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La justice recherche Jean Lafleur

L'un des acteurs clés du scandale des commandites est accusé de 35 fraudes totalisant 1,6 million

Brian Myles   3 avril 2007  Justice
Jean Lafleur a été rattrapé par son amnésie et son incapacité chronique à justifier l'obtention de juteux contrats de commandite, hier avec sa mise en accusation pour 35 fraudes totalisant 1,6 million de dollars. Un mandat d'arrestation a été délivré contre le publicitaire qui a été vu au Canada pour la dernière fois en juin 2005.

M. Lafleur, 66 ans, est l'un des acteurs névralgiques du scandale des commandites, l'homme qui a obtenu les tout premiers contrats pour assurer la visibilité du gouvernement fédéral au Québec, au lendemain du quasi-match nul référendaire de 1995. En raison de ses liens d'amitié avec Jean Pelletier et Jean Carle, respectivement chef et directeur des opérations au cabinet du premier ministre Jean Chrétien, M. Lafleur a récolté dès 1996 des contrats de près de dix millions de dollars. Quand la roue de fortune fédérale s'est finalement brisée, en 2003, l'agence de Jean Lafleur avait facturé à l'État des coûts de production, des honoraires et des commissions de 37 millions. M. Lafleur avait mis dans ses poches des salaires et dividendes de 9,3 millions, en plus de transformer son épouse et son fils — tous deux employés de l'agence — en millionnaires.

Le tout, pour un travail d'une rare modestie, comme en attestent les audiences de la commission Gomery. Jean Lafleur avait notamment l'habitude de confier en sous-traitance des travaux d'impression du gouvernement, tout en prenant bien soin de majorer de 100 % la facture finale acheminée au ministère des Travaux publics. Il est aussi célèbre pour avoir facturé l'équivalent de 23 semaines de travail à temps plein pour choisir l'emplacement d'une vingtaine de panneaux publicitaires au Stade olympique. Et pour ses crises d'amnésie — «je ne me souviens pas, M. le commissaire» — qui ont irrité au plus haut point le juge John Gomery.

Aujourd'hui, la justice a rattrapé Jean Lafleur, du moins en principe. Le substitut en chef du procureur général a déposé contre lui, et lui seul, 35 accusations de fraude pour autant de projets de commandite réalisés entre le 29 septembre 1996 et le 9 mai 2001. Le montant des fraudes varie de 366 910 $, pour la tournée du Bluenose II, à 1000 $ pour de modestes événements régionaux, comme le Festival de l'oie blanche ou le Festival western de Saint-Victor. L'homme est innocent, jusqu'à preuve du contraire.

Il était de notoriété publique que Jean Lafleur faisait l'objet d'un enquête criminelle. La Sûreté du Québec (SQ) a saisi plus de 50 boîtes de documents à l'agence de M. Lafleur, comme l'ont révélé les enquêteurs lors du procès pour fraude de l'ex-directeur du programme des commandites, Charles Guité (un autre bon ami de Jean Lafleur). Le dossier, initialement confié à la GRC, a été transféré à la SQ après que la police fédérale eut constaté qu'elle avait retenu les services du publicitaire pour l'organisation de son 125e anniversaire. De fait, M. Lafleur fait l'objet d'une accusation de fraude, d'une valeur de 108 869 $, pour son travail auprès de la GRC.

Un fugitif

Jean Lafleur est, depuis hier, un fugitif. Il n'a pas été vu à son appartement de la rue Saint-Jacques, dans le Vieux-Montréal, depuis qu'il y a emménagé, le 2 juin 2005. Un jeune avocat s'est présenté à l'appartement, il y a environ un mois, dans le but de le vider de son contenu, révèle le mandat d'arrestation délivré contre lui. Le bail, qui vient à échéance le 1er mai, n'a pas été renouvelé.

