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Place Saint-Pierre - Un angélus historique sans le pape

28 février 2005  Éthique et religion
Le pape Jean-Paul II est apparu hier à la fenêtre de sa chambre de l’hôpital Gemelli, à Rome, pour rassurer les fidèles, mais les pèlerins rassemblés sur la place Saint-Pierre, au Vatican, n’ont pu voir les images retransmises par la télévis
Photo : Agence Reuters
Le pape Jean-Paul II est apparu hier à la fenêtre de sa chambre de l’hôpital Gemelli, à Rome, pour rassurer les fidèles, mais les pèlerins rassemblés sur la place Saint-Pierre, au Vatican, n’ont pu voir les images retransmises par la télévis
Cité du Vatican — Les quelques milliers de fidèles et de touristes venus place Saint-Pierre pour l'angélus dominical n'ont pas vu les images de Jean-Paul II filmé derrière la fenêtre de sa chambre de l'hôpital Gemelli, mais la bénédiction donnée au nom du pape par l'archevêque Leonardo Sandri sur le parvis de la basilique leur a donné le sentiment de vivre un moment historique.

Informés par un texte affiché sur deux écrans lumineux placés au pied des statues de saint Pierre et saint Paul et par des messages dits en six langues (italien, français, anglais, espagnol, allemand, polonais) des modalités de cet angélus inusité, sans la présence de Jean-Paul II, certains ne se sont pas attardés.

D'autres, appareil photo à la main, préfèrent prolonger leur visite pour ne pas manquer l'événement. Pour Elias Chinzara, 32 ans, séminariste du Zimbabwe venu étudier la théologie à Rome, la question ne se pose pas: «je suis venu m'imprégner de l'ambiance, vivre cet instant parmi les fidèles», confie-t-il.

«En ce moment, je souffre avec le pape, je prie pour lui. Il souffre pour nous et pour le monde. À travers lui, Dieu nous dit quelque chose de la grandeur de l'homme», ajoute-t-il.

Un message du pape

Elias Chinzara se fige lorsque Mgr Sandri, soutane noire et ceinture rouge, s'approche du micro installé sur les marches de la basilique pour lire un message de Jean-Paul II: «Chers frères et soeurs, une nouvelle fois je m'adresse à vous de la polyclinique Agostino Gemelli [...] je vous demande de continuer à m'accompagner avant tout par votre prière.»

Puis Mgr Sandri, substitut de la secrétairerie d'État, récite la litanie de l'angélus. Sept religieuses polonaises, perdues parmi la foule, les yeux humides, reprennent les paroles en latin, observées par des dizaines de curieux.

Marlène et Serge Besse, venus de la région parisienne pour découvrir la Ville Éternelle, ont refermé leur guide le temps de la célébration. Par respect, mais pas au point de mêler leur voix à celle des croyants. «Ce pape vraiment trop à côté de la plaque avec ses exigences morales irréalistes» est déjà presque de l'histoire ancienne pour eux.

Sur les écrans lumineux est apparue une photographie de Jean-Paul II, pas celle du malade derrière la fenêtre de sa chambre d'hôpital que pourront découvrir quelques minutes plus tard les téléspectateurs, mais celle, déjà ancienne, d'un pape en pleine possession de ses moyens.

Après la bénédiction, la foule se disperse sans tarder, contournant quelques banderoles déployées par des membres du «chemin néo-catéchuménal», un mouvement de renouveau spirituel d'inspiration conservatrice qui ne manque jamais le rendez-vous de l'angélus place Saint-Pierre.

Accompagnés de guitares et de tambourins, les «néo-catéchumènes» de Vérone entonnent un chant à la gloire de la Vierge Marie, seule note de gaieté dans ce dimanche morose.

Jean-Michel Mafaity, un Suisse de 55 ans, tient la banderole d'un autre groupe venu de Lausanne pour un pèlerinage du mouvement. «Bien sûr, le pape mourra un jour, et lorsque on le voit souffrir ainsi, on peut souhaiter pour lui que cela ne dure pas trop longtemps. Mais une chose est sûre, il sera pape jusqu'au bout», dit-il.

«Le gouvernement de l'Église est une chose, mais la mission principale du pape est de porter témoignage», soutient-il.






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