Saddam Hussein, de prince de la nation arabe à raïs déchu et sans remords
6 novembre 2006
Justice
Photo : Agence Reuters
La sentence de mort prononcée, l’ancien raïs a lancé comme un défi à ses juges: «Mort aux envahisseurs! Allahou Akbar!» (Dieu est le plus grand), avant d’être emmené par les gardiens.
Bagdad — Quand l'heure du verdict est arrivée, Saddam Hussein, en costume sombre, le visage fermé, s'est levé péniblement. La sentence de mort prononcée, l'ancien raïs a retrouvé sa superbe et a lancé comme un défi à ses juges: «Mort aux envahisseurs! Allahou Akbar [Dieu est le plus grand]!», avant d'être emmené par les gardiens.
Bien que visiblement ébranlé par sa condamnation à la mort par pendaison hier, Saddam Hussein n'a rien perdu de sa morgue face au Haut tribunal pénal de Bagdad dont il ne reconnaît pas la légitimité, lui qui se considère toujours comme le président de l'Irak, malgré l'invasion américaine et la chute de son régime en 2003.
Pendant neuf mois, l'ex-dictateur de 69 ans avait tout fait pour perturber le déroulement du procès du massacre des chiites de Doujaïl en 1982, ponctuant les audiences d'invectives, de menaces, recourant au boycottage ou à la grève de la faim, tandis que ses avocats dénonçaient le non-respect des règles du droit international.
Souvent debout, le Coran à la main, l'accusé combatif, mince, généralement vêtu d'un costume occidental sombre et d'une chemise blanche sans cravate, n'avait plus rien à voir avec le fugitif à l'air hagard capturé par les Américains le 13 décembre 2003.
Sa cavale n'avait duré que quelques mois après l'invasion de l'Irak en mars 2003 par la coalition conduite par les États-Unis. Le 9 avril, sa statue était renversée, symbole médiatisé de la fin d'un règne de 27 ans marqué par de nombreuses atrocités et deux guerres, celle contre l'Iran de 1980 à 1988 et celle du Golfe en 1990-91.
Main de fer
Chef de l'État, président du Conseil des ministres, président du Conseil de commandement de la Révolution (CCR), commandant en chef de l'armée et dirigeant du parti Baas irakien: la litanie des fonctions qu'il cumulait depuis 1979 en disait déjà long sur ses ambitions.
Homme fort de l'Irak depuis juillet 1968, Saddam Hussein tenait d'une main de fer un pays de 22 millions d'habitants réputé pour la fréquence de ses coups d'État depuis sa création en 1932 après la fin du mandat britannique. Son pouvoir, il l'a assuré par des purges sanglantes qui ont notamment touché l'armée, qu'il a progressivement transformée en un outil à la dévotion du parti unique, le Baas.
Les débuts semblaient pourtant prometteurs pour ce pays possédant les secondes réserves mondiales de pétrole. Dans le courant des années 70, Saddam Hussein lance d'ambitieuses réformes sociales, éducatives et économiques. En une décennie, celui qui n'aurait appris à lire qu'à l'âge de dix ans fait passer le taux d'alphabétisation de 30 % à 70 %. Saddam Hussein se fait alors appeler «Père-dirigeant», «prince de la Nation arabe», «Héros de la libération nationale»...
En septembre 1980, il lance l'armée irakienne à l'assaut de l'Iran, espérant profiter du chaos provoqué par la Révolution islamique de 1979 pour reconquérir rapidement le Chott el-Arab, l'estuaire du Tigre et de l'Euphrate, qu'un accord de 1975 l'obligeait à partager avec Téhéran. Malgré le soutien occidental, il échoue, et l'Iran occupe même une partie du territoire irakien avant que la guerre ne s'enlise. Le mécontentement qui s'ensuit vaut au président deux tentatives d'assassinat suivies de purges sévères. En 1988, son pays sortira exsangue et à moitié vainqueur de huit années de guerre.
Carotte et bâton
Né le 28 avril 1937 à Al-Aoudja, près de Takrit (160 km au nord de Bagdad), dans une famille pauvre, Saddam Hussein n'a pas connu son père, un paysan mort ou disparu avant sa naissance, et a été élevé par un oncle, Khaïrallah, ancien officier nationaliste. C'est en 1957 qu'étudiant il adhère au parti Baas, alors clandestin. Son ambition lui vaut déjà d'être désigné pour diriger un groupe chargé d'assassiner le dirigeant de l'époque, Abdulkarim Kassem.
L'attaque à la mitrailleuse échoue le 7 octobre 1959 mais Saddam, blessé à la jambe, s'enfuit en Égypte. De 1963 à 1968, il partage sa vie entre les geôles et l'exil.
Lorsque le Baas prend le pouvoir le 17 juillet 1968, Saddam Hussein, numéro 2 de son cousin le général Ahmed Hassan al-Bakr, purge le parti, fait déporter des milliers de chiites d'origine iranienne et supervise la nationalisation de l'industrie pétrolière. Mais lorsqu'en 1979 Al-Bakr se rapproche du voisin syrien, Saddam l'écarte le 16 juillet et lance une nouvelle purge qui fait des centaines de morts en quelques mois.