Le dernières nouvelles au sujet de Jean Lafleur ont été rapportées dans Le Devoir du 9 décembre 2005. Le publicitaire déchu avait acquis une réputation de désagréable fêtard au Costa Rica, où il séjournait depuis la fin des audiences de la commission Gomery. Des voisins avaient décrit M. Lafleur comme un homme grossier et ignorant ne faisant preuve d'aucun civisme.

L'avocat qui représentait M. Lafleur lors de la commission Gomery, Jean-Claude Hébert, n'a pas rappelé Le Devoir hier.

Selon Daniel Leblanc, le journaliste du Globe and Mail qui fut le premier à lever le voile sur le scandale des commandites, la mise en accusation de Jean Lafleur a une forte valeur symbolique. «On avait tous vu à la commission Gomery qu'il y avait des factures qui soulevaient beaucoup de doutes et on voyait que, dans certains cas, il y avait très peu de travail. Monsieur et madame Tout-le-monde se souvenaient de son témoignage et du fait qu'il avait refusé de répondre à beaucoup de questions», a rappelé M. Leblanc, auteur d'un livre sur le scandale intitulé Nom de code: maChouette.

Le juge Gomery s'était d'ailleurs montré cinglant à l'égard de M. Lafleur dans son rapport d'enquête. Il retenait que le publicitaire préférait «passer pour un imbécile plutôt que de dire la vérité».

M. Lafleur est cependant bien loin d'être un imbécile. Professeur d'éducation physique, puis commissaire scolaire à Pointe-aux-Trembles, il a fondé son agence en 1984. Jean Lafleur Communication Marketing a vivoté pendant ses dix premières années d'existence. M. Lafleur se dégageait tout au plus un salaire de 108 000 $ en 1994. Avec le programme des commandites, il a vu son salaire grimper à 815 000 $ l'année suivante, puis à 2,5 millions pour les deux années suivantes. M. Lafleur menait un train de vie flamboyant, et il lui arrivait parfois d'acheter tous les forfaits pour la pêche au saumon mis en vente lors d'encans annuels à Montréal.

L'homme savait également se montrer généraux. Sa famille, son entreprise et lui ont ainsi arrosé le Parti libéral du Canada, section Québec (PLC-Q) de contributions de plus de 150 000 $ au fil des ans. M. Lafleur a aussi consenti des contrats de 1,8 million à Pluri-Design, propriété de Jacques Corriveau. Celui-ci, un ami intime du premier ministre, a été désigné par le juge Gomery comme le père du système de ristournes mis en place pour financer le PLC-Q à même l'argent des commandites.

Par ailleurs, le procès d'un autre acteur impliqué dans le scandale des commandites, le publicitaire Jacques Paradis, s'est ouvert hier matin à Montréal. M. Paradis est accusé d'avoir détourné 58 000 $ sur une commandite des Expos de 314 200 $. Son procès, devant un jury de six hommes et six femmes, devrait durer trois semaines tout au plus.
 
 
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  • jacques noel
    Inscrit
    mardi 3 avril 2007 10h37
    Aucun commentaire
    Qu'est-ce que vs voulez qu'on dise?

    Un scandale de 300 millions (une demi-autoroute Québec-Chicoutimi) qui a engraissé les tizamis libéraux

    Une Commission d'enquête de 70 millions

    Aucun politicien condammné. Pire, Gommery les a exonérés!

    Coderre et Dion réélus grâce au vote ethnique.

    Coffin condamné à faire des discours dans les écoles pour avoir volé 1,5 million!!! L'équivalent de 1000 dépanneurs!!!

    Guité qui a fait quelques mois avant de retourner à son ranch

    Pis là, le bouffon rendu au Costa Rica.

    Qu'est-ce que vs voulez qu'on ajoute?

    ----
    Charest vient d'être réélu pour la 3e fois par le vote anticipé. J'ai pas encore vu UN SEUL reportage nous expliquant comment les Libéraux ont vidé les centres d'accueil de Sherbrooke!!! Le journalisme d'enquete au Québec?????

