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Prévoir l'imprévisible

Clairandrée Cauchy   13 septembre 2007  Justice
Le drame de Dawson ne marque pas le principal point tournant dans l’élaboration de mesures d’urgence. Après le 11 septembre 2001, le gouvernement du Québec a exigé que les établissements d’enseignement collaborent à l’élaboration des plans
Photo : Agence Reuters
Le drame de Dawson ne marque pas le principal point tournant dans l’élaboration de mesures d’urgence. Après le 11 septembre 2001, le gouvernement du Québec a exigé que les établissements d’enseignement collaborent à l’élaboration des plans
Comment se préparer à l’imprévisible? Voilà la question que s’est posée cette année la direction de plusieurs écoles dans la foulée de la tragédie survenue au collège Dawson et de la fusillade de Virginia Tech aux États-Unis.

Au cours des prochaines semaines, tous les élèves participeront à un exercice d'incendie, passage obligé de l'automne scolaire. Mais au-delà des feux, les établissements d'enseignement tentent aussi de se préparer à affronter des événements autrement plus violents dans la foulée des événements survenus au collège Dawson, puis à Virginia Tech, l'année dernière.

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a entrepris de mettre en place des plans de mesures d'urgence pour ses 216 établissements scolaires, qui devraient être soumis d'ici quelques semaines aux divers conseils d'établissement. «Il y a de nouvelles réalités auxquelles on doit faire face. Avant, on se préparait seulement pour les feux, puis tout allait bien. Aujourd'hui, on essaie de prévoir un éventail beaucoup plus large d'événements», a expliqué le responsable de cette tâche colossale au siège social de la commission scolaire, Michel Trottier.

Si les tremblements de terre, les émanations de gaz toxiques, les pannes de courant et tutti quanti figurent parmi les risques contre lesquels les écoles tentent de se préparer, la principale nouvelle menace prise en compte est celle d'un intrus armé pénétrant dans l'établissement, fait observer M. Trottier.

Les écoles montréalaises ont tout d'abord entrepris de sécuriser leurs portes d'entrée pour obliger tous les visiteurs à s'identifier. Les systèmes de communication interne sont aussi examinés. «S'il y a un intrus dans une école, ce n'est peut-être pas la cloche que je vais faire sonner», illustre M. Trottier, ajoutant que la commission scolaire a acheté quelque 600 walkies-talkies et étudie la possibilité d'utiliser les réseaux informatiques pour mettre en place un système de communication d'urgence.

La perspective de l'irruption d'un forcené armé incite également les autorités scolaires à planifier de nouvelles formes de réponse. Plutôt que d'évacuer les enfants à la hâte, il faut prévoir des mesures de confinement dans les classes en attendant que la menace soit écartée, explique M. Trottier. Un court film présentant la simulation d'un tel événement sera présenté à tout le personnel au cours de l'année scolaire.

Poussera-t-on la préparation jusqu'à organiser des simulations d'intrusion auxquelles participeraient les élèves, au même titre que les exercices d'évacuation? «Ça se fait déjà en Ontario et ce n'est pas mal reçu. Mais nous ne sommes pas rendus là. Nous réfléchissons avec le Service de police de la Ville de Montréal sur la façon de sensibiliser les élèves à cette réalité», affirme M. Trottier.

L'ancien directeur d'école a été dégagé de son emploi au printemps 2006 pour préparer les écoles à faire face à l'imprévisible. C'était quelques mois avant que Kimveer Gill ne prenne le collège Dawson d'assaut. «La formation [des directeurs d'école] est arrivée juste à point. Il n'y a pas eu de réticences», fait remarquer M. Trottier.

L'ère sécuritaire

Au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), on constate que les institutions d'enseignement ont été très actives au cours de l'année pour instaurer des mesures de prévention. La plupart des commissions scolaires ont révisé leurs mesures d'urgence à la suite de la tragédie de septembre dernier. Le SPVM a quant à lui produit un guide pour aider les intervenants du milieu de l'enseignement à dépister d'éventuel cas problèmes. «Les études montrent que 75 % des cas suspects vont avoir verbalisé leur intention, leur frustration, avant de passer à l'acte», souligne Jean-Guy Gagnon, directeur adjoint de la direction des opérations au SPVM. La réponse est bonne, et plusieurs cas ont été signalés à la police, qui a pour sa part accru les liens entre les postes de quartier et les établissements scolaires.

Le président-directeur général de la firme Prudent, Daniel Dancause, qui se spécialise dans l'accompagnement d'institutions publiques et d'entreprises en ce qui a trait à l'élaboration de mesures de sécurité, constate quant à lui que la demande a été particulièrement forte pour les séances de formation en gestion de crise.

