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L'Église québécoise perçoit mieux le féminisme que le Vatican

Pendant le pontificat de Jean-Paul II, le Vatican a multiplié les prises de position contestées par les féministes: refus de l'ordination des femmes, opposition au droit à l'avortement, au port du condom, au mariage homosexuel. Le cardinal Josef Ratzinger, de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a écrit un nouveau chapitre de cette confrontation il y a quelques jours en envoyant une lettre, approuvée par le pape, portant sur la «collaboration de l'homme et de la femme dans l'Église et dans le monde».

L'Assemblée des évêques du Québec (AEQ) prend ses distances face à la missive émise par le Vatican la semaine dernière, qui déplore la tendance féministe à attiser la «rivalité entre les sexes» et «à gommer leurs différences». La lettre suscite par ailleurs la colère de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), qui invite les évêques québécois à faire la promotion d'une vision plus positive du féminisme.

Dans sa lettre, le cardinal Ratzinger, connu pour ses positions conservatrices, fait mention de la tendance à souligner «fortement la subordination de la femme dans le but de susciter une attitude de contestation». «La femme, pour être elle-même, s'érige en rival de l'homme. Aux abus de pouvoir, elle répond par une stratégie de recherche du pouvoir», peut-on lire dans le texte transmis aux 4000 évêques. Le cardinal Ratzinger juge que cette tendance «conduit à une rivalité entre les sexes», dont les conséquences sont néfastes pour la structure familiale.

Selon le président du comité des affaires sociales de l'AEQ, l'évêque de Joliette Gilles Lussier, «l'énoncé des problématiques est passablement fort». «Je ne suis pas d'accord avec ça», tranche-t-il en rappelant que l'Église québécoise avait elle-même dénoncé, vers la fin des années 80, les situations de violence conjugale et de domination des hommes en menant une campagne de sensibilisation dans les diocèses du Québec.

Mgr Lussier ne croit pas que le mouvement féministe québécois verse dans la guerre des sexes. «C'est tout à fait secondaire en ce qui nous concerne, au Québec. On mise beaucoup plus sur le développement de partenariats d'égalité entre hommes et femmes, à tous les niveaux, dans la société, dans l'Église, même si on trouve que cela ne va pas assez vite», poursuit l'évêque, qui s'exprime en son nom personnel. Il avoue réfléchir encore à la pertinence de l'ordination des femmes, même si le pape a fermé la porte à cette perspective en 1994.

La présidente de la FFQ, Michèle Asselin, abonde dans ce sens, soulignant que l'action des féministes porte plutôt sur la lutte contre la discrimination et les stéréotypes. «Le texte accentue les stéréotypes, c'est décevant. [...] On veut nous réduire dans une perspective d'usurpatrices du pouvoir des hommes. [...] Ce n'est pas une usurpation, c'est un partage du pouvoir à part entière qu'on veut», affirme la féministe, observant que le ton de la lettre tranche avec le travail des femmes d'Église, à qui on refuse toujours l'ordination malgré un discours égalitaire.

La théologienne Carolyn Sharp, de l'université Saint-Paul, à Ottawa, s'interroge sur la «recherche de pouvoir» dénoncée dans la lettre: «Cela veut-il dire que l'Église est contre la loi sur la parité en France, que les femmes peuvent être députées mais ne doivent pas aspirer au cabinet?» Elle estime que l'argumentation s'appuie sur une lecture fondamentaliste des textes religieux.

Mgr Lussier pense pour sa part que le registre mystique constitue peut-être une des faiblesses du document. «Les textes sur lesquels on s'appuie ont été écrits à une époque déterminée pour des gens déterminés. Cette réflexion doit se poursuivre dans le contexte d'aujourd'hui.»

Si le titre annonce une réflexion sur «la collaboration de l'homme et de la femme dans l'Église et dans le monde», le texte ne souffle mot du rôle des hommes. On y traite de la nécessité d'harmoniser les législations et l'organisation du travail «avec les exigences de la mission de la femme au sein de la famille» et de mieux soutenir les femmes qui choisissent de se consacrer à leur famille.

«Jamais on ne dit que les hommes et les femmes doivent relever ensemble le défi de la conciliation travail-famille», déplore Michèle Asselin.