Devant son opposition potentielle, s'appuyant sur la minorité sunnite, il manie carotte et bâton. Aux Kurdes, il promet d'abord l'autonomie, puis les poursuit dans leurs retraites montagneuses du Nord. Fin mars 1988, comme en Iran, il utilise des armes chimiques contre le village kurde d'Halabja, faisant 5000 morts. La campagne Anfal de 1987-88, objet de son deuxième procès, en cours, tue quelque 180 000 Kurdes.
Avec les chiites, majoritaires dans le Sud et très menaçants du fait de l'exemple iranien, il se montre assez habile en restaurant leurs lieux de culte, mais aussi impitoyable. En 1980, il fait exécuter le grand ayatollah Mohammed Bakr al-Sadr, un des six grands dignitaires de l'islam chiite. Et juste après la guerre du Golfe en mars 1991, il écrasera dans le sang la révolte des chiites lâchés par George Bush père, qui les avait incités à se soulever.
Confrontations
Si le raïs s'appuie sur sa famille et le clan des Takriti, accordant de larges pouvoirs à ses fils Oudaï et Qoussaï (tués en juillet 2003 lors de l'intervention américaine), sa parentèle n'est pas à l'abri des représailles. En août 1995, deux de ses gendres, également ses cousins, s'exilent avec leurs femmes en Jordanie. En février 1996, ils rentrent en Irak, assurés du pardon de Saddam Hussein. Moins de trois jours plus tard, ils sont exécutés.
L'une des grandes ambitions de Saddam Hussein aura été de doter l'Irak de la bombe atomique. Grâce à une centrale nucléaire fournie par la France, il est proche du but quand en 1981 un raid israélien détruit le réacteur nucléaire d'Osirak. Mais tout au long des années 80 il se procurera auprès de sociétés occidentales un véritable arsenal chimique et bactériologique.
En dépit du processus d'inspection de l'ONU, souvent chaotique, Saddam Hussein n'a cessé de provoquer des confrontations sporadiques avec la communauté internationale, s'attirant à plusieurs reprises une riposte militaire américaine, comme lors de la campagne de bombardement de décembre 1998 à la suite d'un nouveau bras de fer avec les inspecteurs de l'ONU chargés de vérifier l'élimination des armes de destruction massive.
Mais, en 2003, le président George Bush fils décide de «finir le travail» commencé par son père et, Saddam Hussein ayant refusé de se rendre, la coalition envahit l'Irak dans la nuit du 9 au 20 mars. La chute du régime est rapide, mais, trois ans plus tard, la guerre n'est toujours pas finie, tandis qu'aucune trace des supposées armes de destruction massive irakienne n'a été trouvée.
Bien que visiblement ébranlé par sa condamnation à la mort par pendaison hier, Saddam Hussein n'a rien perdu de sa morgue face au Haut tribunal pénal de Bagdad dont il ne reconnaît pas la légitimité, lui qui se considère toujours comme le président de l'Irak, malgré l'invasion américaine et la chute de son régime en 2003.
Pendant neuf mois, l'ex-dictateur de 69 ans avait tout fait pour perturber le déroulement du procès du massacre des chiites de Doujaïl en 1982, ponctuant les audiences d'invectives, de menaces, recourant au boycottage ou à la grève de la faim, tandis que ses avocats dénonçaient le non-respect des règles du droit international.
Souvent debout, le Coran à la main, l'accusé combatif, mince, généralement vêtu d'un costume occidental sombre et d'une chemise blanche sans cravate, n'avait plus rien à voir avec le fugitif à l'air hagard capturé par les Américains le 13 décembre 2003.
Sa cavale n'avait duré que quelques mois après l'invasion de l'Irak en mars 2003 par la coalition conduite par les États-Unis. Le 9 avril, sa statue était renversée, symbole médiatisé de la fin d'un règne de 27 ans marqué par de nombreuses atrocités et deux guerres, celle contre l'Iran de 1980 à 1988 et celle du Golfe en 1990-91.
Main de fer
Chef de l'État, président du Conseil des ministres, président du Conseil de commandement de la Révolution (CCR), commandant en chef de l'armée et dirigeant du parti Baas irakien: la litanie des fonctions qu'il cumulait depuis 1979 en disait déjà long sur ses ambitions.
Homme fort de l'Irak depuis juillet 1968, Saddam Hussein tenait d'une main de fer un pays de 22 millions d'habitants réputé pour la fréquence de ses coups d'État depuis sa création en 1932 après la fin du mandat britannique. Son pouvoir, il l'a assuré par des purges sanglantes qui ont notamment touché l'armée, qu'il a progressivement transformée en un outil à la dévotion du parti unique, le Baas.
