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Grande-Bretagne: une lutte active contre les discriminations

21 novembre 2005  Éthique et religion
Londres — Droit de vote, promotion des minorités ethniques: la Grande-Bretagne, en butte à des émeutes de grands ampleur dans les années 1980, a mis en place une politique ferme de lutte contre les discriminations ethniques aux résultats encore contrastés.

À la différence de la France, jusqu'en 1983, tous les immigrés du Commonwealth (Pakistan, Inde, Bangladesh, Afrique, Caraïbes, etc.) qui se sont installés en Grande-Bretagne ont reçu dès leur arrivée la citoyenneté britannique, accompagnée du droit de vote et du droit d'être élu.

Parce que les immigrés sont regroupés dans certains quartiers, cela a même accru leur poids politique. Ils se sont dotés de conseillers municipaux et de députés les représentant et défendant leurs droits.

Un cinquième du conseil municipal de Birmingham, deuxième ville d'Angleterre, est issu des minorités ethniques, relève ainsi le Pr John Rex, spécialiste des relations ethniques à l'université de Warwick.

Dès 1976, une loi avait été adoptée interdisant la discrimination dans tous les domaines (école, emploi, logement, etc.). Elle a créé une Commission pour l'égalité raciale, qui peut mener des enquêtes lorsqu'il y a des soupçons de discrimination et intenter des procès au nom d'un individu.

«L'individu n'est pas isolé s'il tente de remettre en cause son employeur ou une institution», explique la sociologue française Danielle Joly, spécialiste des relations ethniques à l'université de Warwick.

La loi n'a toutefois pas eu un impact immédiat et, dans les années 80, sur fond de crise économique, des émeutes opposant les jeunes issus de l'immigration à la police se sont multipliées à Brixton, près de Londres, et dans les grandes villes du royaume comme Liverpool, Manchester, Tottenham ou Birmingham, faisant des dizaines de blessés.

«Ces émeutes étaient très semblables aux violences récentes en France. Les jeunes Britanniques issus de l'immigration étaient au chômage et étaient déçus d'une absence de perspectives. La première génération d'immigrés, leurs parents, avait accepté son sort, mais eux voulaient avoir les mêmes occasions que les autres Britanniques», explique Mme Joly.

Mesures actives

Les autorités ont mis en oeuvre des mesures actives pour lutter contre les discriminations, en tentant de promouvoir les minorités ethniques.

Les gouvernements, et en particulier le Labour (travaillistes) depuis 1997, ont anobli de nombreux représentants des minorités ethniques, qui siègent à la Chambre des Lords, présidée par la Baronne Valerie Amos, née en Guyana. Les visages de couleur ne sont plus rares dans les médias télévisés.

Alors qu'en France, demander l'origine ethnique d'un employé ou d'un usager des services publics serait jugé discriminatoire, au Royaume-Uni les statistiques fondées sur les critères ethniques sont un outil pour lutter contre les inégalités. Le recensement enregistre l'origine ethnique et la religion.

S'il n'y a pas de quotas, il existe des «objectifs». «Une municipalité va regarder si la composition ethnique de son personnel correspond à celle du quartier. Elle va essayer d'améliorer le recrutement en direction de certaines ethnies en publiant des annonces dans les médias lus par ces communautés. Elle organisera des formations pour les employés issus de l'immigration pour favoriser leur promotion», explique Danielle Joly.

Les experts sont toutefois divisés sur les résultats de cette politique de lutte contre les

discriminations.

Inégalités

Toutes les minorités ethniques ne semblent pas en avoir tiré parti de la même manière: un récent rapport montrait que les enfants de familles indiennes, chinoises, africaines ou des Caraïbes grimpaient mieux l'échelle sociale que ceux d'origine pakistanaise ou bangladaise.

Surtout, depuis les émeutes de 2001 dans le nord de l'Angleterre, la Grande-Bretagne s'interroge sur son modèle multiculturel qui a laissé se développer des ghettos sous couvert de respect des différences.

Il est encore plus remis en cause depuis les attentats du 7 juillet à Londres (56 morts) commis par des jeunes Britanniques issus de l'immigration qui se sont révoltés contre leur propre pays d'adoption.
 
 
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