Ce silence au sujet des hommes incite Mgr Lussier à qualifier le document d'«incomplet». «Concrètement, au Québec, on parle plus d'un partage concret des responsabilités. [...] On retrouve effectivement dans le document un modèle classique de la femme à la maison.» L'évêque voit néanmoins dans le document une plus grande ouverture que de coutume.

Selon la professeure Sharp, la réflexion véhicule une vision idyllique de la femme, caractérisée par sa «capacité de l'autre» et son sens des valeurs de la vie. «C'est clair qu'il y a des parties de la lettre qui ont été écrites par des hommes qui n'ont jamais vécu avec des femmes», ironise-t-elle. Elle y voit l'expression des stéréotypes de la vierge et de la mère, aussi misogynes que celui de la prostituée. Ce discours viendrait selon elle légitimer certains comportements moins vertueux des hommes.

Mgr Lussier pense quant à lui que les valeurs attribuées aux femmes dans la lettre sont tout aussi pertinentes pour les hommes.

Cette lettre devrait, selon Mme Sharp, avoir un impact somme toute limité, certainement moins important que l'encyclique de Jean XXIII qui présentait l'émancipation des femmes dans la vie publique et privée comme un «signe des temps».

«C'est un incitatif à poursuivre la réflexion, le débat. Pour les évêques du Québec, pour notre personnel pastoral, principalement constitué de femmes, tout n'est pas verrouillé à double tour. On a encore la possibilité de discuter en Église», conclut Mgr Lussier.






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  • Micheline Carrier
    Inscrite
    jeudi 12 août 2004 10h48
    Le Vatican rejoint l'antiféminisme à la mode
    « La récente lettre aux évêques par le Vatican accuse les féministes d'atiser la guerre des sexes et de vouloir jouer "les rôles" des hommes, tout en mettant la famille en danger. Un certain discours antiféministe - masculiniste - ne dit rien de moins. Et des médias s'en font le véhicule. On n'a qu'à penser à « La Planète des hommes », une série d'émissions de 15 heures que Radio-Canada a diffusée à deux reprises depuis mars dernier et dans laquelle on nous dit, entre autres, que les femmes sont plsu violentes que les homems et qu'elles sont responsables de plus de 80% des divorces (a-t-on jamais diffusé autant les discours féministes sur les ondes de la société d'État?), ainsi qu'à certains sites internet où des hommes expriment ouvertement leur haine des féministes et en diffament plusieurs individuellement, encouragés par des démagogues de la liberté d'expression.

    Le Vatican contribue à la déresponsabilisation des hommes en chargeant les femmes d'être parfaites et de sauver l'humanité. Comme si c'étaient elles qui faisaient les guerres, y compris la guerre des sexes.

    Au fait, de quoi le Vatican se mêle-t-il? A-t-il une si grande expertise dans "la collaboration entre les hommes et les femmes"?

    Autre point de vue: «L'Église catholique et la rhétorique féministe»
    <a href="http://sisyphe.org/article.php3?id_article=1242">http://sisyphe.org/article.php3?id_article=1242</a> »

  • Jean Trudeau
    Abonné
    jeudi 12 août 2004 10h57
    Bravo Mgr Lussier
    « Mgr Lussier a réagi clairement au dernier document du Vatican sur les femmes. Ça fait du bien de voir nos évêques s'exprimer publiquement sur des enjeux qui nous touchent tous et toutes. Ça prend du courage par exemple de dire que la question de l'ordination des femmes doit être sujet de discussion et lorsque ça arrive c'est un souffle de fraîcheur qui nous arrive et qui nous démontre que certains de nos pasteurs se préoccupent plus des croyants et croyantes que des avancés du Vatican. Bravo Mgr Lussier et continuez de parler librement, ça nous encourage à poursuivre notre travail pour Église plus libre et plus évangélique.
    Jean Trudeau. »

  • Hélène Bourgeois
    Abonnée
    jeudi 12 août 2004 10h58
    Pour un vrai féminisme !
    « Comme il est pénible de constater où nous en sommes dans l'Église et la société québécoise. Il est désolant de voir comment l'esprit du monde a pénétré l'Église de façon si subtile alors que ce devrait être le contraire : L'Esprit du Christ qui devrait être répandu sur ce monde qui en a tant besoin.