  • Pierrette L. Ste Marie
    Abonné
    mardi 3 avril 2007 11h28
    Intelligent? Lui, Oui!
    Le dossier des commandites n'a jamais été abandonné à ce que je sache. Pourquoi n'y avait-il pas un cordon discret attaché à ses déplacements. Ce monsieur a-t-il un passeport?
    Paie-t-il de l'impôt? J'oserais gager que non!

  • André Doré
    Abonné
    mardi 3 avril 2007 13h06
    Misère noire...
    Comment peut-on expliquer qu'on perde la trace de bandits potentiels, alors qu'on les a parfaitement bien identifiés? M. Noël a raison... Je ne le connais pas, mais j'ai l'impression qu'il y a pas mal de personnes qui commence à l'aimer...
    Mme Ste-Marie a raison aussi... comment peut-on laisser COMPLÈTEMENT libre de leurs mouvements, des gens qu'on soupçonne de fraude...
    À mon avis, tous les acteurs du scandale des commandites devraient faire l'objet de surveillance... et ce, jusqu'au plus haut des échelons... Qu'on leur enlève leur passeport...!!! Pourquoi pas?
    Ça serait très intéressant, par exemple, de savoir quelles sont les avoirs de notre ex-premier ministre... et des autres... le monsieur Corriveau (???)... Y-a-t-il des gens, par exemple, qui ont trempé [directement ou indirectment] dans les scandales et qui, depuis, ont tenté de mettre à l'abri, certains de leurs avoirs...??? À qui appartiennent leurs maisons? Ce sont des indices révélateurs... non? Il me semble que de vrais journalistes pourraient s'intéresser à ces choses-là...
    Peut-être pourraient-ils aider la justice à être plus efficace...
    N'est-ce pas ce que l'on veut tous... une meilleure justice?
    Je suis "tanné" de payer mes impôts... s'ils servent en plus à m'appauvrir encore davantage... par des paiements de toutes sortes... soit pour des primes de départ à des gens qu'on a mis dehors pour incompétence, soit pour des gens qui font simplement leur travail (tu as une prime si tu fais bien ton travail... et pas de prime si tu le fais mal...)
    J'ai mon "ostie" de voyage...!!!
    Que voulez-vous que je vous dise de plus...???

  • André Loiselet
    Abonné
    mardi 3 avril 2007 23h25
    Comme une truite
    Pourquoi l'avoir laissé filer? Sous la férule laxiste des libéraux, il avait été bon soldat.
    On aurait dû lui mettre un bracelet à la cheville comme on fait aux prétendus terroristes pour suivre leurs déplacements (ou plaire aux USA.)mais c'était un fier patriote canadien et la GRC (complêtement inféodé au pouvoir et à la corruption)l'a laissé filer comme une truite.

  • Hermil LeBel
    Inscrit
    mercredi 4 avril 2007 15h03
    Magouille libérale?
    Avec un fond de rumeurs d'élections fédérales imminentes, voilà que le « scandale des commandites » refait surface dans les médias en raison du mandat d'arrestation émis contre Jean Lafleur. Intéressé à connaître la nature exacte des propos verbalisés devant la désormais célèbre Commission d'enquête sur le programme de commandites et les activités publicitaires, j'ai eu l'initiative de m'aventurer sur le site gouvernemental gomery.ca où sont consignés les témoignages des acteurs qui ont comparu devant le commissaire Gomery.

    À ma grande stupéfaction, ce site est désormais à accès restreint, exigeant un mot de passe et un identifiant avant même de pouvoir y accéder. Quelques semaines auparavant, le grand public avait pourtant un accès libre, sans entrave, à l'intégralité de tous les témoignages entendus devant le commissaire, dans le cadre d'une commission d'enquête publique. Encore plus étrange, d'autres sites miroir, qui indexaient ces mêmes témoignages, des sites tels que commissiongomery.ca, ou encore anticorruption.ca, ont été complètement effacés du cyberespace.

    Qui a intérêt à faire disparaître cette information?

    Dans quel but?

    Qu'en est-il du droit du public à l'information?

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