Les débuts semblaient pourtant prometteurs pour ce pays possédant les secondes réserves mondiales de pétrole. Dans le courant des années 70, Saddam Hussein lance d'ambitieuses réformes sociales, éducatives et économiques. En une décennie, celui qui n'aurait appris à lire qu'à l'âge de dix ans fait passer le taux d'alphabétisation de 30 % à 70 %. Saddam Hussein se fait alors appeler «Père-dirigeant», «prince de la Nation arabe», «Héros de la libération nationale»...
En septembre 1980, il lance l'armée irakienne à l'assaut de l'Iran, espérant profiter du chaos provoqué par la Révolution islamique de 1979 pour reconquérir rapidement le Chott el-Arab, l'estuaire du Tigre et de l'Euphrate, qu'un accord de 1975 l'obligeait à partager avec Téhéran. Malgré le soutien occidental, il échoue, et l'Iran occupe même une partie du territoire irakien avant que la guerre ne s'enlise. Le mécontentement qui s'ensuit vaut au président deux tentatives d'assassinat suivies de purges sévères. En 1988, son pays sortira exsangue et à moitié vainqueur de huit années de guerre.
Carotte et bâton
Né le 28 avril 1937 à Al-Aoudja, près de Takrit (160 km au nord de Bagdad), dans une famille pauvre, Saddam Hussein n'a pas connu son père, un paysan mort ou disparu avant sa naissance, et a été élevé par un oncle, Khaïrallah, ancien officier nationaliste. C'est en 1957 qu'étudiant il adhère au parti Baas, alors clandestin. Son ambition lui vaut déjà d'être désigné pour diriger un groupe chargé d'assassiner le dirigeant de l'époque, Abdulkarim Kassem.
L'attaque à la mitrailleuse échoue le 7 octobre 1959 mais Saddam, blessé à la jambe, s'enfuit en Égypte. De 1963 à 1968, il partage sa vie entre les geôles et l'exil.
Lorsque le Baas prend le pouvoir le 17 juillet 1968, Saddam Hussein, numéro 2 de son cousin le général Ahmed Hassan al-Bakr, purge le parti, fait déporter des milliers de chiites d'origine iranienne et supervise la nationalisation de l'industrie pétrolière. Mais lorsqu'en 1979 Al-Bakr se rapproche du voisin syrien, Saddam l'écarte le 16 juillet et lance une nouvelle purge qui fait des centaines de morts en quelques mois.
Devant son opposition potentielle, s'appuyant sur la minorité sunnite, il manie carotte et bâton. Aux Kurdes, il promet d'abord l'autonomie, puis les poursuit dans leurs retraites montagneuses du Nord. Fin mars 1988, comme en Iran, il utilise des armes chimiques contre le village kurde d'Halabja, faisant 5000 morts. La campagne Anfal de 1987-88, objet de son deuxième procès, en cours, tue quelque 180 000 Kurdes.
Avec les chiites, majoritaires dans le Sud et très menaçants du fait de l'exemple iranien, il se montre assez habile en restaurant leurs lieux de culte, mais aussi impitoyable. En 1980, il fait exécuter le grand ayatollah Mohammed Bakr al-Sadr, un des six grands dignitaires de l'islam chiite. Et juste après la guerre du Golfe en mars 1991, il écrasera dans le sang la révolte des chiites lâchés par George Bush père, qui les avait incités à se soulever.
Confrontations
Si le raïs s'appuie sur sa famille et le clan des Takriti, accordant de larges pouvoirs à ses fils Oudaï et Qoussaï (tués en juillet 2003 lors de l'intervention américaine), sa parentèle n'est pas à l'abri des représailles. En août 1995, deux de ses gendres, également ses cousins, s'exilent avec leurs femmes en Jordanie. En février 1996, ils rentrent en Irak, assurés du pardon de Saddam Hussein. Moins de trois jours plus tard, ils sont exécutés.
L'une des grandes ambitions de Saddam Hussein aura été de doter l'Irak de la bombe atomique. Grâce à une centrale nucléaire fournie par la France, il est proche du but quand en 1981 un raid israélien détruit le réacteur nucléaire d'Osirak. Mais tout au long des années 80 il se procurera auprès de sociétés occidentales un véritable arsenal chimique et bactériologique.
En dépit du processus d'inspection de l'ONU, souvent chaotique, Saddam Hussein n'a cessé de provoquer des confrontations sporadiques avec la communauté internationale, s'attirant à plusieurs reprises une riposte militaire américaine, comme lors de la campagne de bombardement de décembre 1998 à la suite d'un nouveau bras de fer avec les inspecteurs de l'ONU chargés de vérifier l'élimination des armes de destruction massive.
Mais, en 2003, le président George Bush fils décide de «finir le travail» commencé par son père et, Saddam Hussein ayant refusé de se rendre, la coalition envahit l'Irak dans la nuit du 9 au 20 mars. La chute du régime est rapide, mais, trois ans plus tard, la guerre n'est toujours pas finie, tandis qu'aucune trace des supposées armes de destruction massive irakienne n'a été trouvée.
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