    Avec tout le respect que je dois à Monseigneur Lussier, je suis affligée de constater que certains évêques et prêtres, dans la mouvance du temps, se sont laissés endormir et égarer par des doctrines étrangères à l'Évangile dont le Seigneur nous avait bien avisé de ne pas y croire. Attention au loup dans la Bergerie.

    Tout ce que l'Église annonce, que ce soit au niveau moral ou éthique (homosexualité, mariage des prêtres, femmes prêtres, avortement, contraception, etc.)n'est pas puisé de sa propre source mais de la Parole à laquelle elle obéit - ob-ed-ir, cad, écouter avec l'oreille du coeur - fidèlement (autant qu'elle se laisse illuminer par la Lumière de l'Esprit-Saint) et dont l'explication théologique donne de faire la paix avec tous ces faux débats... du moins si nous nous donnons la peine de chercher ("Cherchez et vous trouverez" nous dit Jésus) à comprendre ce que cette Église, qui menace tant notre mensonge intérieur, peut bien avoir à dire d'interpellant et de vrai.

    L'Église est encore la seule instance qui nous porte à réfléchir de nos jours. Nous avons baissé les bras pour satisfaire nos états d'âme en croyant avoir libéré la liberté. Hélas nous avons confondu liberté et libre-arbitre en se faisant les dépositaires du bien et du mal (et même de la vie et de la mort), une norme subjective (cette petite phrase qui résonne est bien actuelle : "vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal". Gen 3). Alors que la Parole est objective. Ce ne sont pas mes états d'âmes qui, aussi sincères puissent-ils être, sont vrais mais, c'est la Parole qui a raison. Dieu est toujours fidèle à Sa Parole, les hommes (entendez hommes et femmes !) non. Sincérité ne veut pas dire vérité. Il ne faut pas confondre. Pol Pot était aussi sincère...mais dans l'erreur.

    J'ai été moi-même dans cette pensée contemporaine féministe et croyez-moi, je la comprends. Mais la rencontre avec le Jésus Vivant des Évangiles (qui tranche la vérité comme un glaive) a basculé un jour ma vie et je me suis mise en route pour Le connaître (c'est-à-dire co-naître avec Lui) davantage. J'ai été agréablement surprise d'apprendre que mon féminisme qui revendiquait « l'égalité » était une fausse route, remplie de ronces et de mensonge. Ce n'est pas l'égalité à tout prix qu'il faut rechercher dans l'Église pour la femme mais, la joie de retrouver notre identité propre en tant que femme, mère, épouse, fille de Dieu. Voilà la mission cachée des femmes dans l'Église : le sacerdoce du coeur (voir Jo Croissant « La femme sacerdotale », éditions Anne Sigier et également Georgette Blaquière « La grâce d'être femme » et « Femme selon le Coeur de Dieu » aux éditions Saint Paul). Il ne s'agit pas d'un sous-ministère subordonné à celui de l'homme ! Non ! Il est grand ce ministère. Ne sommes-nous pas le peuple royal et sacerdotal - c'est-à-dire qui rend gloire à Dieu dans tout notre être en étant chargés d'offrir au Père le Seul et Unique Sacrifice digne de Lui ? Jésus Vivant, Ressuscité ! Et au monde en action de grâce - nous les vivants dans l'Esprit depuis le jour de notre baptême ?

    La femme peut-elle être à la fois mère et père sans que l'enfant souffre de cette béance ? Et l'homme peut-il être à la fois père et mère ? Chacun son rôle ! Nous avons un Dieu qui aime la différence, qui sépare pour créer (les eaux d'en bas des eaux d'en haut, la lumière des ténèbres, la femme tirée du côté, càd du lieu du coeur, de l'homme (voir Genèse 1). Il sépare de la confusion - la relation fusionnelle - pour créer dans la communion (commune union des différences). De plus, la femme est le sommet de la Création ! Ce qui n'est pas rien. Et qui rencontre le Ressuscité en premier au matin de Pâque dans le jardin, le nouvel Eden ? Des femmes ! Et elles sont chargées d'aller l'annoncer aux frères de Jésus...qui eux, hommes, n'y croient pas !

