, M. Day ait souhaité que les Canadiens soient aussi choqués par les victimes de conduite en état d'ébriété. Le quotidien condamne tout autant le commissaire de la GRC pour avoir attendu la diffusion de la vidéo pour annoncer la réaffectation des agents impliqués. Le Star voit dans les gestes des deux hommes un manque flagrant de leadership.
Nouvelle donne
Le Leader-Post, de Regina, qui pense que les agents de la GRC ont été trop vite sur la gâchette de leurs Tasers, croit que la mort de Robert Dziekanski est aussi attribuable à l'obsession sécuritaire qui prévaut dans le transport aérien. «Les passagers avaient l'habitude d'être traités comme des clients dans les aéroports internationaux canadiens. Maintenant, il semble être perçus d'abord et avant tout comme des menaces à la sécurité.» La grande majorité des gens comprennent qu'on ait renforcé la sécurité au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, écrit le Leader-Post, «mais, quelque part en chemin, le gros bon sens est devenu la victime des protocoles de sécurité».
Margaret Wente, du Globe and Mail, s'intéresse à la vidéo tournée par le témoin de l'incident. «Bienvenue dans cette ère de la démocratie citoyenne, où la révolution digitale nous a tous transformés en témoins oculaires.» Ce nouveau phénomène, qu'un chercheur torontois appelle «sousveillance», équivaut à renverser le rapport de force de Big Brother. Ce sont maintenant les simples citoyens qui enregistrent les faits et gestes des autorités pour mieux les avoir à l'oeil grâce à ces caméras miniatures dont le contenu peut être transmis d'un téléphone cellulaire à un autre. «Cela ne ramènera pas M. Dziekanski à la vie, mais il a le potentiel de servir de puissant contrepoids à l'incompétence policière, à la négligence et à l'abus.»
Nourrir la peur
Ceci nous amène à une chronique de Lawrence Martin, dans le Globe, qui parle du climat de paranoïa sécuritaire en ce moment. «N'est-ce pas merveilleux? Plus on est en sécurité, plus nous devenons paranoïaques», lance-t-il. Un homme est non armé et désorienté dans un aéroport, il reçoit une décharge de Taser. Les craintes que des terroristes passent la frontière diminuent? On arme les douaniers et dresse des tours de guet. Même les ambulances n'arrivent plus à passer sans problème. Les taux de criminalité sont à la baisse et le gouvernement multiplie les projets de loi musclés en matière de justice. Et ça continue... «Cette ère de réaction excessive offre une occasion en or à un leader politique qui voudrait forger une mentalité différente, mettre en avant une culture du courage et non de la peur. Le courageux ne se cache pas derrière des murs, n'exagère pas la menace, ne court pas se cacher quand il voit un sac d'épicerie sans surveillance. Mais au lieu de cela, nous avons des hommes et des femmes tenants du statu quo, plus enclins à s'en tenir à la pensée admise et à faire de nous les pions de cette menace sur laquelle jouent les terroristes.»
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