Pour M. Dancause, le drame de Dawson ne constitue cependant pas le principal point tournant dans l'élaboration de mesures d'urgence. «Depuis cinq ou six ans, il y a une amélioration de la résilience, de fois en fois. Le 11 septembre 2001 a été une prise de conscience plus robuste», souligne-t-il. Au cours des années qui ont suivi l'effondrement des tours jumelles, le gouvernement du Québec a exigé que les établissements d'enseignement collaborent à l'élaboration des plans de sécurité civile.

Cela a mené le milieu de l'enseignement à réfléchir davantage aux menaces qui pourraient peser directement sur ses institutions. Selon M. Dancause, la fusillade de Dawson a rendu les gestionnaires moins réticents à mettre en place des mesures de confinement, un scénario jugé quelque peu radical auparavant. «Les établissements commencent à se dire qu'ils sont prêts à vivre cela. La réflexion psychologique des gens évolue au fil des événements auxquels ils sont confrontés. Par exemple, au Québec, nous ne sommes pas rendus à installer des points de fouille à l'entrée des écoles. Aux États-Unis, il y a plusieurs endroits où c'est une procédure normale», explique M. Dancause.

Certains refusent cependant de se laisser happer par l'obsession sécuritaire. À la Fédération des cégeps, qui a eu recours aux services de la firme Prudent pour organiser plusieurs séances de formation au cours de la dernière année, on doute fortement de la capacité des cégeps à éviter un drame comme celui qui a frappé le collège Dawson. «Les cégeps ne doivent pas devenir des forteresses. La sécurité absolue dans un lieu public et ouvert n'est pas possible», soutient la directrice des communications de l'organisme, Caroline Tessier, précisant toutefois que les directions de cégep ont été sensibilisées et que la plupart ont révisé leurs procédures d'urgence.

Des universités déjà éprouvées

Du côté des universités, la tragédie de Dawson a fait résonner des cloches qui s'étaient déjà fait entendre à Polytechnique en 1989 et à Concordia en 1992. Si les plans de mesures d'urgence y étaient déjà relativement développés à la suite de ces deux tueries, on a tout de même trouvé le moyen de les améliorer. À l'Université de Montréal, par exemple, on a installé des boutons d'alerte aux guichets du service à la clientèle. À compter d'octobre, on exigera en outre que tous les visiteurs, employés ou étudiants soient munis d'une carte d'identité de l'université lorsqu'ils circuleront dans l'établissement en dehors des heures normales d'activité.

On tentera également de détecter les étudiants visiblement perturbés mentalement. Ainsi, depuis la rentrée, une ligne d'urgence interne 1-PSY a été mise en place. «Cela permet aux employés de parler à un psychologue dès qu'ils sentent qu'un étudiant a un problème devant lequel ils ne savent pas trop comment réagir», explique la responsable des communications de l'Université de Montréal, Sophie Langlois.

À l'université Concordia, durement éprouvée en 1992 lorsque le professeur Valery Fabrikant avait abattu quatre de ses collègues, on constate surtout que les élèves et le personnel sont beaucoup plus vigilants et signalent plus rapidement des situations suspectes. «Ce qui a changé depuis Dawson, c'est qu'on sait que cela peut arriver n'importe quand. Les gens prennent leurs responsabilités», fait observer la porte-parole de l'institution, Christina Motta.

L'université de langue anglaise a par ailleurs conclu une entente de coopération avec le collège Dawson et les trois autres universités montréalaises. Si un de ces établissements était frappé par une crise, le personnel névralgique pourrait établir son quartier général dans une autre institution d'enseignement et ainsi avoir accès à son système informatique.

Du côté du collège Dawson, on a aussi amélioré les mesures de sécurité. Des verrous pouvant être enclenchés de l'intérieur des salles de classe ont été posés, on a installé un système d'intercoms permettant de diffuser des messages dans diverses sections du collège et le système téléphonique a été amélioré afin que le service 911 puisse retracer la provenance des appels.






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  • Michel Trahan
    Inscrit
    jeudi 13 septembre 2007 10h09
    On tentera également de détecter les étudiants visiblement perturbés mentalement
    « Je suis bien heureux de voir que certaine personnes prenne encore le temps de s'intéresser à l'aspect humain du problème. Les systèmes de sécurité c'est bien beau, mais ça ne sauve pas de vie. Le psychopathe va simplement trouver un autre moyen d'arriver à ses fins ou trouver une autre cible.

    Si l'on veut prévenir d'autre tragédie tel Dawson et la Polytechnique, il faudra continuer à combattre les problèmes de comportement violent, agressif et de haine dans nos écoles (et nos villes). Il faudra accepter qu'il y a des gens dérangé dans notre société, et ce qu'ils ont de besoin c'est de l'aide... et non pas un détecteur de métal ou une autre réglementation de papier. »

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