    Jésus le dit lui-même : "si vous ne devenez comme des petits enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux". Ce n'est pas pour nous infantiliser mais, Lui, l'Humble des humbles, le Pauvre des pauvres, s'est fait le plus petit de tous, "Il s'est abaissé jusqu'à la mort et la mort sur la Croix !" dans une totale confiance en Son Père. Il y passe avant nous. Il nous précède pour le beau combat de l'amour contre la haine, l'humilité contre l'orgueil de ce monde, l'obéissance de la foi contre la révolte générale. Quel orgueil de prétendre nous passer du Vatican et de l'enseignement qu'il a reçu depuis les premiers apôtres, témoins vivants de la Résurrection !

    Ce n'est pas dans un bras de fer « homme contre femme ou femme contre homme » ou dans une volonté de puissance que nous y arriverons à ce Royaume de justice et de paix. Et ce n'est pas en créant des schismes ou des divisions à l'intérieur de l'Église (en la divisant par nos opinions divergentes en pleine page de journaux) que nous serons crédibles d'annoncer au monde la Mort-Résurrection du Christ, la victoire de la Vie sur la mort, la victoire du bien sur le mal au matin de Pâque.

    Nous sommes occupés à de vains discours stériles alors que le Seigneur nous demande d'annoncer simplement et joyeusement (mais non sans souffrance) l'Amour par toute notre vie, nos paroles, nos gestes. Nous contre-témoignons et nous nous tirons dans le pied en critiquant l'Église ouvertement. Et si c'était vrai toute cette histoire de moralisme ? Et si notre petite volonté propre n'était pas un absolu ? Mais que faire la volonté du Père (n'est-ce pas ce que nous Lui demandons dans la prière que Jésus nous a enseignée ?) serait un moyen d'enfin accéder au vrai bonheur et à la vraie liberté des enfants de Dieu ?

    À la suite de Marie, fille, épouse et mère, enfanter le Christ (c'est-à-dire, l'Amour) autour de nous afin que le Royaume des Cieux (cad, la Paix qui surpasse toute intelligence) advienne. La guerre des pouvoirs n'a jamais mené à rien de bon et ce, depuis un triste matin de Genèse 3 lorsque l'homme et la femme se sont coupés volontairement de leur Source qui était la Vie même de Dieu...ils ont choisi la révolte et l'autonomie, ce qui est « d'en bas » alors qu'ils étaient appelés à bien plus grand que ce que le prince du mensonge nous fait miroiter...

    La rupture d'alliance avec Dieu engendre la rupture d'alliance entre l'homme et la femme... qu'Il "les créa" et dont "Il vit que cela était TRÈS bon") et, la rupture d'alliance avec le frère (Caïn et Abel)conduit inévitablement au conflit mondial (Babel). Vous connaissez la suite, l'histoire se répète...regardez notre monde. À moins de choisir de vivre comme Celui qui est venu nous montrer le Chemin, la Vérité et la Vie et qui a refait alliance avec nous définitivement...je ne vois pas comment on va se sortir de cette spirale morbide qui engendre la violence et la haine.

    Maranatha ! »

  • Marie-France Legault
    Inscrite
    mercredi 18 août 2004 17h24
    Le Vatican n'a rien à voir....
    « Les femmes n'ont pas besoin de directives pour savoir mener leur vie. Elles n'ont pas besoin de "machos" qui leur disent quoi penser, quoi faire, comment faire?

    En 2004, le paternalisme n'est plus acceptable. Un cardinal enfermé entre quatre murs d'un palais qui ne côtoie JAMAIS de femme, que sait-il de la FEMME?

    Le retour à la domination de l'Église sur les chambres à coucher, sur le nombre d'enfants à avoir, les relations sexuelles, la masturbation etc...n'est plus possible. Qu'on se le dise!

    C'est surtout la "femme" au Québec qui a subi les "foudres" des curés. Maintenant c'est terminé.

    D'ailleurs je me demande encore, pourquoi porter une si grande attention, à ce qui vient du Vatican? Pourquoi discuter sur l'indiscutable?

    Je suggère à toutes les femmes de s'en foutre royalement. Ne pas dépenser de salive, d'énergie à essayer de faire comprendre.

    L'Église n'a jamais eu de la tendresse pour les femmes, de la compréhension. Elle a souvent élevé un TRIBUNAL pour les condamner, sans les avoir écouter.

    Nous vivons dans la vraie vie, avec du vrai monde. Alors laissons les "bonzes" enfermés dans leur forteresse, pérorer, discuter de choses qu'ils ne connaissent pas du tout. »

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