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Endoctrinons notre belle jeunesse

Les jeunes sont invités à évangéliser un monde perverti par une «culture de mort» dans les catéchèses de la JMJ

L'Église catholique organise des centaines de catéchèses pour endoctriner les participants à la Journée mondiale de la jeunesse, qui se poursuit à Toronto. Un exemple: la rencontre organisée hier matin par l'archevêque de Vancouver, qui a demandé aux jeunes de partir évangéliser le monde perverti par une «culture de mort». «Quand un étang est pollué, a dit Mgr Exner, il faut changer son eau pour sauver les poissons.»

Toronto — L'animatrice a lancé l'avant-dernière question à son petit groupe de catéchèse, formé de jeunes de la Colombie-Britannique: «Où le monde a-t-il le plus besoin de lumière?»

Douze adolescents de la Journée mondiale de la jeunesse, formant un cercle sur le trottoir, en face du Newman Centre Catholic Mission, près du centre-ville, ont commencé à répondre un à un, les plus timides marmonnant des réponses aussi courtes qu'inaudibles.

«Je crois que c'est en Afghanistan que le monde a le plus besoin de lumière, là où les femmes sont privées de leurs droits fondamentaux», a répondu une petite brune. Les autres ont approuvé.

«Je pense que c'est dans le coeur de chacun, a enchaîné sa voisine. Personne n'est parfait. Chacun peut toujours faire mieux.» Autre murmure approbatif du public.

«Dans les diocèses où des prêtres et des évêques sont infidèles au message des Évangiles et à l'Église», a finalement lancé Peter, un grand sec, la casquette rivée sur le coco.

L'apparition de la Sainte Vierge n'aurait probablement pas provoqué plus d'effet. Un ange mal à l'aise est passé sur ce coin de Toronto. Mais personne n'a voulu en rajouter en discutant des scandales sexuels qui affectent les Églises américaines et canadiennes depuis des années. Peter lui-même a été étonné de la gêne provoquée par le coup de feu de ses lèvres. Ils étaient douze et lui venait de jouer le trouble-fête, le Judas...

C'était donc matin de catéchèse à la JMJ, comme tous les jours de la semaine. Visiblement, Peter n'était pas à Brampton la veille, où l'archevêque George Pell de Sydney, considéré comme un hyper-conservateur, a raconté à quelque 500 pèlerins que l'avortement est un scandale moral pire que les abus sexuels commis par des prêtres catholiques. La nouvelle faisait la une du Globe and Mail hier.

La catéchèse offerte hier par l'archevêque de Vancouver, Mgr Adam J. Exner, aux jeunes canadiens n'a pas atteint un tel excès dans la mise en balance des fautes. N'empêche, ce prélat n'a pas non plus ménager les efforts pour séparer le bon grain de l'ivraie, dans une perspective de stricte obédience catholique.

Pastorale ou propagande?

C'est par la catéchèse que les chrétiens sont instruits dans leur religion et qu'ils y puisent. Pas moins de 135 sites, dont 129 églises du Grand Toronto, sont réquisitionnés pour les séances dirigées en 24 langues par 260 évêques, dont 27 cardinaux et 44 Canadiens, y compris Mgr Jean-Claude Turcotte de Montréal. C'est le who's who de l'Église, en pleine «pastorale catéchétique» (ou propagande, comme l'on voudra).

Plus de 300 jeunes ont écouté le prélat de Vancouver avant de poursuivre les discussions en groupe et de se réunir de nouveau pour une messe. Le thème du jour: «Vous êtes la lumière du monde». L'objectif: démontrer «l'urgence de la mission d'évangéliser le monde moderne par l'exemple d'une vie vécue près de Dieu», comme le résumaient les documents officiels.

Partant de là, Mgr Exner a choisi de broder autour d'une proposition toute simple: notre monde malade guérira s'il reçoit de nouveau les enseignements de l'Église que doivent recommencer à répandre les jeunes catholiques. L'archevêque y est allé d'une petite image de son cru: «Quand un étang est pollué, il faut changer son eau pour sauver les poissons.»

En l'occurrence, la pollution proviendrait de notre «culture de mort». Il a martelé sept preuves, sept traits de cet esprit du temps noir et mortel présentés comme autant de pertes essentielles, celles du sacré, de la notion de péché, du respect de la vie, de l'importance du mariage, du sens de la famille, de la différence entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux.

Chaque fois, le gardien de la foi exemplifiait son propos: notre société autorise «l'assassinat d'êtres humains dans le ventre de leur mère», le taux de divorce oscille entre 30 et 40 % en Amérique du Nord, même les fidèles ne se confessent plus pour leurs péchés, etc. «Voilà le monde malade dans lequel nous devons agir», a résumé Mgr Exner, applaudit par les jeunes.

Concentré de doctrine wojtyla

L'archevêque n'a pas cité l'encyclique Veritatis splendor (1994) de Jean-Paul II, mais il était évident que toute sa catéchèse s'appuyait sur ce concentré de la doctrine wojtyla. L'expression «culture de mort» vient d'ailleurs de ce texte fondamental de son pontificat. Tout son ministère et celui de ses plus fidèles serviteurs a d'ailleurs consisté à ressasser sans cesse la dimension morale et divine de l'humain pour du même coup tenter de le ramener dans le champ dépiqué. «L'Église désire cet objectif unique: que tout homme puisse retrouver le Christ, afin que le Christ puisse parcourir la route de l'existence, en compagnie de chacun», écrit le pape dans Veritatis splendor, en citant sa toute première encyclique (Redemptor hominis, 1979), histoire de bien marquer sa fidélité doctrinaire.

Mais bon, l'étang est large, profond, multicolore, et tout le monde n'évalue pas la qualité de son eau de la même manière. D'autres évêques proposent des catéchèses moins dogmatiques. Les petits poissons eux-mêmes manifestent beaucoup plus d'ouverture que les gros requins de la hiérarchie catholique. Ainsi, alors que des centaines de milliers de fidèles d'une Église homophobe se réunissent et catéchétisent dans la métropole du pays, le National Post dévoilait hier un sondage montrant que 65 % des jeunes canadiens (25 à 34 ans) approuvent les mariages homosexuels...
 
 
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