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L'Église catholique est plongée dans le désarroi

29 mars 2005  Éthique et religion
C’est en vain que le pape a tenté de s’adresser, dimanche, aux milliers de fidèles qui avaient envahi la place Saint-Pierre pour recevoir sa bénédiction urbi et orbi.
Photo : Agence Reuters
C’est en vain que le pape a tenté de s’adresser, dimanche, aux milliers de fidèles qui avaient envahi la place Saint-Pierre pour recevoir sa bénédiction urbi et orbi.
Cité du Vatican — La tragédie personnelle de Jean-Paul II, trahi par son corps le jour de Pâques, est devenue un facteur de désarroi pour une Église catholique privée du charisme de son chef spirituel, estimaient hier les vaticanistes au lendemain de l'échec du pape à prononcer sa bénédiction urbi et orbi.

«Il est devenu plus que jamais évident qu'une Église qui touche un milliard de personnes dans le monde ne peut reposer sur les épaules d'un seul homme», a déclaré à l'AFP le journaliste et écrivain Giancarlo Zizola, spécialiste du Vatican.

Le vieux pape n'est pas apparu hier à la fenêtre de son bureau du Vatican pour la prière de l'angélus avec les fidèles massés place Saint-Pierre, contrairement à son habitude des précédents lendemains de Pâques.

La radio officielle du Vatican, Radio Vatican, a estimé que la journée d'hier avait été «assombrie par les sentiments de préoccupation concernant la santé du pape Jean-Paul II» mais son directeur, le père Federico Lombardi, a estimé que «malgré l'inévitable regret» de cette absence, il était «bon que le pape continue sa convalescence sans se surmener».

Dimanche, malgré les risques d'infection que lui fait courir la canule implantée dans sa gorge après sa trachéotomie, Jean-Paul II était resté exposé aux intempéries près d'un quart d'heure à sa fenêtre.

Mais les dizaines de milliers de pèlerins qui venaient d'assister à la messe de Pâques sur la place, ainsi que des centaines de millions de téléspectateurs dans le monde entier, ont surtout retenu les vains efforts du pape pour s'adresser à eux.

«C'était bouleversant», raconte Shoba Rami, une Malaisienne venue en touriste à Rome.

Une fiction?

Pour Giancarlo Zizola, «cette image d'un pape silencieux est une métaphore de la maladie de l'institution», et «la tragédie personnelle de Jean-Paul II se double d'une tragédie institutionnelle».

Cet observateur critique de l'Église catholique estime que la version officielle donnée par les cardinaux de la Curie, selon laquelle Jean-Paul II gouverne encore l'Église, est «une fiction».

Le puissant cardinal allemand Joseph Ratzinger, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, avait affirmé jeudi que le pape était «lucide et dirige l'Église», et que «le problème du gouvernement de l'Église ne s'est jamais posé».

Les télévisions publiques italiennes relevaient cependant hier que le pape, certes, «est lucide», mais qu'il «n'est pas en état de gouverner».

«Dans le passé, quand un pape était malade, se mettait en place une clique de favoris qui gouvernait l'Église comme elle l'entendait. Cela ne vaut pas que pour le passé, mais aussi pour le présent», a estimé Giancarlo Zizola.

Dans la dernière période, les vaticanistes ont cité à l'envi le «clan des Polonais», garde rapprochée composée de compatriotes du pape, au premier rang desquels son secrétaire personnel Stanislaw Dziwisz.

«Une affirmation complètement infondée», selon le cardinal polonais Zenon Grocholewski.

«Il est compréhensible que le cardinal Wojtyla, devenu pape, ait voulu conserver son secrétaire particulier», a reconnu dimanche dans Il Messaggero ce membre de la curie, préfet du dicastère (section) pour l'éducation catholique. Mais la plupart des Polonais du Vatican «n'ont qu'un rôle de service humble», a-t-il assuré.

Durant la semaine de Pâques, l'Église catholique s'est exprimée par la voix des cardinaux à qui Jean-Paul II, confiné dans ses appartements, avait confié la présidence des célébrations.

La seule contribution officielle du pape, outre ses brèves et rares apparitions, a été le message de Pâques, lu en son nom par le cardinal Angelo Sodano, numéro deux du Vatican, dans lequel il implorait la paix pour la terre «baignée par tant de victimes innocentes», et demandait à Dieu «que le progrès matériel des peuples n'estompe jamais les valeurs spirituelles qui sont l'âme de leur civilisation».






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